‹ Histoire de RomeChapitre 75 sur 200 · À. Luzio, Isabella, p · texte numérisé non relu

À. Luzio, Isabella, p

2. Spese Minute, 3 ducats pour six lecteurs envoyés à Ostie en janvier 1505. Le pape aimait à plaisanter et à rire tout en mangeant. PARIS DE GRASSI, p. 261.

3. Lettere Romane di Momo (Girolamo Amati), Rome, 1872, P. 58.

4. Qui a peut-être été l’origine du portefeuille rouge ministériel.

5. Marc Antonio Altieri déplorait dans un dialogue, au lendemain de la mort d'Alexandre VI, l’anéantissement de l’ancienne noblesse, «Ces puissantes maisons, qui, par leurs richesses, leur ancienneté, leur importance, étaient glorieuses et magnifiques, sont à présent plus qu’à moitié disparues » (Li Nuptiali di M. Ant. Alheri, publ. par Narpuccr, Rome, 1873). Ce dialogue a dû être composé vers 1506 et achevé après 1513.

part de plus en plus importante aux affaires publiques ?; des nobles dont la situation avait diminué; des changeurs, négociants et banquiers, car on était tout cela à la fois; les Chigi, les Altoviti, les Strozzi, les Ricasoli, les Ruccellaï, les Grimaldi, de même que les Welzer et les Fugger, vendaient des étoffes, des pierreries, des denrées aussi bien que de la monnaie et des lettres de change. La plupart étaient puissamment riches ; les revenus d’Agostino Chigi dépassaient ceux de plus d’un Etat, ses flottes sillonnaient les mers, ses employés se comptaient par milliers. Il n’avait pas hésité à demander la main de la fille, naturelle il est vrai, du marquis de Mantoue. Les Strozzi, les Altoviti luttaient avec lui de faste et tâchaïent à qui mieux mieux à étonner les Romaïns par leur somptuosité. Tous étaient étrangers, Siennois, Florentins, Génoiïs, Allemands. Iln’y eut pas alors un seul banquier romain. Ces familles, toutefois, étaient trop proches de leurs origines et, pour la plupart, pas assez puissantes, elles n'avaient pas une assez vaste clientèle, comme les familles d'autrefois, pour être un sérieux danger à l’égard de la papauté. Leurs révoltes ne furent que de courtes frondes.

Depuis quelque trente ans, Rome était de plus en plus envahie par les étrangers, du moins par des Italiens du Sud et surtout du Nord ? ; presque tout ce qui travaillait et tout ce qui pensait venait du dehors. Jules IT s’en désolait sans doute, maïs n’y pouvait rien. À vrai dire, ces nouveaux venus devenaient bien vite Romains, soucieux du bon renom de la ville qu’ils habitaient, de l’embellir et d’en faire la métropole artistique de l'Italie.

Par une de ces rencontres qui font les grands siècles, rarement époque plus courte produisit plus de hautes intelligences. Raphaël, Michel-Ange, Bembo, Bibiena, Castiglione, Sadoleto, Peruzzi naquirent entre 1470 et 1483. Ils arrivèrent à leur maturité au moment où Rome, apaisée, enrichie, était gouvernée par un pape qui ne respirait qu’à orner sa capitale de monuments magnifiques et à en faire la patrie de ceux qui possédaient richesse ou talent. Jules II les appela et ils accoururent en foule. L’occupation ne leur devait pas manquer ; cardinaux, financiers et grands seigneurs les chargeaient, à l'exemple du pape, d’édifier des palais, des villas ou des tombeaux, de restaurer des églises, de les orner de fresques et de statues, de décorer les façades des maisons de graffiti dont la mode s’introduisait, venant des villes du Nord. Ils s’enrichissaient

