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LA REPUBLIQUE ET SON ORGANISATION

andis que la civilisation antique se concentrait de plus en plus dans l'Etat romain et se formulait plus exactement en lui, les nations qui en étaient exclues commencèrent simultanément, au-delà des Alpes et de l'Euphrate, à passer de la défense à l'agression. Sur les champs de bataille d'Aquae Sextiae et de Verceil, de Chéronie et d'Orchomène, on entendait les premiers grondements de cet ouragan qui devait amener sur le monde grec-italique les tribus germaniques et les hordes asiatiques, et

dont les derniers murmures ont duré jusqu'à notre temps. Pour le développement intérieur, cette époque porte le même caractère. L'ancienne organisation s'écroule sans retour. La république romaine avait été fondée comme une cité qui, par ses propres citoyens libres, se donnait des maîtres et des lois, qui était gouvernée par ces maîtres bien conseillés avec une liberté royale, dans les limites de la légalité. Le détenteur du pouvoir romain était alors ou un homme isolé ou une oligarchie tantôt composée des nobles, tantôt des riches. Les citoyens avaient perdu toute participation réelle au gouvernement. Les magistrats n'étaient plus que des instruments inertes entre les mains du pouvoir. La république urbaine de Rome s'était brisée en s'élargissant contre nature. La confédération italique avait été noyée dans la cité. Les confédérés extra-italiques étaient en voie de se changer en sujets. Toute la classification organique de la république romaine avait péri, et il ne restait plus qu'une masse brute d'éléments plus ou moins disparates.

La situation menaçait de finir en une complète anarchie, dans la dissolution extérieure et intérieure de l'Etat. Le mouvement politique inclinait au despotisme : le seul point encore douteux était de savoir si ce serait le cercle étroit des familles nobles, le sénat des capitalistes ou un monarque qui serait le despote.

La condition financière de Rome prit naturellement un aspect plus alarmant, lorsque la révolution éclata. Les nouveaux, et, au point de vue purement financier, très lourds impôts que faisait peser sur l'Etat l'obligation à laquelle l'avait soumis Gracchus, de fournir du blé aux citoyens à un prix normal, furent compensés par les nouvelles sources de revenus ouvertes dans la province d'Asie. Néanmoins, les édifices publics paraissent avoir été arrêtés à cette époque. L'orage, quelque sérieux qu'il fût, passa; Sylla, au prix de sacrifices énormes imposés à ses sujets et aux révolutionnaires italiens en particulier, restaura l'ordre dans les finances et, en abolissant les distributions de blé et en rétablissant sous une forme réduite les revenus d'Asie, assura à la communauté une condition économique satisfaisante.

Dans L'agriculture, nous avons déjà vu que le pouvoir

croissant du capital romain absorbait graduellement les propriét intermédiaires et les petites propriétés en Italie et dans les provinces, comme le soleil absorbe les gouttes de pluie. Le gouvernement non seulement voyait, sans l'empêcher, mais aidait même cette division dangereuse du sol par des mesures particulières, surtout par la défense de produire du vin et de l'huile au-delà des Alpes, en vue de favoriser les grands propriétaires et commerçants romains.

De l'industrie et de la fabrication, il n'y a rien à dire, si ce n'est que la nation italique demeura sous ce rapport dans un état d'inactivité qui touchait à la barbarie.

Le côté le plus brillant ou plutôt le seul brillant de l'économie privée des Romains est l'échange de l'argent et le commerce.

Les exportations et les importations d'Italie étaient très considérables. Les premières consistaient souvent en vin et en huile, dont l'Italie, après la Grèce, fournissait exclusivement les contrées méditerranéennes : car la production du vin doit avoir été rare dans les territoires massaliote et méditerranéen; le vin d'Italie allait en quantités considérables aux Iles Baléares, en Celtibérie, en Afrique, qui était une terre de blé et de pâture, à Narbo et dans l'intérieur de la Gaule. L'importation en Italie était encore plus considérable : tout le luxe s'y concentrait et le plus grand nombre des articles de luxe, les mets, les boissons, les étoffes, les ornements, les livres, les meubles, les œuvres d'art, étaient importés par mer. Le trafic des esclaves prit, par suite de la demande toujours croissante des marchands romains, un développement considérable.

En réunissant tous ces phénomènes, nous trouvons comme trait distinctif de l'économie privée de cette époque l'oligarchie financière des capitalistes romains donnant la main à l'oligarchie politique. C'est dans leurs mains que se réunit le revenu territorial de presque toute l'Italie et aussi des meilleures parties du territoire provincial : les revenus usuraires du capital monopolisé par eux, les produits du commerce de tout l'empire et, enfin, une partie

très considérable du revenu de l'Etat. Il n'était pas extraordinaire que cet ordre de capitalistes exerçât une influence prépondérante sur la politique extérieure, qu'il eût détruit, par rivalité commerciale, Corinthe et Carthage.

Quant aux festivals populaires, l'importation des bêtes de proie d'outre-mer, qui était prohibée dans le temps de Caton, fut, apparemment vers le milieu de ce siècle, formellement permise par un décret des citoyens. Plusieurs lions parurent pour la première fois dans l'arène romaine vers 651 (103); les premiers éléphants vers 655 (99). Le luxe augmentait aussi en ce qui concernait les maisons et les jardins : la splendide maison de ville de l'orateur Crassus, était estimée avec les arbres à 6 000 000 de sesterces (1 455 000 francs or) . Les villas et la vie luxueuse des bains de mer rendirent Baia, et en général la contrée qui formait la baie de Naples, l'Eldorado des loisirs élégants.

Des voiles de mousseline, qui montraient plus le corps qu'ils ne le cachaient, et des vêtements de soie commencèrent à remplacer les anciennes robes de laine pour les femmes et même pour les hommes. C'est en vain que les édits somptuaires défendirent l'abus de la parfumerie étrangère. On paya des prix extravagants, jusqu'à 100 000 sesterces (26 250 francs or), un cuisinier supérieur. On regardait comme pauvre un dîner où les invités devaient manger de tous les plats au lieu de les goûter simplement. A table surtout, les Romains exhibaient une armée d'esclaves servant au luxe, des bandes de musiciens, des danseuses, des ameublements élégants, des tapis rehaussés d'or et de peinture, des rideaux de pourpre, des bronzes antiques et une riche argenterie.

Le divorce, qui était presque inconnu à Rome antérieurement, était devenu maintenant une chose très ordinaire.

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