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CONGRÈS DE MANTOUE

L'empereur d'Allemagne avait conçu le dessein, à l’instigation du roi Ferdinand, de réunir à Mantoue les envoyés des principaux États belligérants, afin d'amener la paix entre eux ; le roi d'Aragon et lui pensaient ainsi rendre définitives leurs conquêtes et amener le pape à se détacher de Venise, contre laquelle Maximilien nourrissait une haine tenace et des projets de revanche. Il avait envoyé Mathias Lang (Gurk) à Mantoue pour s’y rencontrer avec l’ambassadeur aragonais Pedro de Urrea. Guglielmo Raimondo de Vich de Valence, représentant du roi Ferdinand ?, s’était joint à eux presque aussitôt. Louis XII avait hésité à adhérer à un conciliabule où il avait tant à redouter des intrigues d’alliés peu sûrs et d’ennemis habiles. Il avait toutefois délégué plutôt comme « observateur » que comme négociateur l’évêque de Paris, Etienne Ponchier, homme de haute valeur et savant canoniste, qui présenta un plan de réforme du clergé dont on apprécia fort la forme judicieuse, mais dont on se garda bien d’assurer l'application.

C'était avec l'intention de prévenir le pape en faveur des vues qu’il comptait faire prévaloir au congrès que Lang se préparait à aller le trouver à Ravenne. Il fut reçu trois jours après le retour de Jules II à Bologne. Soit par mépris pour les règles de l'étiquette dont les bizarreries millénaires choquaient sa rudesse germanique, soit parce qu'il jugeait qu’un représentant de l’empereur se ravalerait en s’y soumettant, Lang en fit bon marché. Il n’était, d’ailleurs, cardinal que in petto, Jules II ayant réservé la publication de son élection, sans doute pour pouvoir agir sur lui ?. Il se présenta non en vêtements ecclésiastiques, mais « en costume de voyage tel qu'il avait quitté l’empereur ». Paris lui avait représenté avec force, mais sans succès que cet accoutrement était

1. Lettre à Isabella du 7 avril 1511, dans A. Luzi0, p. 300. 3. Les cardinaux non déclarés ne jouissaient pas des privilèges

2. En octobre 1510, il s’était entremis entre Jules II et Chau- des cardinaux à qui le souverain pontife avait fermé et ouvert mont. DE Hinojosa, Los Despachos de la Diplomacia pontificia la bouche. Lors de l’élection d'Alexandre VI, une question très en Espana, vol. I, Madrid, 1806. Guglielmo Raimondo de Vich délicate s’était posée à propos des deux cardinaux non déclarés. fut créé cardinal par Léon X en 1517 dans la grande promotion Pourraient-ils entrer au conclave? Il avait été décidé qu'ils y des trente et un. Mort en 1525. seraient admis, mais ce ne fut pas sans discussions.

contraire aux bienséances. En outre, il ne se contenta pas de la place très honorable qui lui avait été assignée tout de suite après les cardinaux diacres; il resta la tête couverte devant le pape, s’assit familièrement à ses côtés et lui parla avec tant de morgue «qu’on ne savait plus qui était le pape et qui était le cardinal ».

Ses manières indisposèrent la cour et Jules IT, en sorte queles propositions d’accommodement qu’il avait mission de soutenir ne reçurent pas bon accueil. Jules II ne voulait pas démordre de son dessein de châtier le duc Alfonso et « de passer un mois à Ferrare » ?. Quand Lang lui parla des concessions que consentirait le roi de France dans son grand désir de faire sa paix avec le Saint-Siège et des conditions qu’accepterait le duc de Ferrare, la divergence entre ce que le pape exigeait et ce que ses adversaires étaient disposés à lui concéder apparut telle que la continuation des pourparlers devint manifestement inutile ?.

Lang se sentait dans un milieu hostile, car l’empereur, qui voulait jouer le rôle de courtier en se réservant une large part, ne s'était pas ouvertement séparé de la France, en sorte que Jules II commençait à considérer son envoyé plutôt comme un ennemi que comme un conciliateur ; Lang comprenait aussi qu’il avait froissé la cour. La peur le prit d’être traité comme le cardinal de Clermont, qui, depuis de longs mois, était retenu dans une étroite prison au château Saint-Ange. Le 25 avril 1511, il quitta Bologne

sans prendre congé, presque furtivement, ce qui ajouta encore à son discrédit.

