CONQUÊTE DE CESENA ET DE FORLI
L'action de César ne contribuait pas peu à embrouiller la situation ; du fond de sa prison, on l’a vu, il donnait à ses lieutenants des ordres en contradiction formelle avec ses paroles. L’un d’eux, Diego Ramirez, qui commandait la citadelle de Cesena, reçut l’ordre de canonner les troupes pontificales quand elles se présenteraient, bien qu'il fût convenu avec Jules II que la citadelle comme la ville lui seraient livrées. II fit même pendre un Espagnol, Pietro d’Oviedo, qui lui apportait, en compagnie d’un représentant du pape, l’ordre de « livrer la terre ». « La terre, traître, lui dit-il, tu ne la toucheras plus. » Et il fut confessé et exécuté sur l’heure 1. Le pape, qui avait des raisons de se méfier, fit appel aux seigneurs de Bologne, de Ferrare et de Pesaro (Bentivoglio, Este, Sforza) pour qu’on lui prêtât des hommes et des canons, afin de le réduire ; néanmoins, il fallut plusieurs mois pour amener Ramirez à se rendre ?.
A Forli, deux partis se partageaient la ville, les Morattini, qui tenaient pour l'Église, et les Numai, qui étaient pour Venise. Dans le château, un officier de César, Gonsalvo Mirafuentes (Mirafonte), attendait les événements. Le pape avait voulu sonder Mirafonte, mais celui-ci proclamait que la ville était au duc, ou tout au moins à la comtesse Sforza à, il ne savait pas trop et, de temps en temps, bombardaït les maisons voisines pour montrer ce qu’il pourrait faire au besoin. Les habitants étaient dans une grande anxiété ; les Vénitiens, auxquels ils demandaient secours, s'étaient récusés pour ne pas trop irriter le pape, ce qui ne les empêchait pas d’entretenir à Forli des agents secrets, ainsi qu’on l’apprit un peu plus tard (février 1504). Le pape adressa aux habitants, le 27 décembre 1503, un bref leur rappelant leurs devoirs envers le Saint-Siège, puis il traita avec le duc César de la cession de la ville, mais sans qu’on püût aboutir. Quand celui-ci eut été enfermé au château de Naples, il chargea le fameux capitaine surnommé Fracasso 4 de lui assujettir la ville. Le duc d’Urbino devait commander le corps d’occupation5. Les habitants furent pris de panique; ils ouvrirent leurs portes, mais aussitôt la discorde éclata; le bruit courait dans la ville que le pape allait donner à l’un des siens la seigneurie de Forli. Peut-être y avait-il là une manœuvre du cardinal S. Giorgio, Raffaele Riario 6. Toujours est-il qu’il fallut donner l’assurance aux habitants que leur ville ne serait attribuée par le pape à personne, ni en fief, ni en vicariat (21 juin 1504) *.
1, GIUSTINIAN, vol, Il, p. 550. — Burchard donne pour ce 7. Le même engagement fut pris pour Cesena, Forlimpopoli,
forfait la date du 15 décembre 1503. Vol. II, p. 423, col, 12. — SANUTO, vol. IV, col. 565, 627.