PROMOTION DE III
Le 10 mars 1511, eut lieu une importante promotion de cardinaux. Comme précédemment, il avait eu quelque peine à amener le Sacré Collège à ratifier ses choix dont quelques-uns étaient dictés, il est vrai, par des raisons qui n’avaient rien d’ecclésiastique.
Christophore Baïnbridge, représentant du roi d’Angleterre5 à la cour pontificale, recevait le prix de ses heureux efforts pour décider son roi à se joindre aux ennemis de la France. Le 22 septembre 1508, le pape l'avait nommé évêque d’York.
Mathias Schinner était le négociateur de l'alliance des Cantons ; venu jeune à Rome, il connaissait les pratiques de la cour et savait s’y conduire. Ce que le pape goûtait surtout en lui, c'était d’une part son énergie, de l’autre sa haine de la France. Ambitieux et sans scrupules, il ne quittait guère le pape, auprès duquel il vivait depuis 1500.
Mathias Lang de Willenburg, évêque de Gurk en Carinthie depuis 1501, et qu’on appelait pour cela Gurgense ou simplement Gurk, avait puissamment contribué à la constitution de la Ligue de Cambrai ; assez pauvre, il dut d’abord demander asile aux Orsini $, mais ne s’en montrait pas moins généreux envers les hommes de lettres ; sa morgue scandalisa plus d’une fois la cour pontificale ; il était très imbu de la grandeur du souverain germanique qu’il représentait, et n’en sentait pas la vanité.
Alfonso Petrucci était de cette phalange de prélats guerriers, tels que Ippolito d’Este, Alidosi, Sanseverino, Schinner, qui se faisaient si volontiers peindre en armure et ne reculaient jamais à défendre les droits de l’Église avec l’épée. Son père était, au reste, le fameux condottière Pandolfo qui, avec les mêmes procédés que César Borgia, mais plus heureux que lui, avait acquis la seigneurie de Sienne et dont Jules IT était l'ami
1, Moronti, Dis. Art. Barba, vol. IV, p. 97.
2. HUTTEN, Opera, Poetische Schriften, éd. Bôcking, Leipzig, 1862, vol. III, p. 265, n. 144.
3. SANUTO, vol. XIV, col. 86. Ou à cause de la réunion prochaine du concile du Latran. Lettres de Grossino et de Stazio Gadio en date du 16 mars 1512. Le 13 mars 1512, le cardinal Bibiena écrivait au cardinal Giovanni de Médicis que le pape s'était fait couper la barbe avec des ciseaux et non raser, et qu’il était
bien mieux avec sa barbe (Carte Sirozziani, 14 Ser., f. 5, n. 76).
4. À, Luzio, Federico Ostagio, p. 310. On racontait à Rome qu’au conclave de 1454 le cardinal Bessarion n'avait pas été élu à cause de sa barbe trop bien soignée « qui lui donnait l’air oriental ».