‹ Histoire de RomeChapitre 18 sur 200 · Voir notre ouvrage sur le Château Saint-Ange, p · texte numérisé non relu

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Seul, Asquinio da Colloredo paya de sa vie le concours qu’il avait prêté à Alexandre VI. Il fut arrêté le 14 décembre 1503, sous l’inculpation d’avoir fait empoisonner par son cuisinier le cardinal $S. Angelo (Michaeli) un an auparavant (10 avril 1503) ! Il ne nia pas, argüant seulement que le pape l’y avait contraint. Comme il avait reçu les ordres, il fut dégradé devant Saint-Pierre avant d’être exécuté au Capitole (16 mars 1504) ?.

Le parti des Borgia n’existait plus, Alexandre VI n’avait pas même une sépulture et ses créatures feignaient de ne rien lui devoir. Grassi s'étonne, non sans naïveté, que, lors de l’anniversaire de sa mort, les cardinaux qu’il avait créés, et qui, pour la plupart, ne le méritaient guère, ne firent pas même semblant de le regretter.

La question de la Romagne troubla la plus grande partie du règne de Jules II. La papauté avait constamment combattu, depuis le temps du cardinal Albornoz, pour conquérir cette province qui semblait maintenant perdue. Dès le jour où sombra la fortune des Borgia, Venise d’une part, Florence de l’autre, s'étaient efforcées de s’y établir, tandis que César Borgia, qui tenait les meilleures forteresses, en faisait une monnaie d'échange. Florence, toutefois, qui vivait, depuis l’expulsion des Médicis en 1404, sous un régime démocratique, n’était guère en mesure de mener à bien une entreprise qui ne pouvait réussir qu'avec de la promptitude, de la décision et de la continuité. Elle hésitait, manquait d'hommes, et put tout au plus s'emparer de la petite cité de Cisterna, située sur le territoire de Spolète (c’est un écart de 100 habitants).

Elle subit un échec à Faenza, qui touchait au territoire florentin par le val de Lamone et au territoire vénitien du côté de Ravenne. Francesco Manfredi #, qui tenait pour Florence, y était entré un peu auparavant pour y rétablir l'autorité de sa fille, et la République avait envoyé pour le soutenir Pietro del Monte avec 200 hommes, maïs Dionisio di Naldo, qui était son ennemi et l’allié des Vénitiens, provoqua un soulèvement. Le peuple proclama qu’il ne voulait n1 de l’ingérence de Florence ni « du gouvernement des prêtres », et le Conseil des Anciens fit appel à la Seigneurie vénitienne, qui fit occuper la ville (19 novembre 1503). Le château, où commandait un lieutenant de César, ne capitula que le 264. La prise d’une ville s’opérait généralement en deux temps, comme on le verra plus d’une fois ; la ville même se rendait facilement, la forteresse résistait si le gouverneur avait des hommes, des munitions et de l'honneur, ce qui, à vrai dire, n’était pas toujours

le cas.

1. En décembre 1503, Machiavel écrivait aux Dix que l’on avait 3. Francesco était fils naturel de Galeotto Manfredi et, avec arrêté son secrétaire qui aurait avoué l’avoir empoisonné et qu’on son cousin Astorio, le seul survivant de cette famille, César allait le brûler vif. Le cuisinier Ezelino de Forli avait disparu. Borgia ayant fait périr traîtreusement les deux frères de Fran-

2. Il fut dépensé 8 ducats pour élever une estrade sur la place cesco. Ils reçurent 1 200 ducats d’indemnité (SaAnuTo, vol. V, Saint-Pierre à l'intention de ceux qui voulaient ou devaient assister col. 368). à la cérémonie (Archiv. di Stato, Shpese Minute, 23 juillet 1504). 4. Moront, Diz., vol. XXII, p. 305.

détestait César et en était détesté, quoique Espagnol. Sa loyauté envers le pape le mettait en outre au-dessus du soupçon de trahison. Une foule curieuse se porta à sa rencontre quand il revint à Rome, quatre jours plus tard ; on se demandait quel avait été son rôle et quelle serait son attitude. « Il avait, dit un témoin, le visage réjoui de quelqu'un qui a accompli son devoir 1, » Était-ce donc d’accord avec le pape qu’il avait laissé échapper son prisonnier? Le pape, en tout cas, le reçut le lendemain avec bonne grâce, lui permit de s'asseoir à sa table et lui donna la comédie, une pièce dans laquelle un enfant de neuf ans, sous les traits de Mercure, récitait un long éloge du pape ?.