1. Antonio Boccapaduli était secrétaire de la Chambre capitoline, c’est-à-dire de la ville, en 1504 ; Mario Mellini fut secrétaire du sénateur (scribasenato) ; Francesco Castellani, d’une noble famille du Transtévère, exerça les fonctions de sénateur en 1515... Ces grands bourgeois faisaient valoir leurs biens ; Altieri cultivait ses terres, Capodiferro vendait des vaches. JEAN Avmon donne, dans son Tableau de la Cour de Rome, p. 150, une nomenclature des familles romaines ayant plus de quatre cents, trois cents, deux cents ans d’existence, des familles nouvellement enrichies (il écrivait au commencement du xvir® siècle), des « maisons agrandies par la banque et des nobles venus de divers pays ». I1 paraît évident qu’une certaine vanité entra dans les renseignements qui lui furent donnés ; les familles ayant deux cents ans seulement d’existence sont étonnamment peu nombreuses ; en

compensation, les familles de plus de quatre cents ans fourmillent plus qu’il n’est vraisemblable. Le mez20 celo date d'alors.

2. Le docteur WALTHER RAUSCHENBERGER, Das Genie der Renaissance, Francfort, 1926, p. 11, s’est livré à un calcul curieux, quoique un peu hypothétique ; il a compté que, sur 2 298 peintres italiens, il y en avait 2041 de la Haute-Italie, 100 Romains, 157 de l'Italie du Sud. Sur 1210 musiciens, 802 de la Haute-Italie, 127 de Rome, 281 de l'Italie du Sud. Cf. p. 15.

3. Bembo le 20 mai 1470; Bibiena le 4 août 1470; Michel-Ange le 6 mars 1475; Sadoleto le 14 juillet 1477; Castiglione le 6 décembre 1478; Peruzzi le 15 janvier 1480; Raphaël le 6 avril 1483; Bramante était né en 1444.

4. On pense que Añdrea di Cosimo Feltrini fut un des premiers à en peindre sur les facades des palais. Voir ce que dit Vasari sur

pour la plupart tet menaient une vie facile, parfois fastueuse et intelligente.

On a reproché à Jules II d’avoir, parmi les hommes de valeur, fait peu de place aux écrivains ? ; il ne serait pas le seul homme d’action à n’avoir montré aucun penchant pour les «idéologues ». IL prisait surtout les œuvres matérielles, mais ne dédaignait pas la littérature ; on a vu que la lecture de Dante le délassait. Il se constitua une bibliothèque dont on connaît en partie le contenu ; elle se composait presque uniquement de classiques latins, Tite-Live, Cicéron, Virgile, Ovide, César. qu’il citait à l’occasion; de quelques ouvrages «en langue vulgaire», Pétrarque, Boccace, Biondo, Manetti, Leonardo Bruno. ; de traductions d'auteurs grecs, entre autres un Hérodote traduit par Valla, qui se trouve au Vatican, relié en cuir de couleur claire, aux armes du pape surmontées de la tiare et des clés supportées par deux angelots; on y remarque aussi un recueil d'inscriptions romaines, un Cérémonial, une Bible, un Digeste. Ce sont pour la plupart des manuscrits ; il n’y a qu’une douzaine de livres imprimés, soit que le pape n’en voulût pas dans sa bibliothèque, soit qu’on n’ait pas jugé, quand on en fit l’inventaire, qu’ils fussent dignes d’être mentionnés. La majorité des volumes étaient reliés en velours ou en soie avec fermoirs d’argent ou argentés.

Les deux catalogues qui furent dressés après la mort du pape énumèrent deux cent et quelques volumes ; ils ne sont pas entièrement identiques à.

On connaît un volume que possédait Jules IT en sa jeunesse; c’est un exemplaire sur parchemin des Institutes (108 feuillets) qu’il acheta au prix de 5 ducats d’or quand il était étudiant à Pérouse 4. Il contient une note autographe du pape.

Où se trouvait la bibliothèque de Jules II? On a supposé que c'était dans la Chambre de la Signature, parce qu’on y voit des livres dans l’ornementation du plafond ; une note donnée plus loin confirme cette hypothèse 5. Pourtant, les parois couvertes de décorations se prêtent mal à l'installation de rayons. Il est vrai que, s’il s'agissait effectivement de deux cents volumes seulement, l’objection tombe.

Page 1