ASPECT DE LA VILLE. — L'ŒUVRE DE JULES II
Francesco Albertini avait raison quand il intitulait sa description de Rome : Les Merveilles de la nouvelle ville de Rome ?. C’est bien, en effet, une ville nouvelle que Jules IT prétendit édifier, plus digne que l’ancienne du rôle éminent qu’il réservait à la papauté, et la brièveté de son pontificat l’empêcha seule de réaliser entièrement son projet. Son effort fut admirable. Quelques-uns de ses prédécesseurs avaient entrepris de transformer leur capitale, mais Nicolas V, découragé après l’aventure de Porcari, avait abandonné l’exécution des grands travaux qu’il méditait au début de son règne et Sixte IV ne put mener à bien, manque d’argent, l’assainissement et l’embellissement de Rome qu'il rêvait. Aussi la ville se trouvait-elle en un état misérable quand Jules II devint pape. Ce n'étaient partout que terrains vagues, champs parsemés de ruines, jardins maraîchers et vignobles. Des sept collines de la fin de la Rome antique, seuls le Capitole et les pentes du Quirinal étaient habités ; l’Esquilin, le Viminal, le Cœlius n’offraient plus aux regards que de rares habitations groupées autour des églises ou disséminées le long des quelques voies qui les traversaient et que le temps et l’incurie n’avaient pas transformées en fondrières inaccessibles. Le Quirinal était couvert d’oliviers au milieu desquels s’apercevaient les restes des thermes de Constantin et ces magnifiques chevaux de marbre, alors en fort mauvais état, qui ont donné longtemps à cette partie de la ville son nom de Monte Cavallo et que l’on attribuaït alors à Phidias ?. Au pied du Palatin coulait un ruisseau, le Marrana, qui en transformait les abords en marécages propagateurs de fièvres. Les caves des anciens monuments servaient de refuges aux malfaiteurs.
Quand le voyageur venu du Nord par l’antique voie flaminienne arrivait à la porte Del Popolo, ce qui devait le frapper tout d’abord, c'était l’aspect de désolation de la ville, ses rues sordides, étroites, tortueuses, ses places irrégulières envahies de débris et de végétation, qui servaient de dépôts d’immondices et que l’on ne nettoyait que les jours où le pape devait y passer {, ses maisons basses, souvent en bois, à escaliers extérieurs dont les balcons surplombaient et obscurcissaient les rues et qui, bâties sans ordre, les rétrécissaient au point de ne laisser souvent la place que pour le passage d’un cheval, ses palais, flanqués de tours, véritables forteresses jusqu’au temps de Jules II et, dominant ce fouillis de leurs dômes ou de leurs campaniles, les églises sans nombre
1. Ms. Bibl. Vittore Emanuele, Fondo Sessoriano, n. 166, 56 Heïlbronn, 1886. Cf. Grecorovius, liv. XIV, chap. 2.
et seq.
2. La première édition est de 1510; elle porte pour titre : Opusculum de mirabilibus novae et veleris urbis Romae. Le manuel eut beaucoup de vogue, ce semble, car les éditions se suivirent rapidement, 1515, 1519, 1520. Voir Aug. Schmarsow,
3. GREGOROVIUS, vol. IV, p. 321. — J. BurcKHAKDT, Le Cücerone, trad. Paris, 1885, première partie, p. 162.
4. Par exemple, le jour du couronnement. Il est payé (mars 1504) 25 ducats d’or au chef du quartier S. Angelo pour le nettoiement de son quartier (Archiv. Seg. Vat., Ms. 535).