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SUITES DE LA BATAILLE DE RAVENNE

On était, à Rome, plein de confiance et de sécurité, carla politique militante de Jules II semblait avoir complètement réussi, l’encerclement dela France était complet; Anglais, Espagnols, Suisses menaçaient de toute part son territoire et ses conquêtes ; le pape, satisfait de voir le succès de ses manœuvres, s'était, on l’a dit, fait couper la barbe en signe de joie. C’est alors que survint la nouvelle de l'événement de Ravenne. Le 14 avril 1512, trois jours après la bataille, Ottaviano di Campo Fregoso arriva à bride abattue pour en annoncer au pape le résultat. De surcroît, peu après, le bruit se répandit que La Palisse, ayant pris le commandement, s’apprêtait à marcher sur Rome; on savait que les barons mécontents, Pompeo Colonna, Roberto Orsini, Pietro Vargano, Margano, Renzo Mancino, réunissaient leurs partisans dans les monts latins et se disposaient à entrer à Rome 1 La Curie, le clergé, le peuple étaient dans l’angoisse; les cardinaux étrangers, le Hongrois Bakocz (Strigonia) et le cardinal anglais Bainbridge (York) conjuraient le pape de s’éloigner ; d’autres se joignirent à eux pour lui représenter que la papauté ne pouvait être sauvée qu’à ce prix. Il y pensa ; le chef de sa flotte, Bartolomeo da Biassa, fut appelé de Civitavecchia pour organiser le départ, mais bientôt son caractère reprit le dessus et il refusa de fuir ?. On lui conseilla alors de céder, d'accepter les offres que le roi avait formulées naguère ; elles étaient fort conciliantes, et le pape ne pouvait en souhaïter de meilleures ; sous l’influence de la reine Anne, Louis XII s'était montré singulièrement modéré ; il est vrai qu'il se voyait entouré d’ennemis et n’ayant pour allié que l’empereur, dont il avait appris à se défier. Comme il présumait que les Florentins seraient heureux de jouer le rôle d’intermédiaires, il les avait chargés de transmettre ses propositions. De son côté, le pape avait mandé l’ambassadeur florentin pour lui proposer de servir d’intermédiaire *. Or, les envoyés de la

1. GUICCIARDINI, liv. X, $ XIV.— Sanuro, vol. XIV, col. 158, d'y ajouter des« turions grandset forts» (12 juillet 1512). MADELIN, 190, Un Français à Rome, p. 208. Le 15 avril, il déclarait aux ambas- 2. « Fuit hic Pontifex animus invictissimus et frangi fortunae sadeurs de Venise et d'Espagne que, pour expulser les Français malis nescius », écrit avec raison Ecipio pa VitErBo, Historia, d’Italie, il était prêt à dépenser 100 000 ducats et à vendre la p. 386. Toutefois, instruit par l'expérience du passé, il fit appro- tiare. PAstoR, vol. III, p. 705. fondir les fossés qui entouraient le château Saint-Ange et projeta 3. À. Luzio, Isabella, p. 81.

République prirent sur eux de ne pas modifier les propositions du roi quand ils apprirent le résultat de la bataille de Ravenne, car ils n’ignoraient pas ce qu’elle avait coûté, prévoyaient qu’elle n’aurait pas de conséquences durables et savaient en outre que le roi avait à cœur de mettre fin à la guerre. Louis XIT offrait de dissoudre le concile de Pise, siégeant alors à Milan, de restituer Bologne, à la condition que les Bentivoglio restassent en possession de leurs biens, d'abandonner la ville de Lugo et d’obliger son allié le duc de Ferrare à renoncer aux villes de Romagne et au droit d'exporter le sel de Comacchio, à la seule condition que lui et le royaume de France seraient relevés des sentences prononcées contre eux 1. La honte de l’abandon de ses alliés et de cette capitulation apparaissait sans doute à Louis XIT moins grande que la confusion où les anathèmes du pape l’avaient jeté, ainsi que ses sujets. k

Jules IT, qui voulait laisser venir les événements, feignit donc d’être disposé à négocier sur ces bases. Les nouvelles qu’il recevait lui montraient combien il avait eu raison de ne pas céder dans le premier moment d’affolement. Le 15 avril 1572, était arrivé Giulio Médicis, chevalier de Rhodes, qui, devenu le pape Clément VII, devait connaître des heures plus angoissantes encore ?. Il avait eu une entrevue avec son cousin le cardinal Médicis, prisonnier, qui lui avait appris la mauvaise situation de l’armée française; elle manquait de vivres et était épuisée; le désarroi s'était mis dans le commandement, car La Palisse et Sanseverino se disputaient la direction des opérations ; le duc de Ferrare refusait de devenir le général en chef et s'était retiré dans ses États. En outre, Médicis avait été informé de la descente probable des Suisses dans le Milanais ; l’armée française s'attendait donc, disait-il, à une prompte retraite. La victoire écrasante de Ravenne ne serait qu'un incident. C’est pourquoi Jules IT signa une convention avec les intermédiaires du roide France, maïs prévint en même temps les envoyés vénitiens et aragonais qu'il n’agissait ainsi que pour gagner du temps. Il écrivit au cardinal Schinner de hâter les levées des Suisses et de s’en procurer, non pas 6 000, mais 12 000, ou même davantage s’il le pouvait $. Un ambassadeur du roi d'Angleterre arriva à ce moment ; il était parti en novembre d'Angleterre, mais avait dû, comme plusieurs autres, pour ne pas tomber aux mains des Français, passer par l'Espagne, en sorte qu'il y avait six mois qu’il voyageait. Il portait au cardinal Baïnbridge l’autorisation d’entrer officiellement dans la Ligue.

Le 8 mai, on apprit à Rome que les Français évacuaient la Romagne et que les Suisses menaçaient le Milanais {.

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