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On se souvient qu’il avait été capturé le 10 août

6. L'amitié du sultan et du duc remontait loin. Voir notre précédent volume, p. 177.

7. Sa fille Eleonora avait été à Rome, dans les premiers jours de février 1510, plaider en sa faveur; son mari, Francesco Maria, avait joint ses sollicitations aux siennes.

Quand Louis XII avait proposé ses services, la marquise les avait refusés (14 novembre 1509). Négociations de la France avec la Toscane, p. 441. — Tommasini, La Vita di N. Machiavelli, Turin, 1883, vol. I, p. 471.

8. Le marquis commandait les Vénitiens à la bataille de Fornoue et s’y conduisit courageusement, il était capitaine général de l'Empire et avait servi sous les ordres de Ludovic le More. Louis XII l’eut à son service.

ro LE PONTIFICAT DE JULES II

vice et exigea que son fils aîné, Federico, un enfant, lui fût donné comme otage !.

Le marquis quitta Venise le 10 juillet 1510, sur une galère vénitienne qui le conduisit à Rimini, non sans avoir assuré la Seigneurie qu'il lui était tout dévoué et qu’il ne demandait qu’à faire la guerre aux Français. Isabella se trouvait donc dans cette situation embarrassante qu’elle devait contribuer à l’échec des projets du pape pour sauver son frère, tout en ne provoquant pas sa colère, soutenir son mari qui combattait contre son frère et, en même temps, travailler au rétablissement du fils de sa sœur Béatrice sur le trône de Milan sans brouiller son mari et son frère avec le roi de France... Ce qu’il y a de merveilleux, c’est qu’elle y parvint !

Le grand danger pour le duc de Ferrare était de se voir attaqué en même temps par les Vénitiens et les soldats pontificaux sur le front de Bologne et par le marquis de Mantoue du côté opposé ; dès le début, Isabella et Lucrezia s’évertuèrent à lui épargner cette extrémité ; comment le marquis aurait-il pu refuser cette faveur à Lucrèce ? D'ailleurs, en retour, Alfonso s’engageait à ne faire aucun tort au marquis.

Néanmoins, les hostilités étaient engagées. Le 4 juillet 1510, le jeune duc d’Urbino, capitaine général de l’Église, attaqua son oncle, lui prit Cento et Pieve ?, à quelque 30 kilomètres de Ferrare, puis, s'étant réuni à Giampaolo Baglioni, à Giovanni Sassatelli et au cardinal Alidosi, gouverneur de Bologne, il occupa, le 20 juillet, Massalombarda, Conselice, Bagnacavallo, Fusignano, Lugo, c’est-à-dire la région située au sud des étangs de Comacchio. C’étaient, au vrai, de faciles conquêtes, villes ouvertes qui ne se défendaient pas. Fusignano, à peine pris, fut repris. Le duc s’apprêtait aussi à reprendre Lugo, dont la citadelle n'avait pas cédé, quand 1l apprit qu’une de ses plus belles places, Modène, venait de Jui être enlevée. Le cardinal Alidosi avait paru devant la ville, que défendait le cardinal Ercole ; les habitants, accompagnés des comtes Gherardo et Francesco Maria Rangoni, s'étaient aussitôt rendus dans son camp pour lui offrir la capitulation ; chose plus grave, la citadelle avait capitulé le lendemain (19 août 1510) *.

L’évêque de Sion, Mathias Schinner, descendait des Alpes avec ses Suisses afin d'occuper Chaumont et de l'empêcher de secourir le duc.

Alfonso ayant envoyé comme de coutume, le jour de la Saint-Pierre, le cens qui avait été abaissé par Alexandre VI, lors du mariage de Lucrèce, de 4 000 ducats à 100 4, Jules IT le refusa et, considérant la concession de son prédécesseur comme non avenue, il réclama tout l’arriéré, soit 35 000 ducats environ, plus 100 000 ducats pour les dépenses d’armements qu’il venait de faire (9 août 1510). En même temps, rompant pour la seconde fois avec la coutume qui n’autorisait l'emploi des armes spirituelles concurrem-

1. Federico était né en 1500. Son frère Ercole, né en 1505, devint le second cardinal Ippolito. Le roi de France et l’empereur d’Allemagnel’avaient auparavant exigé comme otage(17mars1510), ce qui montre à quel point on se méfiait de son père, mais ils se laissèrent fléchir et ce fut le pape qui l’obtint. Il partit accompagné d’un majordome, d’un médecin, d’un chanteur, d’un joueur de luth et de beaucoup de reliques (août 1510). ToMMasinr, Vita di Machiavelli, vol. I, p. 471. À. Luzio, Federico Gonzaga ostaggio dans Archiv. Soc. Rom. di Stor, Patria, 1887. Un mariage avait été

naguère combiné (en 1502) entre lui et la fille de César Borgia qui était en France ; elle avait alors deux ans comme lui.

