‹ Histoire de RomeChapitre 33 sur 57 · LITTÉRATURE ET ART · texte numérisé non relu

LITTÉRATURE ET ART

ous trouvons des résultats beaucoup plus importants sur le terrain de la comédie que de la tragédie. Térence, 558-595 (196-159), est un des phénomènes des plus intéressants, au point de vue historique, de la littérature latine. Plaute choisit ses pièces dans le cercle étendu de la nouvelle comédie attique. Térence s'en tint exclusivement à Ménandre, le plus délicat, le plus fin et le plus châtié de tous les poètes de la nouvelle comédie. Le dialogue de Plaute s'éloigne beaucoup de celui de ses modèles : Térence se vante au contraire de la ressemblance parfaite de ses imitations avec les originaux. Plaute noue et dénoue son action légèrement et négligemment, mais sa fable est comique et souvent fort apparente : Térence, beaucoup moins frappant, tient compte partout de la probabilité, même au risque de longueurs, et déclare une guerre résolue aux expédients assez plats et insipides de ses prédécesseurs, par exemple, aux songes allégoriques. Plaute peint ses caractères à grands traits, comme sur un modèle, toujours en vue d'un effet plus éloigné et plus général : Térence traite le développement psychologique avec le soin et la délicatesse d'une miniature, comme dans les Adelphes ou les Deux Vieillards. Les sources de l'action et du langage de Plaute sont prises à la taverne : celles de Térence à la maison du citoyen.

Plaute aime le dialogue vigoureux, souvent bruyant, et ses pièces demandent un jeu vif de la part des acteurs : Térence se borne à la conversation tranquille. Le langage de Plaute abonde en termes burlesques et en traits d'esprit sur les mots, en allitérations, en termes tournés comiquement, en combinaisons aristophanesques de mots, expressions d'argot plaisamment empruntées aux Grecs : Térence ne connaît pas de semblables caprices, son dialogue se meut sur un plan uni, et les pointes sont des tours délicatement épigrammatiques et sentencieux.

Le style de composition de Plaute avait pris racine dans la bourgeoisie romaine; les comédies de Térence rencontrèrent la

plus violente opposition dans le public qui trouvait intolérable leur langage plat et la « faiblesse de leur style ».

Térence réussit : en littérature même, l'oligarchie était toutepuissante, et la comédie artistique des privilégiés supplanta la comédie du peuple; nous voyons que vers l'année 620 (134) les pièces de Plaute disparurent du répertoire.

L'art offre des résultats peu satisfaisants. Dans l'architecture, la sculpture et la peinture, l'extension du dilettantisme fut visible, mais le développement de l'art national recula.

Les travaux exécutés à Rome l'étaient par des étrangers.

Enfin la musique et la danse émigrèrent de la Grèce à Rome pour être uniquement appliquées au progrès du luxe décoratif. Mais ce qui était nouveau, ce fut de voir les danses grecques et les représentations musicales devenir l'accompagnement obligé de la table des grands.

Dans l'ensemble, les genres plus relevés de littérature, tels que l'épopée, la tragédie, l'histoire, ont fini ou se sont arrêtés dans leur développement. Les genres subordonnés, la traduction et l'imitation de la pièce d'intrigue, la farce, la brochure poétique et en prose prospérèrent seules. Dans les arts plastiques et ceux du dessin, la production toujours faible est maintenant complètement nulle. Les Latins devaient s'avouer que la jeunesse de la nation était passée, et nourrissaient au plus profond de leur cœur le désir secret de retourner aux sentiers égarés et délicieux de la jeunesse.

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