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des Romaïns vers un peu plus d’indépendance et se proposait pour modèles les Arnaldo de Brescia, les Crescenzi, les Rienzo, les Porcari, dont la fin malheureuse n’était pas pourtant pour l’encourager.
Le moment de réaliser ses vœux lui parut venu; il se rendit au Capitole, accompagné de Gian Giorgio Cesarini qui avait été gonfalonier du peuple en 1499, d’Antonio Savelli et de quelques autres nobles ; le sénateur, qui était alors Pietro Squarcialupi, et les trois conservateurs ! se joignirent à eux, ce qui montre que son initiative était populaire. Il prit la parole et rappela aux Romains en termes chaleureux leur gloire passée et leur humiliation présente ?. Les conservateurs, enflammés par ses paroles, proposèrent que la République fût proclamée et le « Bon État » rétabli comme au temps de Cola di Rienzo, le peuple armé et le prochain conclave surveillé. Le nouveau pape devrait s'engager à nommer quatre cardinaux romains et à remettre le château Saint-Ange aux représentants du peuple. |
Mais le lendemain, Jules IT était en voie de rétablissement. Sur les conseils du jeune Federico, du duc d’Urbino et de l’évêque d’Ivrée (Bonifacio Ferreri), il avait consenti à s’alimenter conformément aux recommandations de l’un de ses médecins, Scipione Lancellotti, le seul qui n’avait jamais désespéré de sa guérison * ; il choisit de manger des fraises, une poire, du poisson, but un verre de malvoisie # et, au bout de deux jours, se déclara guéri. « La fièvre s'était transformée en goutte qui s’était portée dans un doigt.» « Les cardinaux, écrit l’orateur vénitien qui assista à ces scènes en spectateur ironique, en apprenant que le pape était vivant, devinrent morts 5, »
Les cardinaux dissidents, déjà sur le Chemin de Rome, regagnèrent la haute Italie, sauf Francesco Borgia et Carvajal qui demeurèrent hésitants à Sienne et demandèrent des sauf-conduits par l'intermédiaire de l’ambassadeur d’Espagne.
Ce rétablissement subit dut être un vif désappointement pour l’empereur Maximilien, qui voyait s'éloigner la réalisation de sa folle espérance. Quant aux séditieux, ils étaient rentrés dans l’ombre.
Au fort de la crise, la fille de Jules IT, donna Felice, avait obtenu de lui qu'il absoudrait le duc d’Urbino. Dès qu’il fut revenu à la santé, il réunit en effet dans sa chambre le consistoire et déchargea son neveu de toute culpabilité, «non par la voie de justice comme on y avait pensé d’abord, car ce serait trop long, mais par grâce apostolique »f.
L’entourage du pape avait pris soin de lui cacher le coup de tête de Pompeo Colonna ; mais la vieille duchesse Elisabetta d’Urbino le dénonça par haïne des Colonna qui revendiquaient quelques-unes de ses terres ?, Comme bien on pense, le pape entra en fureur.
1. Les conservateurs étaient : Gasparo de Sanguinei, Giulio Alberteschi, Gabriele Valentino,
2. GuiccrARDINI, Liv. X, $ IV (vol. II, p. 373), rapporte tout au long, en y mettant probablement beaucoup du sien, le discours de Pompeo Colonna.