‹ Histoire de RomeChapitre 74 sur 200 · RE AN · texte numérisé non relu

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BANQUETTE FORMANT COFFRE A DOSSIER ET ACCOTOIRS. Lucques. Palais. (Phot. Alinari.)

PONTIFICAT DE JULES II, PI. 17, page 84.

du repas, des églogues en latin 1, Parfois des lecteurs, qui recevaient un demi-ducat par mois, lui faisaient la lecture ?.

Les cardinaux se plaisaient à des divertissements coûteux, entre autres le jeu et la chasse, sur laquelle le cardinal Adriano Castelli de Corneto composa un livre (1505) qui eut dix-neuf éditions au cours du siècle. Jules IT goûtait particulièrement ce sport; on lui envoyait de Pise et d’Anatolie des faucons, des aigles et des sacres qu'il payait fort cher, et pour l'entretien desquels il gardait un personnel de fauconniers attitrés. Dans les battues, on tuait pêle-mêle, à coups d’épieux et d’arbalètes, sangliers, daims, cerfs, lièvres, loups, faisans, passereaux, après quoi on banquetait copieusement. Il fallait donc aux cardinaux comme au pape des écuries bien garnies et un nombreux personnel; en réalité, leurs comptes de maison montrent l'importance de ce chapitre, d'autant plus que plusieurs d’entre eux faisaient courir. Leurs chevaux allaient souvent au loin, à Ferrare, dans le Milanaiïs, disputer des prix.

Toutes les occasions étaient bonnes aux cardinaux pour faire montre de leurs richesses ; la première fois que, nouvellement élus, ils se rendaient au Vatican pour prendre séance dans un consistoire, ils s’entouraient d’un cortège aussi brillant que possible 3 ; fifres, tambours, trompettes et cornemuses les précédaient ; ils étaient escortés de leurs serviteurs, dont l’un portait la valise rouge traditionnelle 4, de leurs familiers, des gentilshommes qui leur voulaient du bien, de leurs «créatures », comme on commençait à le dire à la mode espagnole ; ils étaient vêtus avec somptuosité et leurs montures non moins richement harnachées. On se pressait sur leur passage pour les voir, on les acclamait quand leur dépense avait été grande et intelligente, et nul ne songeait que l'humilité chrétienne que préconisaient jadis un peu imprudemment un Jacopone, un saint François d'Assise et les Fraticelli, se trouvait par là mise en sérieux péril.

Les cardinaux avaient pour rivaux dans leur faste et leurs prodigalités, non plus les membres des anciennes familles baronniales épuisées par leurs luttes avec la papauté et leurs compétitions réciproques, à l’exception des Colonna, des Savelli et des Orsini qui gardaient encore quelque prestige 5, mais des hommes nouveaux qu'avait suscités la réorganisation de la société. Une élite s'était constituée, très différente de la gentilezza d'autrefois, bien qu’elle eût comme elle une situation intermédiaire entre le peuple et la noblesse, composée d'éléments très divers, mais également accessibles aux impressions artistiques et aux aspirations littéraires ; elle comprenait des bourgeois arrivés aux honneurs, les Boccapaduli, les Blondi, les Branca, les Thedallini, les Cesarini, les Altieri, les Mellini, les Castellani que l’on voit exercer des fonctions municipales et prendre une

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