Muratort, Annali d'Italia, vol. XIV, p
3. Arioste n’en était pas, au reste à ses débuts ; la première fois qu’il s'était rendu auprès de Jules II pour y plaider en faveur de son maître, il avait mission de le laver du reproche d’être allé à Milan s’entretenir avec le roi de France quand le pape l’avait nommé gonfalonier de l’Église (1509) ; la deuxième fois, il s'agissait de solliciter des secours contre les Vénitiens. Cette fois, il y avait urgence à apaiser le pape. Arioste mit quatre jours seulement pour se rendre de Ferrare à Rome. — Camporr, Notizie per la vila de
Lodovico Ariosto, Florence, 1896. — AnrTonio CapPELLt, Lettere di L. Ariosto, Milan, 1887. — Du même auteur : Tre Lettere inedite di L. Ariosto, 1865, fasc., et Tre Lettere di L. Ariosto, sans date, = Giuseppe FERRAzZz1, Bibliografia ariostesca, Bassano, 1881, et Specchio cronologico della vita di L. Ariosto. — BARUFFALDI, Vita di L. Ariosto, Ferrare, 1807. — GIRoLAMO TIRABOSCHI, Storia dell” Augusta Badia di S. Silvestro di Nonantola, Modène, 1784, vol. I, p. 172.
Arioste fait allusion à sa mission dans la Satire II, v. 141.
Non vuol il conto di man torre a Gismondo Andar più a Roma in posta non accade À placar la grand’ ira di Secondo.
Les bruits les plus divers coururent sur la réception qui lui avait été réservée au Vatican. Les uns racontèrent que le pape l’avait menacé de le faire jeter à l’eau; les autres, que, pour ne pas l’obliger à attendre, il avait remis l’heure de son repas. Toujours est-il que, malgré l'appui de l’envoyé ordinaire Costabili et ses conseils, Arioste ne parvint pas à obtenir le pardon du cardinal Ippolito. Loin de là, Jules II s’abandonna à son irritation contre les Este, lui demanda si le duc allait promulguer à son tour une Pragmatique comme le roi de Franceet exigea qu’Ippolito vint en personne se disculper à Rome. Arioste expliqua que les routes étaient difficiles et que le cardinal souffrait des jambes et demanda un délai de quinze jours, qui lui fut accordé. II demanda en outre qu’un sauf-conduit lui fût délivré, car, insinua-t-1l, chacun déconseillait à son maître de se confier à la discrétion du souverain pontife, qui, à l’instigation des ennemis de sa famille, pourrait bien le retenir prisonnier. A quoi Jules II répliqua qu'il l’assurait que le cardinal pouvait venir sans danger et que cette affirmation devait lui suffire. Arioste et Ippolito pensaient tout autrement mais n’osaient trop le montrer ; heureusement, en passant à Florence, Ippolito tomba de cheval et ne put continuer sa route.
Cependant, le pape préparait activement la guerre contre Ferrare. Il faisait rechercher des documents prouvant que Comacchio et Cotignola appartenaient effectivement à l’Église; ils furent présentés à l’envoyé du duc, Carlo Ruino !, quand il arriva à Rome. Sans en discuter le fond, il argüa qu'ils étaient caducs, car, depuis des temps immémoriaux, les terres en question relevaient de Ferrare. Mais la Curie ne tint aucun compte de ce moyen.
Le duc Alfonso Ier avait succédé depuis cinq ans (25 janvier 1505) à son père ErcolelIrer, le premier duc de Ferrare, dont le règne de trente-sept ans avait été brillant, pacifique et prospère ?. Le sien, au contraire, avait mal commencé; la disette, les épidémies, le tremblement de terre de 1505, les passages des troupes avaient ruiné la ville, paralysé le commerce et la vie publique ; les tribunaux, l’Université durent fermer leurs portes. La population se plaignait. Un frère d’Alfonso, Ferrante, avait songé à profiter de ce mécontentement pour s'emparer du pouvoir ; la conjuration échoua ; il fut emprisonné à perpétuité, et ses complices eurent la tête tranchée. Le pape se flattait que cette désaffection lui rendrait la tâche facile. Il signifia au duc l’ordre de cesser les hostilités « contre ceux avec qui son maître était en paix» (les Vénitiens) et lui enjoignit de renoncer à la préparation et à la vente du sel et à ne plus molester les ressortissants du Saint-Siège (10 juin 1510). Les Vénitiens poussaient le pape à agir sans tarder.
Le 10 juillet, la campagne commença. Jules II se flattait qu’elle serait courte et triomphante. « Nous irons faire nos Pâques à Ferrare », disait Jules II en août à son entourage. Tout semblait lui donner raison. Cependant, grâce aux habiles sollicitations
1. Ou Ruim, docteur de Pavie, Il venait d'arriver, Memorie per la Storia di Ferrara, Ferrare, 1848. — GUICCIARDINI 2. À. Luzio, Federico Gonzaga ostaggio et Isabella d'Este in — SANUTO. — BEMB0, Stéoria di Venezia. — SCIPIONE AMIRATO, jronte a Giulio II. — BALAN, Storia d'Italia, vol. VI. — Frizzx, Istoyie Fiorentine, vol. III, p. 290 et suiv. Voir pl XXIII.
to8 LE PONTIFICAT DE JULES II
du cardinal Ippolito, l’ancienne noblesse ferraraise avait fait une déclaration de fidélité,
et le peuple se montrait disposé à soutenir son prince. Le duc était un souverain de haute valeur ; il avait longtemps voyagé en France, en Flandre, en Angleterre, et en connaissait les dirigeants. Bayard écrivait qu’il était « prince