2. Cento et Pieve appartenaient au diocèse de Bologne; AlexandreVI les avait annexés au duché de Ferrare lors du mariage de sa fille, malgré l'opposition du Sacré Collège.

3. Le pape céda la ville à l'empereur, à condition qu’il ne la rendit pas à Alfonso.

4. L'acte est daté du 17 septembre 1501. THeINER, Codex Diplomaticus S. Sedis, vol. III, p. 511, n° 427.

ment avec les temporelles que dans quelques cas précis qu’il n’y avait pas lieu d’invoquer en l'occurrence, Jules IT lança contre le duc, le 9 août 1510, l’excommunication. Les griefs, tant politiques qu'économiques, qu’ilénumère sont abondants ; il les expose longuement, précédés d’un historique du différend, dans le proême de la bulle qui fut communiquée aux divers évêques de la chrétienté, et notamment à ceux d'Angleterre (9 août 1510) !.

Le duc continuait, dit le pape, à faire la guerre à Venise, ce en quoi, à vrai dire, il remplissait, à la différence du pape, ses engagements envers la Ligue; ses troupes avaient pillé les territoires de l’Église ; il avait exercé dans ses États des droits appartenant au Saint-Siège ; il venait d'élever de 400 pour 100 les droits de douane à ses frontières et ne tenait aucun cas des remontrances de l’agent commercial du pape, messire Massimo ; il frappait de la fausse monnaie et s’emparait des biens des intestats ; il ne faisait rien en faveur des ecclésiastiques ; il s’était abouché avec le cardinal d’Amboise ; il expédiait dans le Milanais, d’accord avec l'autorité française, le sel de Comacchio, privilège réservé jusque-là aux salines de Cervia, et. ceci irritait d'autant plus le pape qu’il en avait cédé l'exploitation à son favori et banquier, Agostino Chigi.

Six jours seulement étaient impartis au duc pour venir à résipiscence, après quoi le pape déchaïînerait contre lui tous les princes de la chrétienté et le déclarerait, comme naguère son père, déchu de ses dignités et de ses droits, frappé d'anathème et d’excommunication ainsi que ses sujets et tous les habitants de ses États ?. Nul n'était excepté, etiam si summa dignitate fulgeret, mots qui visaient le cardinal d’Este#. Les églises se fermèrent, la vie religieuse cessa, les enterrements se firent hors des cimetières et la population fut dans la consternation.

Le pape s’irritait d'autant plus que son état maladif le rendait plus nerveux. Le 11 août 1510, il malmena l’ambassadeur mantouan, Lodovico Brognolo, dont il trouvait le maître trop indolent #,

Ses principaux auxiliaires, les Vénitiens, n'étaient pas heureux. L'année précédente, ils faisaient la guerre au duc de Ferrare comme à l’allié du papedont ils étaient les ennemis, et ils avaient subi plusieurs échecs; maintenant, ils la lui faisaient comme à l’ennemi du pape dont ils étaient les alliés et leurs chances n'étaient pas meilleures. Leurs mercenaires albanais avaient été en grande partie détruits ; c’étaient de terribles gens ; armés de cimeterres et « coïffés comme des demoiselles de chaperons garnis de cinq ou six papiers épais collés ensemble de telle façon qu’une épée n’y faisait pas plus de mal que sur une secrète » ‘, ils parcouraient le Ferrarais, massacrant les populations et incendiant terriblement tout le pays $. Mais les soldats du duc avaient mis un terme à leurs déprédations. Depuis lors, les hostilités traînaient.

1. Un exemplaire s’en trouve au British Museum, cote 697, 4. Le marquis avait un autre représentant, G. Lucido Cattaneo. f. 38. Cf. PAsTOR, vol. III, p. 650. 5. Hystoire du Bon Chevalier, éd. Petitot, vol. XV, p. 322. 2. Anathema promulgavit horrendum.…, dit PErr. MARTYR, La «secrète » était une cotte d’acier qui se portait en dessous du ép. XXIII, 443. Cf. MURATORI, Annali, 1510 et SANUTO, vol. IX, heaume. col. 108 qui emploie le même terme. 6. Arioste, qui les avait vus à l’œuvre, parle avec horreur de 3. SANUTO, vol. XI, col, 108, leurs méfaits dans le Roland furieux, chant XXXVI.

Jules II, si mal servi, trahi, le présumant, mais fort embarrassé du choix de qui le servirait mieux, distrayait son impatience soit en allant pêcher à la ligne dans le lac de Vico, soit en lisant la Divine Comédie, soit en s’entretenant avec Bramante. Mais ces délais irritaient son ardeur. Il lui fallait Ferrare à tout prix. «Ferrara T’avro al corpo di Dio», s'écriait-il, au dire du loyal serviteur de Bayard !. C’est pourquoi il résolut d’aller en personne conduire la campagne.

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