‹ Histoire de RomeChapitre 26 sur 200 · SANUTO, vol. VI, col · texte numérisé non relu

SANUTO, vol. VI, col

une ignominie. » Et il édicte, dans la bulle Romanus Pontifex du 24 février 1509, que les coupables seront traités comme des voleurs ou comme des bandits s'ils ont provoqué les naufrages, qu'ils seront excommuniés et que les gouverneurs des villages sur le territoire desquels ces méfaits auront été commis subiront les mêmes peines. Des indulgences étaient promises à ceux qui contribuaient aux sauvetages.

La disette produisit sa conséquence inévitable : une épidémie se déclara ; elle commença en novembre 1503, au moment de l’intronisation du pape ! ; elle sévissait avec violence en mai suivant. L’entourage du pape le conjurait de s’éloigner, mais il n’était pas homme à fuir devant le danger ; il déclara qu'il célébrerait la fête de la Saint-Pierre à Rome (29 juin) et ne partirait pas avant. Les morts se multipliaient cependant à la cour ; trois cardinaux, un auditeur de la Chambre succombèrent en juin et août 1504. Les membres de la Curie étaient fort troublés et demandaient à quitter Rome; Jules II autorisa en consistoire, le 1eT juillet 1504, ceux qui le voudraient à se retirer dans leurs villas. Pour lui, il se contenta de se rendre au château Saint-Ange, en prenant toutefois la précaution d’en interdire l’accès à quiconque, même aux ambassadeurs ?. Enfin, au commencement de septembre, il gagna Ostie, dont il aimait fort la résidence à; il y avait, étant cardinal, fait construire par l'architecte Baccio Pontelli un château (1483- 1486) que Giuliano Sangallo acheva 4 Il domine encore de sa masse les masures et la vaste plaine qui l'entourent. Puis le pape se rendit à Grottaferrata et à Frascati.

L’épidémie fut si violente pendant l'été de l’année suivante (1505) que l’on dut supprimer la fête du 15 août, qui avait à Rome une grande importance. « Cependant, écrit Machiavel, l’insouciance et l’incurie restent les mêmes. »

La situation financière s’aggrava. Plusieurs banques fermèrent ; le trésor était vide. Une des raisons de son appauvrissement était l’abaissement de la valeur de l'argent par rapport à celle de l'or 5: Le ducat valait nominalement 10 carlins; mais, en fait, …l équivalait à 13 carlins et demi ; or, pour certaines taxes, on payait tant de carlins par ducat de marchandises ; le Saint-Siège se trouvait donc lésé presque d’un quart f. Afin de remédier à cetteperte, Jules IT ordonna, le 20 juillet 1504, la frappe de nouveaux carlins valant effectivement le dixième du ducat et exigea que les taxes fussent payées en cette monnaie ?.

En décidant ce changement dans la valeur intrinsèque du carlin, Jules II avait une

1. GIUSTINIAN, vol. II, p. 293. Le 16 novembre 1503, Machiavel 5. TREVISANO, Relazioni degli ambasciatoriveneti, vol. VII, p. 33. écrivait : « La peste fait très bien son devoir et n’épargne ni les 6. On versait, au lieu du dixième, le treizième et demi du ducat. demeures des cardinaux ni les autres.» Légation de Rome. 7. Les nouveaux carlins reçurent le nom de Giulii; au temps de

2. Jules II s’y plaisait particulièrement. Il goûtait la fraîcheur Léon X, on essaya de les faire appeler Leoni, mais la première de ses grandes salles et sa sécurité. En 1504, Giuliano Sangallo fut appellation subsista. De même, ce fut en vain qu’au nom de louis chargé de certains travaux d’arrangement intérieur qui coûtèrent on tenta, au siècle dernier, de substituer celui de napoléons.

25 ducats. Spese Minute. Les anciens carlins continuèrent à être employés, à tout le moins 3 Burcxarp, vol, II, p.459. Le pape y fit de nombreux séjours. comme monnaie de compte. Dans les registres pontificaux, on les 4. Sangallo (né en 1445, mort en 1516) y travailla deux ans. voit fréquemment mentionnés. Voir Bibl. Vat., Mss. Lat. 3351.

Jules II l’employa aussi à édifier un palais à Savone. Antonio L’entretien mensuel d’une femme dans un couvent coûtait un

Sangallo était son neveu. Munrz, Raphaël, p. 309. Voir pl. V. carlin en 1505. Zbid.

LEECITATEAURD'OSTIE:

BATI PAR JULES II ENCORE CARDINAL. ARCHITECTES : BACCIO PONTELLI ET G. DA SANGALLO. FACE SUD. (Phot. Moscioni.)

LA VIE À ROME DE r503 À 1507 33

autre visée ; il espérait, en améliorant ainsi sa monnaie, éliminer du marché romain les « devises » étrangères, car ce fut, dès le début de son règne, sa constante préoccupation de libérer Rome des influences du dehors, comme plus tard l'Italie. Le 9 août 1504, il prévint de la transformation des carlins les Anconitains, les seigneurs de Camerino et de Pesaro, lesquels dépendaient de l’Église, les informant qu’un ducat d’or vaudrait désormais dix nouveaux carlins d’argent !.

Cette mesure amena des désordres économiques ; certains marchands refusèrent d'accepter les nouveaux carlins ; les bouchers et les boulangers firent grève ; sur les marchés, il y eut des conflits sanglants, des morts. Quelques marchands se mirent à rogner les monnaies ; ils furent punis rigoureusement ; le 26 juillet 1505, on pendit de ce chef trois hommes au Capitole. Plusieurs juifs furent poursuivis ?.

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