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LE GOUVERNEMENT DE LA RESTAURATION DE SYLLA

Ia rivalité qui existait en Asie entre Rome et les rois de Pont et d'Arménie n'était pas terminée, mais s'accroissait de jour en jour. On était aussi peu satisfait à Rome de la paix de Sylla en Asie que des conditions que Scipion l'Africain avait accordées à Carthage. Les Thraces de Macédoine reparaissaient aux frontières de la Macédoine et des flottes de corsaires couvraient toute la Méditerranée; des émissaires allaient et venaient de nouveau, comme autrefois entre Mithridate et les Italiotes, aujourd'hui entre les émigrés romains d'Espagne et ceux de la cour de Sinope. D'autre part Mithridate suivait avec une inquiétude croissante le développement de la politique romaine.

Le roi de Pont fit le pas décisif et déclara la guerre aux Romains dans l'hiver de 679-80. L'offensive de Mithridate se termina par une défaite complète de l'armée de terre et de mer, fort peu honorable, au moins pour le chef suprême qui les commandait. Lucullus entra lui-même à l'automne de 681 (73) dans le pays du Pont. L'armée romaine qui ne comptait plus que trois légions arriva, non sans peine et sans pertes, par des sentiers difficiles à Kabeira. Lucullus attaqua, et les hordes du Pont se laissèrent écraser presque sans résistance. Mithridate arriva à grand-peine avec quelques compagnons à travers les montagnes, à Komana. Il franchit, auprès de Talaura, dans la Petite- Arménie, les frontières de son Empire, pour chercher dans le royaume du grand roi un asile que celui-ci lui refusa (fin de 682-72). Tout le Pont et la Petite- Arménie furent envahis par les Romains.

Mais les affaires d'Arménie n'étaient pas arrangées et une déclaration de guerre des Romains contre Tigrane était en ellemême légitime et même nécessaire. Lucullus envoya un de ses officiers, Appius Claudius, pour demander l'extradition, ce qui devait mener à la guerre.

Au printemps de 685 (69) commença l'attaque formelle. L'armée ennemie fut complètement dispersée. Le bulletin du vainqueur prétendait qu'il avait péri 100 000 Arméniens et 5 Romains; quoi qu'il en soit, la victoire remportée le 6 octobre 685 (69) devant Tigranocerte, n'en demeure pas moins une étoile éclatante dans les annales militaires de Rome, et elle ne fut pas moins féconde que brillante.

Toutes les contrées enlevées aux Parthes et aux Scythes furent, au point de vue stratégique, perdues pour les Arméniens et passèrent, pour la plus grande partie, purement et simplement aux mains des Romains.

Mithridate, qui était presque comme un père pour le grand roi et avait encore sur lui une grande influence, contraignit, par son énergie, cet homme faible et le décida non seulement à continuer la guerre, mais à lui en confier la direction politique et militaire. Mithridate ne trouva pas de difficultés à faire passer la guerre comme une guerre nationale de l'Orient contre l'Occident, car elle l'était en effet, il aurait pu même en faire une guerre de religion. Les Asiatiques accoururent par hordes innombrables, sous les étendards des rois qui prétendaient défendre l'Orient et ses dieux contre l'impie étranger.

L'année 686 (68) trouva Lucullus dans une situation difficile et chaque jour plus périlleuse. Malgré ses succès éclatants, on n'était pas content de lui à Rome. Le Sénat ressentait l'indépendance de sa conduite; le parti des capitalistes, qu'il avait dédaigné, mettait tout en œuvre, par l'intrigue et les calomnies, pour le faire rappeler.

Au moment où Lucullus subissait une défaite sur l'Euphrate arriva de Rome la nouvelle que le peuple avait ordonné que tous les soldats dont le congé avait expiré, c'est-à-dire ceux de Fimbria, obtinssent leur congé, et que le commandement suprême en Bithynie et dans le Pont était donné à un des consuls de l'année courante.

Mithridate reprit possession non seulement de tout son royaume, mais ses cavaliers parcoururent toute la Cappadoce et

jusqu'à la Bithynie. Par suite de cette issue malheureuse, et surtout de l'indiscipline des soldats, on perdit de nouveau tous les fruits d'une campagne de huit ans; on en était à l'hiver de 687- 688 (67-66) juste au même point qu'à l'hiver de 679-680 (75-74).

Jetons un regard sur cet espace de dix ans rempli par la restauration de Sylla. Aucun danger menaçant pour les sources vitales de la nation ne s'était présenté dans les mouvements intérieurs ou extérieurs qui avaient agité cette époque, ni dans l'insurrection de Lépidus, ni dans les tentatives des émigrés d'Espagne, ni dans les guerres de Thrace et d'Asie Mineure ou dans les soulèvements des esclaves et des pirates, et cependant l'Etat avait lutté pour son existence dans tous les combats. Il y avait un peu moins d'un siècle que la guerre d'Hannibal était terminée : la rougeur devait monter au visage des Romains respectables en voyant le terrain que la nation avait perdu depuis cette grande époque. Jadis les esclaves résistaient comme des murailles devant les vétérans d'Hannibal : aujourd'hui la milice italienne se dispersait comme la paille au vent devant ses valets révoltés. Jadis le moindre officier faisait au besoin un général et se battait avec courage sinon avec bonheur; aujourd'hui on avait de la peine à trouver parmi les officiers les plus distingués un général d'une habileté ordinaire. Jadis le gouvernement prenait le paysan à sa charrue, plutôt que de renoncer à conquérir la Grèce et l'Espagne; aujourd'hui on aimait mieux abandonner ces territoires si péniblement conquis, pour se défendre contre le soulèvement des esclaves. Spartacus aurait pu aussi bien qu'Hannibal traverser l'Italie en vainqueur, du Pô au détroit de Sicile, battre les deux consuls et menacer Rome du blocus. Enfin, dans la guerre d'Asie Mineure et dans celle des pirates, le gouvernement avait fait une banqueroute complète. La guerre du Pont et de l'Arménie et celle des pirates furent les causes qui renversèrent la constitution de Sylla et qui amenèrent une dictature militaire et révolutionnaire.

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