D'ailleurs, il n’y avait que trop de preuves qu'on n'avait plus d’égards pour la dignité ecclésiastique.

Ne venait-on pas d'arrêter et d’incarcérer à Milan un évêque, Alessandro Fregosoÿ, qui se rendait à Gênes, sa patrie, sur l’ordre du pape pour y fomenter un mouvement contre le roi de France f.

Cependant, le marquis de Mantoue invitait sa belle-sœur Lucrèce, dont il était si fort engoué, à venir dans son palais «prendre un peu de plaisir après les souffrances et les tourments » qu’elle avait éprouvés durant l’hiver et dont elle avait su, grâce à ses manœuvres, délivrer les siens et écarter la menace.

De nouveaux conciliateurs s’entremirent, deux femmes entre autres, la reine Anne, qui ne pouvait supporter la pensée que le roi son mari menât la guerre contre le Saint Père, et donna Felice, la fille de Jules IT; elles combinèrent que celle-ci accorderait une de ses filles à l’un des fils du duc de Ferrare, mais quand donna Felice fit des ouvertures en ce sens à son père, il la rabroua de verte façon, lui déclarant qu’elle n'avait pas à intervenir dans la conduite des affaires (avril 1511) 5. Cependant, on répétait à Rome que la paix se ferait par les femmes f.

Ferrare semblait du reste de moins en moins en danger. Chaumont était mort le

1. Micuaez CocciNo, De Rebus in Italia gestis…. 3. Évêque de Vintimille, 1487-1511. 2. RAYNALDUS, 1511, $ 50. — JAcoPo NaARD1, Liv. V, p. 223. — 4. Sa culpabilité était certaine ; il fit des aveux. GuiccrARDINI, Liv. IX, p. 147. Lang avait réussi au contraire à 5. Comme on l’a dit, son mari, Giovanni Orsini, était franco-

amener un arrangement entre Maximilien et les Vénitiens. phile. SismMonDi, vol. XIV, p. 107. 6, À, Luzio, Isabella, p. 300.

LA VIE TOURMENTÉE DE JULES II ENTRE rsro ET r5r2 13

11 février 1511 1. Ses scrupules et ses tergiversations avaient paralysé l’action des troupes françaises ; la Mirandole et Concordia avaient été perdus par sa faute. Trivulzi, qui lui avait été adjoint dans les derniers temps et lui succéda, était un tout autre général, plein d'énergie et de décision. Tout d’abord, il reprit Concordia, pénétra en Romagne et menaça Bologne. S'il ne tenta rien pour reprendre la Mirandole, c’est afin qu’on ne crût pas qu’il agissait uniquement en vue de rétablir sa fille dans la possession de ses biens.

Le voisinage d’une forte armée française rendit courage aux partisans des Bentivoglio, qui entretenaient à Bologne de nombreux agents ?; le légat Alidosi fit le reste par ses maladresses, en sorte qu’une deuxième fois Jules IT se vit contraint de quitter la ville (14 mai 1511). Avant de s'éloigner, il rappela aux principaux citoyens les services que le gouvernement pontifical avait rendus à leur ville, le commerce devenu plus prospère, les impôts allégés, la sécurité assurée, et 1l leur demanda de se montrer ses fidèles sujets. Il partit monté sur un mulet, puis en litière, escorté de 300 lances espagnoles qui s’en retournaient dans le royaume de Naples; le troisième jour, il était à Ravenne. Cette fois, pour plus de sûreté, car on sentait grandir l’animosité, il se logea dans le château qui donnait sur la campagne et permettait une retraite facile. Des courriers arrivaient sans cesse, annonçant l’approche des Français, mais aussi la résolution des Bolonais de leur offrir une sérieuse résistance; il en vint un qui apporta au pape la nouvelle d’une victoire de ses lieutenants et du dégagement de Bologne; tandis qu’il se réjouissait de ce succès avec les cardinaux, on vint lui apprendre que la ville avait été prise la nuit précédente (21 au 22 mai). Jules II reçut cette terrible nouvelle avec un grand sang-froid et la communiqua d’un mot aux assistants, puis il s’occupa tout aussitôt du regroupement de son armée.

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