‹ Histoire de RomeChapitre 127 sur 200 · MALADIE DU PAPE. — LE PEUPLE ROMAIN APPELÉ A LA RÉVOLTE · texte numérisé non relu

MALADIE DU PAPE. — LE PEUPLE ROMAIN APPELÉ A LA RÉVOLTE

Francesco Maria était rentré à Rome le 9 août 1511 ; il avait pris logement chez sa mère 1 qui s'était mise en campagne pour obtenir son pardon ; d’autres influences agissaient en sa faveur ; d’ailleurs, tout le Sacré Collège s’unissait pour maudire la victime et soutenir le meurtrier ; l’affaire parut rapidement en si bonne voie que le duc écrivait à sa belle-mère Isabella qu’il ne serait pas nécessaire de sortir l'énorme dossier qui avait été préparé contre Alidosi ? ; la première colère du pape était tombée, il commençait à admettre l’indignité de son favori et l’unanimité qui s'était manifestée contre lui le frappait, il était donc porté à l’indulgence envers son neveu; c’est pourquoi il consentit à soumettre le cas à un jury composé de quatre cardinaux, dont l’un serait le cardinal de Médicis, qu’on savait particulièrement bien disposé, mais il avait formulé cette réserve que, jusqu’au jugement, le duc serait privé deses biens et de ses dignités et resterait prisonnier dans son palais * sous caution de 100 000 ducats. Bientôt d’ailleurs, sur les instances de Filippo Beroaldo le jeune, 1l les lui restitua 4. C'était le pardon.

Tant d'émotions et de discussions avaient épuisé le pape. Au commencement du mois d’août, après un court séjour à Ostie qui était infesté de paludisme 5, et où il avait beaucoup chassé et fait de longues courses tête nue, il eut un accès de fièvre. Le 17 août 1511, au moment où il s’apprêtait à remettre solennellement le chapeau rouge au cardinal Schinner, un nouvel accès très violent le saisit ; le mal empira rapidement, au point que les entours du pape l’engagèrent à se confesser, ce à quoi il consentit aussitôt. La scène dut être impressionnante ; les cardinaux, les prélats de la cour, les chapelains entouraient son lit à genoux, tenant des cierges. Le cardinal Raffaello Riario, qui avait déjà trente-quatre ans de cardinalat ?, reçut ses dernières volontés qui étaient que toutes les faveurs accordées par lui aux membres du Sacré Collège fussent maintenues et que 34000 ducats fussent remis partie à sa fille, partie à ses neveux; il pardonna à ses ennemis. Ce devoir accompli, il mangea, mais fort peu, et prit meilleur visage ; ses médecins voulaient l’alimenter plus sérieusement ; il s’y refusa; le 20, après un troisième accès, on le considéra comme perdu. La confusion augmenta ; dans le palais, les fonctionnaires, la domesticité, les amis même du pape faisaient main basse sur le mobilier, les vêtements, les objets précieux; les cardinaux se concertaient en vue du prochain conclave et les intrigues commençaient; on nommaïit déjà les cardinaux papables et l’on pensait que l'élu serait choisi parmi les cardinaux favorables à la France. Francesco Maria s’efforçait de se rendre maître de la situation, avec l’aide des cardinaux nommés par son

Page 1