‹ Histoire de RomeChapitre 42 sur 57 · MORT DE CRASSUS ■ RUPTURE DU TRIUMVIRAT · texte numérisé non relu

MORT DE CRASSUS ■ RUPTURE DU TRIUMVIRAT

Irassus avait, pendant de longues années, compté parmi ces têtes du « monstre à trois têtes » mais sans en faire partie réellement. Il servait à la dictature réelle de César et de Pompée comme contre-poids, ou, pour parler plus exactement, il rétablissait l'équilibre en faveur de César contre Pompée. Mais la conférence de Lucques changea pour lui la situation. Pour faire contre-poids à l'importance de Pompée, César donna à son ancien ami Crassus l'occasion d'aller faire en Syrie, par la guerre des Parthes, ce qu'il avait fait lui-même en Gaule par la guerre celtique. Plein d'une ardente passion, celui-ci semblait vouloir acheter chaque minute pour regagner le temps perdu, mettre la main sur les trésors de l'Orient, et poursuivre la gloire et la puissance militaire avec la rapidité de César et l'aisance de Pompée.

Les opérations militaires du premier été se bornèrent à une sorte de reconnaissance en Mésopotamie : l'Euphrate fut passé, et le satrape parthe fut battu à Ichnes; les villes voisines, et parmi elles la brillante Nicéphorium, furent occupées.

L'armée romaine, forte de sept Légions, de 4000 cavaliers et de 4000 frondeurs et archers, quitta l'Euphratë et se mit en marche par les plaines inhospitalières de la Mésopotamie septentrionale. Enfin, après une marche pénible de plusieurs jours, les premiers cavaliers ennemis se présentèrent non loin du premier fleuve que les Romains eussent à passer, le Balissos (Belik). Le signal du départ fut donné, le Balissos fut franchi, l'armée, après une demi-journée d'un repos bien insuffisant, marcha sans retard à la bataille. On entendit alors sur toute la ligne les tambours des Parthes ; de toutes parts on apercevait leurs étendards de soie brodés d'or, leurs casques de fer et leurs cuirasses d'acier reluisant au soleil de mars, et auprès du vizir se trouvait Abgaros avec ses Bédouins.

Son armée se composait exclusivement de cavalerie : la ligne était formée par la grosse cavalerie, armée de longues lances, et hommes et chevaux étaient bardés de fer ou de cuir, et d'autres défenses : la masse des troupes consistait en archers à cheval. Les Romains avaient sous ce rapport une infériorité complète, tant pour le nombre que pour l'adresse. Leur infanterie de ligne, si puissante dans le combat rapproché, soit à courte distance avec le javelot, soit de plus près à l'arme blanche, ne pouvait obliger une armée exclusivement composée de cavalerie à se mesurer avec elle. Tandis que le fantassin romain, lourdement chargé, avait de la peine à marcher dans le sable, et mourait de faim et de soif sur une route non tracée, où ne se rencontraient que des sources rares et fort éloignées les unes des autres, le cavalier parthe galopait, habitué dès l'enfance à être et même à vivre sur son cheval, à supporter et à braver le besoin dans le désert dont il connaissait la stérilité.

C'est au milieu de ces circonstances que la bataille s'engagea à six milles au sud de Carrhes, où il y avait une garnison romaine, et dans la direction du nord, un peu plus près dTchnes, en plein désert. Les légions, marchant à l'ennemi en carrés profonds de dix cohortes de front, furent bientôt enveloppées et aveuglées par les traits de l'ennemi, qui frappait à coup sûr. Pour n'être pas entièrement cerné, Publius Crassus prit l'offensive avec un corps

d'élite composé de cavalerie, d'archers et d'infanterie de ligne. En fait, l'ennemi cessa de l'attaquer en cercle et se replia. Mais, la grosse cavalerie fit front contre lui et il fut enveloppé de toutes parts par les hordes ennemies, qui se précipitaient en foule. La nuit seule put mettre fin au massacre.

