Il était neveu de Girolamo
Bertinoro. Jules II envoya comme gouverneur l’archevêque de Raguse, Giovanni Sacchi, et, pour le surveiller, un de ses familiers, Pietro Paolo da Cagli, qui réussit très mal. Le 24 novembre 1503, il lui avait attribué les pouvoirs d’un légaten Romagne et à Bologne :
« Referendarius et assistens noster domesticus, quem civitatis nostrae Bononiae et lotius provinciae nostrae Romandiolæ gubernatorem cum potestate legati deputavimus…
«Datum Romaæ, die XXIIII novembris MDIII, ante nostram Coronationem. » (Azvisi, p. 586, n. 98.)
Cependant, la forteresse tenait toujours ; comme on prêtait au gouverneur la pensée d’épouser l’ancienne duchesse (Caterina Sforza) et que Jules II savait bien que, si elle entrait dans la place, elle n’en sortirait pas facilement, le siège qu’elle y avait soutenu en était la preuve, il ne laissait pas d’être inquiet et pressait ses officiers qui, à leur habitude, menaient fort lentement les opérations. D’autre part, le pape reculait à ordonner un bombardement trop intense d’un édifice qu’il aurait ensuite à réparer quand il serait devenu maître de la place. Enfin, quand Mirafuentes apprit que César était prisonnier au château de Naples, il capitula, le 12 juillet 1504, sur le conseil du duc de Ferrare; le 10 août 1504, le duc d’Urbino fit dans Forli une entrée de triomphateur ?.
Jules IT avait de plus en plus recours à ses capacités, et surtout au prestige de son nom ; pendant le pontificat de Pie III, les Vénitiens l’avaient pris à leur solde avec 100 hommes d’armes et 150 arbalétriers ; mais le pape l’avait ramené.
Pour établir définitivement ses succès relatifs en Romagne, Jules II y envoya un singulier personnage, un parent des Paléologue de Montferrat, Costantino di Gregorio (ou Giorgio) Comneno degli Arianeti, prieur de Macédoine, qui était venu à Rome comme ambassadeur du roi des Romains (Maximilien) et avait mené jusqu'alors une vie pleine d'aventures ?. Comme la plupart des hommes entiers et violents, Jules II s’entourait très mal ; les représentants de son autorité en abusèrent et la compromirent souvent. Costantino, c’est ainsi qu’on l’appelait communément, de même que Sacchi et Pietro Paolo da Cagli, se firent vite détester, comme plus tard Ferreriet Alidosi. D'ailleurs, la population de Romagne était malaisée à conduire, ombrageuse, prompte aux violences. Des difficultés surgirent. Dans les premiers jours de septembre 1504, les gens de Cesena et de Forli prirent les armes. Costantino vint à Ostie, malgré la défense du pape, se plaindre à lui de leur indocilité, mais Jules II lui donna tort en accordant une certaine indépendance à ces villes ?,
Cependant, peu à peu, le pape gagnait du terrain. Galeazzo Riario 4, qui s’était établi à Imola 5, sentant qu’il ne pourrait s’y maintenir, offrit de lui céder tous ses droits (21 juillet 1504) 6. Là aussi, le château résista. Ce ne fut que le 7 octobre 1504 qu’il ouvrit ses portes. Le 26 décembre 1504, une bulle déclarait que désormais Imola serait placée sous la suzeraineté immédiate de l’Église ; ses franchises étaient confirmées et un sénat de quatre-vingts membres était placé à la tête de l’administration.
1. GIUSTINIAN, vol. III, p. 173 et suiv. — SAnuTo, vol. VI, col. 48, 51.
2. Léon X lui donna la terre de Fano; il mourut en 1530. Son père avait combattu en Albanie au service de Venise. Son salaire était de 4 000 ducats par an, ce qui faisait 3 000 ducats d’or. LiTTA, Famiglie celebri. Cf. GiusriniAN, vol. II, p. 440, et AMIAN» Memorie stor. di Fano, Fano, 1751, vol. II, p. 100.
3. La municipalité de Forli fut portée de 40 à 113 membres héréditaires (ensuite réduits à 108). Parmi eux étaient choisis vingtquatre « modérateurs », cinq conservateurs, un gonfalonier qui formaïient le conseil secret, sans l’assentiment duquel nulle propo-
sition ne pouvait être présentée au Conseil général. Les représentants du pouvoir pontifical n’avaient pas le droit d'intervenir dans ses discussions. G. STEFANI, Séato Pontificio, Milan, 1856, P. 421.