FERRARE
MAISON D'ARIOSTE. (Phot. Alinari.)
LE CHATEAU, LES DOUVES. (Phot. Alinari.)
PI. 22, page 108.
plie des femmes de son temps qui en connut tant de supérieures. Du fond de sa « grotte », où elle entassait les merveilles de l’art et réunissait en de charmantes causeries des esprits distingués, elle entretenait des relations avec les cours voisines et avait des amis, des auxiliaires, des affidés auprès de tous les princes et même dans l’entourage immédiat du pape 1. Fille d’Ercole d’Este et d’'Eleonora d'Aragon (1474) et sœur par conséquent du cardinal Ippolito, comme d’Alfonso, elle avait épousé, en 1490, Francesco Gonzaga, marquis de Mantoue. Sa fille Eleonora était la femme du neveu de Jules II, Francesco Maria della Rovere ?. D'autre part, sa sœur Lucrezia # avait épousé Annibale Bentivoglio, dont le père avait été chassé de Bologne par Jules II 4 Femme « d’un courage viril » en même temps que d’un esprit délié et plein de ressources, elle était très capable de soutenir son frère d’un appui efficace et de contrecarrer les desseins du pape qu’elle avait tant de raisons de détester.
Elle eut pour la seconder la femme du duc, Lucrèce Borgia, moins habile manœuvrière, mais dont les trente ans et quelque expérience de la vie rendaient la beauté plus séduisante et plus avisée la séduction. Elle exerçait auprès de ceux qui l’approchaient une irrésistible fascination à laquelle n’avait pas échappé son beau-frère, le marquis de Mantoue, qui devait commander les troupes pontificales contre son mari. Comme Isabella, elle nourrissait une grande haïne contre Jules IT, que justifiait un long antagonisme entre lui et sa propre famille et le mépris qu’il affectait à l'égard de son père et des siens.
Que pourrait le pape contre ces deux princesses auxquelles allaient se joindre plusieurs autres femmes puissantes, intelligentes ou martiales, la duchesse douairière d’Urbino, Francesca Pico, Felice, sa propre fille, et la reine de France? Comment pourrait-il se dégager de ce réseau serré de relations familiales et d’intrigues féminines, d'autant plus que ceux qui avaient charge de le servir ne songeaient à rien moins qu’à l’aider de façon loyale et n'avaient que sympathie pour son adversaire?
Isabella avait activement travaillé à délivrer son mari des mains des Vénitiens”, d'accord avec le sultan Bayazid (Bajazet) qui était lié d'amitié avec le marquis de Mantoue ‘. Le pape aussi s’était employé en sa faveur” car il comptait profiter de ses qualités militaires dans sa guerre contre Ferrare %. Mais il lui fit payer très cher ce ser-
1. SELWYN BRINTON, The Gonzaga, Londres, 1927. — CART- WRIGHT, {sabella d'Este, Londres, 1904. — E. Munrz, Histoire de l'Art, Italie, vol. II, p. 274. Voir pl. XXIV.
2. Eleonora était la fille aînée d’Isabella et de Francesco ; mariée, on l’a dit, à treize ans, en mars 1505, à Francesco Maria, elle n’alla rejoindre son époux qu’en 1509. Bembo la vit alors et écrivit à son ami Gaspare Pallavicino : « La duchesse est une enfant belle et sage qui se perfectionne de jour en jour. » Elle était enceinte à l’époque où le duc son mari entreprit la campagne contre son oncle.
3. Fille d’Ercole, mais d’une autre mère, Lodovica Condulmiero.
4. Sa sœur Beatrice, d’un an plus jeune qu’elle, avait épousé en janvier 1491 Ludovic le More et mourut en couches le 3 janvier 1497 ; son fils, né en 1490, s'appelait Ercole, mais en 1499 on lui avait donné le nom de Massimiliano par égard pour l’em-
pereur. Cette famille des Este avait partout des ramifications.