On se dirigea vers les montagnes d'Arménie; en marchant la nuit et se reposant le jour, on arriva, avec un corps de 5 000 hommes, à la forteresse de Sinnaka. Là, le vizir se présenta à cheval devant le camp romain pour offrir au nom de son maître paix et amitié aux Romains. On apporta immédiatement un parchemin richement orné : c'était un présent du roi au général en chef; les serviteurs du vizir se pressèrent autour de Crassus, comme pour l'inviter à monter à cheval. Il sembla aux officiers romains qu'on voulait s'emparer de la personne du général en chef; Octavius, quoique désarmé, arracha à l'un des Parthes son arme et frappa l'homme qui tenait le cheval. Dans le tumulte qui s'ensuivit, tous les officiers furent tués; le vieux général voulut, comme son grand-oncle, ne pas servir vivant de trophée à l'ennemi : il chercha et trouva la mort. La multitude sans chef qui était restée au camp fut en partie prise, en partie dispersée. Ce que la journée de Carrhes avait commencé, celle de Sinnaka le termina, 9 juin 701 (53); toutes deux prirent leur place auprès des dates néfastes de l'Allia, de Cannes et d'Arausia. L'armée de l'Euphrate n'existait plus.

C'était depuis le temps des Achéménides le premier triomphe sérieux que l'Orient eût remporté sur l'Occident, et il y avait un sens profond dans la circonstance. La cité romaine et le génie de la Grèce commençaient à se mettre à la chaîne du sultan.

La catastrophe, effroyable en elle-même, semblait devoir l'être plus encore par ses conséquences. La Syrie fut envahie par les Parthes et toute l'Asie supérieure trembla. Mais les Parthes ne savaient pas assiéger les villes. Non seulement ils ne réussirent pas à prendre Antioche, où Cassius s'était jeté avec ses troupes, mais à leur retour sur l'Oronte, ils furent surpris par la cavalerie de Cassius et fort maltraités par l'infanterie romaine. Ce fut le

terme de rinvasion parthe en Asie Mineure, et la frontière de l'Euphrate fut, du moins pour quelqur temps, respecta

A Rome, le volcan de la révolution continuait à soul< des nuages de fumée. On ne songeait plus à envoyer un soldat ni un écu contre l'ennemi de la patrie : on n'avait plus une pensée pour la destinée des peuples. C'est un des signes des temps les plus tristes, que le désastre inouï de Carrhes et de Sinnaka donna beaucoup moins à penser aux politiques de l'époque que le tumulte de la voie Appienne, dans lequel, deux mois après Crassus, périt Clodius.

L'intention qu'avait Pompée de rompre avec César était probablement aussi ancienne dans son germe que l'alliance des dictateurs elle-même; mais la nature dissimulée de Pompée l'avait laissée mûrir jusque-là. La mort de la belle Julia, qui périt à la fleur de son âge, à l'automne de 700 (54), et que son fils unique suivit bientôt au tombeau, devait mettre fin à l'entente personnelle entre son père et son époux. Ce fut Pompée qui rompit le premier. César cherchait à renouer le lien brisé par la destinée ; il demanda pour son compte la main de la fille unique de Pompée, et lui offrit celle de sa plus proche parente, la petite-fille de sa sœur, Octavia; mais Pompée fit épouser à sa fille son ancien fiancé Faustus Sylla, fils du dictateur, et se maria de son côté avec la fille de Quintus Métellus Scipion.

La catastrophe de juin 701, dans laquelle l'armée et le général de Syrie furent détruits, était pour César un coup terrible. Encore une fois la destinée avait travaillé pour Pompée. Crassus était mort, toute la Gaule en feu, Pompée était de fait dictateur de Rome et maître du sénat.

Ainsi l'opposition républicaine, qui avait dû, pendant des années, se contenter du rôle de spectatrice, et avait à peine osé respirer, se trouvait, par la rupture des dictateurs, amenée sur la scène. C'était là le cercle qui reconnaissait en Caton son chef, ces républicains qui étaient disposés à livrer, dans tous les cas, et maintenant plus que jamais, une bataille pour la république. Il n'y avait donc pour ie parti de Caton qu'une possibilité de restaurer

l'ancien régime, c'était d'entrer en alliance avec le moins dangereux des deux dictateurs. Puisque Pompée se déclarait pour la constitution républicaine et s'offrait pour la défendre contre César, l'opposition républicaine pouvait et devait reconnaître en lui son général.

Il n'entrait pas dans les vues de César de rompre en ce moment avec Pompée. Il chercha donc à maintenir la situation, et par suite la paix avec Pompée, et à arriver au consulat qui lui avait été assuré à Lucques pour 706 (48). 11 gagnait ainsi le temps de terminer les affaires de la Gaule, et laissait à son collègue l'odieux de l'initiative de la rupture et, par suite, de la guerre civile, ce qui était fort important pour César, en considération de la majorité du sénat et du parti des intérêts matériels, et surtout de ses propres soldats.