Jules IT avait lieu de se réjouir; la fuite du duc lui laissait les maïns libres en Romagne et, d'autre part, «l’air qu’il allait respirer ailleurs pourrait ne pas lui être favorable ». Consalvo, qui avait envoyé à César un sauf-conduit, le reçut avec de grandes démonstrations de joie et de respect ; il lui donna même l’assurance qu'il l’aiderait à recouvrer la Romagne ou à se créer ailleurs une principauté. César, se fiant à ces promesses, pensa que le moment d'agir était venu ; il signifia à «ses cardinaux» qu'il avait besoin de 12000 ducats, que ceux-ci s’empressèrent de lui envoyer, et 1l se mit à recruterdes hommes (mai 1504). Mais le vice-roi avait dépêché en Espagne un agent pour demander aux souverains comment ildevait disposer de lui. Sa duplicité, qui avait fait ses succès, le desservait maintenant. Consalvo se défait de lui; il pensait que son activité allait s’employer, non en Romagne ou en Toscane #, maïs en faveur des Français contre les Espagnols. D'ailleurs, son frère Joffrè, prieur de Squillace, réfugié à Naples, refusa de le recevoir pour ne pas se compromettre ; il dut se loger chez le cardinal Borgia.

La réponse de Ferdinand et d'Isabelle arriva dans les derniers jours de mai (1504); la reine, qui avait César en grande aversion, ordonnait qu’on le mît en lieu sûr; aussi, le 27, Consalvo, sans égard pour le sauf-conduit qu’il lui avait accordé, le fit enfermer dans la tour du Château-Neuf et dépouiller « de ses bagues et de son argent » *. Le même jour, le pape à Rome ordonnait d’emprisonner son banquier, Alessandro Spannocchi, qui s’apprêtait à lui remettre 300 000 ducats, disait-on *. On redouta des troubles ; des patrouilles parcoururent les rues ; les palais des cardinaux espagnols furent surveillés ; la mère de César, la Vannozza, dut laisser perquisitionner dans sa maison ; les gardiens des portes reçurent l’ordre de ne laisser sortir personne.

Jules II défendit qu’on mentionnât dorénavant devant lui le nom de son ennemi et ne le prononça plus jamais. Au mois d’août, ses agents se rendirent à Florence et à

Bologne, afin d’y saisir les sommes qu’y avait déposées le duc ; ils s'emparèrent de 5 000 à 6000 ducats.

1. GIUSTINIAN, vol. III, p. 72. On serait tenté de penser que si on avait préféré le château d’Ostie à celui de Civitavecchia, c’est

venaient de rappeler leurs anciens seigneurs, les Appiani.

les 4. Sa prison était grillagée, mais décemment ide,

qu’il était plus favorable à une évasion et plus voisin de la frontière napolitaine,

2. Lettre de Jules II aux souverains espagnols dans RAYNALDUS, vol. XI, col. 435. — GIUSTINIAN, Appendice II.

3. Le bruit courait à Rome avec persistance qu'il préparait une opération en Toscane en prenant comme base Piombino, dont il s'était emparé en 1501. Cependant, les habitants

5. GIUSTINIAN, vol. III, p. 123. La somme paraît fort exagérée. Un proverbe italien dit: Richezza e santità, la metà della metà (Richesse et sainteté, la moitié de la moitié). Les Spannocchi allaient faire une faillite retentissante avec 70 000 ducats de déficit, comme jadis les Bardi et les Peruzzi à Florence ; l’évêque de Massa, Ventura Benassai, associé de la banque, en fut en partie la cause par ses spéculations et ses machinations.

Quant au cardinal Carvajal, il ne déguisa pas ses sentiments; depuis longtemps, il vivait dans la terreur, car il savait que le duc lui voulait malemort et il se rappelait ses procédés. « Il se sentait sans cesse un couteau sur la gorge », écrit un ambassadeur!.

Le 28 août 1504, César était embarqué pour l'Espagne. « Ce fut, dit Auton, l'exil douloureux du cruel tyran qui a mal commencé, continué en pis et fini de même?.» Il fut enfermé dans le château de Medina del Campo. En octobre 1504, on apprenaïit à Rome que les souverains d'Espagne avaient résolu de lui faire son procès au sujet du meurtre de son frère, le duc de Gandia, mais on hésita ; d’ardentes compétitions s’exerçaient autour de lui. Sa réputation d’excellent capitaine et d’habile politique était si fortement établie, et la conviction qu’il disposait de grands biens si générale, que chacun vou-' lait se servir de lui; les poursuites n’eurent pas lieu * et, le 15 octobre 1506, ils’évadait et allait rejoindre son beau-frère le roi de Navarre, qui le mit à la tête de ses troupes. Il fut tué le 12 mars 1507, sous Mendavia, près de Vianaÿ. Cette vie si pleine avait duré trente-deux ans ! 6

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