RETOUR A BOLOGNE
Le 25 mars 1511, il prit fantaisie à Jules IT d’aller visiter Cervia, dont la possession était la cause de tant de contestations à cause de ses salines !; bien que la ville fût modeste, la cathédrale exiguë, le temps détestable, le pape tint à être reçu avec le cérémonial habituel, tant il mettait de prix à ne rien abandonner des honneurs dont il estimait que sa dignité devait être entourée. Durant la nuit, un tremblement de terre secoua la ville. Le pape, qui ne pouvait se tenir debout que soutenu par deux hommes, se trouva, dès la première secousse, sans que personne l’eût aidé et sans savoir comment, au milieu de la place, à demi nu ; les cardinaux y étaient déjà, on rit beaucoup. Le lendemain 26, Jules IT était de retour à Ravenne; le tonnerre y retentit, car les saisons semblaient bouleversées. Le pape voulut que ce fût le canon.
Le séjour de la cour avait fait hausser la vie à Ravenne ; les objets de première nécessité devenaient rares ?. Or le cardinal Lang, dont la nomination n’avait pas encore été prononcée, se proposait de venir saluer le pape, de même que l’orateur espagnol, Yanino Conchilles, évêque de Catane. Leur réception, que Jules IT entendait rendre magnifique, ne pouvait avoir lieu à Ravenne ; il fut donc décidé que la cour retournerait à Bologne où la situation était redevenue normale. Le pape se proposait en outre d’y célébrer les fêtes de Pâques, qui tombait, cette année, le 20 avril.
Le cortège pontifical se mit en marche le 3 avril 1511 par une pluie battante ; à Lugo, près de Bagnacavallo, Jules IT réunit les officiers qui conduisaient trop mollement à son gré le siège de Bastia *, bourgade voisine appartenant au duc de Ferrare, sur le bord d'un marais salin, et leur déclara en paroles emportées que, puisqu'ils étaient incapables de s'emparer de cette bicoque, il allait prendre en main lui-même la direction des opérations et que la victoire lui serait facile. A ces paroles, ses entours frémirent, car ils redoutaient que le pape ne commît quelque imprudence qui le livrerait à ses adversaires. |
Faute d’être payée régulièrement, son armée se montrait d’ailleurs indisciplinée; dans une ville que le pape devait traverser, un groupe d’un millier d'hommes étaient en révolte ouverte, refusant tout service. L’itinéraire du pape dut être détourné pour l’éviter.
1. De l’autre côté de la pinède illustrée par Dante et Byron, rentrée à Rome, car il craignait, comme précédemment, que à quelque 20 kilomètres de distance. la population, qui souffrait de l’absence de la cour, le voyant 2. Lettre du pape à son légat à Rome, le cardinal Leonardo s'éloigner de nouveau alors qu’on le croyait sur la voie du retour,
Grosso, en date du 1r°r avril 1511, pour lui expliquer les ne fît éclater son mécontentement. SaAnuTo, vol. XII, col. 131. raisons de son retour à Bologne et lui annoncer sa prochaine 3. À une lieue au sud d’Argenta.
LA VIE TOURMENTÉE DE JULES II ENTRE r510 ET r5r2 129
Très heureusement, la pluie ayant redoublé, les torrents débordèrent ; la plaine, qui est presque au niveau des étangs, se transforma en marécage, et Jules IT ne putdonnersuite à sa menace. Il redescendit sur Imola, où il passa la nuit dans un couvent. Les contretemps, de même que les plus graves échecs, ne l’abattaient nullement ; il se montra ce soir-là « aussi gai que s’il avait gagné une victoire». Le lendemain, 6 avril 1511, il rentra à Bologne, après avoir franchi huit lieues.
Ayant quitté sa litière à la porte de la ville, il monta un genet fringant et les habitants purent voir avec admiration «ce vieillard barbu, chargé de soucis et infirme, pareil à un militaire solide et impétueux », réprimer vigoureusement les écarts de sa monture, quand, sur la place du palais, effrayée par la foule, elle chercha à se dérober !.