REPRISE DU CONCILE. — MÉSENTENTE ENTRE LES ALLIÉS
Le triomphe de Jules II sur les Français était complet ; ils ne tenaient plus que quelques places dans le Milanais, à savoir : Brescia, Crème, la citadelle de Milan et la Lanterne de Gênes, quand le concile du Latran se réunit de nouveau, comme ilavait été convenu, le 3 décembre 1512. Cependant, Jules IT s’acharna à détruire l’œuvre pourtant falote du concile de Pise et à poursuivre la guerre contre la France avec les armes spirituelles, maintenant que les armes temporelles avaient donné tout ce qu’on pouvait en attendre. Il voulait profiter de son succès pour empêcher le retour d’une offensive et aussi pour établir plus fortement qu'auparavant l'autorité de l’Église au delà des monts. L'occasion semblait bonne.
Dans la III session (3 décembre 1512), qui commença par une messe dite par le cardinal Marco Vigerio au son des trompettes, de telle façon que personne n’en entendit rien, les Pères, qui étaient maintenant cent vingt, renouvelèrent la bulle par laquelle était déclaré nul tout ce qui s'était traité à Pise et à Milan et réitérèrent l’anathème contre le royaume de France, la Bretagne était exceptée, « à cause des larmes et des supplications » de la reine Anne, manœuvre habile qui marquait que cette province ne constituait pas partie intégrante du royaume de France aux yeux du Saint-Siège et pouvait en être séparée ; elle était, au surplus, bien imaginée pour toucher l'âme pieuse et bretonne de la reine ?.
Le cardinal Lang prit part à cette séance et partit aussitôt après #.
Dans la IV® session, tenue le 10 décembre, il fut donné lecture des lettres patentes
1. PARIS DE GRaASssi, éd. Dollinger. — Pasror, vol. III, p. 755. — ViNcENZO LANCETTI, Memorie intorno at poeti laureati, Milan, 1830. Archiv. Soc. Rom. di Stor. Patria, an. 1880, vol. IX, p. 544 ; an. 1887, 2. RAyYNALDUS, vol. XXX, p. 639, 1512, $ XCVII. P. 40. 3. TEDALLINI, P. 337, lig. 3.
par lesquelles le roi Louis XI avait naguère, au temps de Pie IT, abrogé la Pragmatique Sanction de Bourges; l’avocat du concile fit une déclaration dans laquelle il attaqua ladite Pragmatique et en demanda l’annulation ; des sanctions furent édictées contre ceux qui en soutenaient la validité ; les princes, prélats et membres du Parlement qui la tiendraient pour valide furent assignés à comparaître devant le concile dans un délai de soixante jours ! pour s’y défendre et donner leurs raisons.
Dans la V® session, tenue le 16 février 1513, en présence de cent trente Pères ?, Giovanni Maria Ciocchi del Monte, archevêque de Manfredonia (Siponto), qui fut Jules III 3, prononça un élégant discours tendant à faire adresser à la France par le concile une nouvelle sommation 4. De la réforme de l’Église, dont tant d’orateurs et le pape luimême avaient proclamé l’urgence et l’absolue nécessité, il ne fut pas plus question alors qu'auparavant.
Jules IT, qui était mourant, ne put assister à cette séance, que présida le cardinal Raffaello Riario. Le pape y fit approuver sa bulle du 14 janvier 1505, publiée en octobre 1510, Cum tam divino, contre la simonie 5.
Les satisfactions que les décisions du concile donnaient à Jules II durent être singulièrement diminuées par la conduite de ses alliés ; ils agissaient en conquérants bien plutôt qu’en libérateurs ; l'Italie du Nord était devenue leur proie ; Espagnols, Suisses, Allemands cherchaient à qui mieux mieux à tirer de leur victoire, fût-ce aux dépens les uns des autres, tout le profit possible.
Les Suisses ravageaient le Milanais, rançonnant villes et campagnes, sans égard ni pour le jeune duc Maximilien, le Duchetto, qu’ils avaient pourtant rétabli, ni pour l’empereur qui considérait le duché comme terre d'Empire, ni pour leurs autres alliés qui y avaient des droits ; ils appelaient au pillage leurs compatriotes qui descendaient par bandes de leurs montagnes 6. Schinner s’attribua 30 000 ducats de revenus ecclésiastiques. Le Duchetto (il avait vingt-deux ans) était leur otage et leur instrument ; il déclara, par la bouche de l’un de ses orateurs, qu’il devait son élévation aux Cantons et ne l’oublierait jamais. Le 9 septembre, il signa un traité par lequel il abandonnaït à la Suisse Locarno, Lugano, Domodossola contre une promesse de protection. Les Suisses se faisaient concéder terres, privilèges et argent ?. 1l y eut une violente querelle entre Schinner et Lang à propos de l'entrée à Milan et de l’intronisation du duc, dont chacun voulait être considéré comme le restaurateur 8. D'ailleurs, l’empereur aurait souhaité placer à Milan un de ses parents, mais les Espagnols s’y opposaient.
1. Quelques textes disent quinze jours, délai manifestement trop 5. Voir TEDALLINI, p. 338, et D'UMESNIL, p. 250.
court. Bulles British Museum, 5016, b. 28 (6) et (7).
2. On voit que leur nombre allait sans cesse grandissant, le succès y aidant.
3. Il était neveu du cardinal Antonio del Monte, qui avait ortement poussé Jules II à assembler le concile.
4. Ce fut le patriarche d’Antioche, Alfonso Carafa de Naples, qui dit la messe.