Le consul Marcus Marcellus proposa de choisir, pour l'année 705, à partir du Ier mars, les deux consulaires destinés aux gouvernements jusque-là confiés à César. L'orage longtemps retenu éclata. Les catoniens n'avaient nullement l'intention de renoncer à leur point de vue. Ils estimaient que le droit accordé par une loi d'exception au proconsul César de postuler au consulat, bien qu'absent, (droit abrogé ensuite par un décret du peuple) était maintenu illégalement. Le sénat devait également décider que la soumission de la Gaule étant terminée, les soldats qui avaient achevé leur service seraient licenciés. Les collations de droits de cité et les fondations de colonies faites par César dans la Haute-Italie étaient considérées comme nulles et inconstitutionnelles. Ceux qui soutenaient alors César firent valoir dans le sénat que la situation de la Gaule aussi bien que la convenance, conseillaient de ne pas rappeler César prématurément, mais de lui donner le commandement avec le consulat.

La proposition des césariens, de donner à leur maître le cumul du consulat et du proconsulat, fut repoussée par Pompée nettement et rudement.

Pendant les préliminaires de guerre diplomatique de ses adversaires, César avait réussi à en finir avec l'insurrection gauloise,

et à rétablir la paix dans tous les territoires soulevés. Toutefois, il n'hésita pas à faire de grands sacrifices pour éviter d'entrer en collision déclarée avec les fonctionnaires du gouvernement.

Il se déclara prêt à déposer, sur Tordre du sénat, gouvernement et commandement, à condition que Pompée en ferait autant; il pouvait le faire en toute sûreté, car, privé de son commandement d'Espagne et d'Italie, Pompée n'était plus dangereux. Pompée ne pouvait s'y refuser. Le vote qu'on ne pouvait ajourner eut lieu et signala la défaite de Pompée et de Caton sur toute la ligne. Le sénat décida, par 370 voix contre 20, que les proconsuls de Gaule et d'Espagne seraient tous deux invités à déposer leur commandement. Pompée n'était donc pas moins rappelé que César par le sénat, et tandis que César se déclarait prêt à obéir, Pompée refusa.

La coalition battue dans le sénat était dans la situation la plus pénible.

On disait que César, octobre 704 (50), avait amené quatre légions de la Gaule ultérieure dans la Gaule citérieure, et les avait établies à Placentia. Curion démontra dans le sénat l'absence complète de fondement de ce bruit; mais le consul nommé ainsi que les deux élus pour 705 (49), et appartenant au parti de Caton, se rendirent vers Pompée, et ces trois hommes tentèrent, de leur propre autorité souveraine, de le décider à se mettre à la tête des deux légions cantonnées à Capoue, et à appeler sous les armes la milice romaine. On ne pouvait imaginer un acte de toute-puissance plus inconstitutionnel pour commencer la guerre civile; mais on n'avait pas le temps de songer à ces détails : Pompée accepta. Les préparatifs de guerre, les revues commencèrent; pour s'en occuper personnellement, Pompée quitta la capitale en décembre 704 (50).

César avait, en restant lui-même attaché au terrain du droit, obligé Pompée à lui déclarer la guerre, et à la lui déclarer non comme dépositaire de la puissance légitime, mais comme général d'une minorité du sénat ouvertement révolutionnaire et qui terrorisait la majorité. C'était là un résultat considérable. Maintenant que la guerre était déclarée, il était de l'intérêt de César

de frapper le plus tôt possible un coup décisif. César envoya à Rome un ultimatum qui, s'il n'était pas bon à autre chose, compromettait, du moins par son humilité, son adversaire dans l'opinion publique, et tandis qu'il semblait lui-même hésiter, devait le pousser à ne pas précipiter ses préparatifs. Dans cet ultimatum, il négligeait tous les griefs antérieurs, et se déclarait prêt à déposer le gouvernement de la Gaule et à renvoyer huit légions dans les délais fixés par le sénat, et se déclarait satisfait, si le sénat lui laissait le gouvernement de la Gaule citérieure et de l'Illyrie, avec une légion, ou celui de la Gaule citérieure seulement avec deux légions, et non pas même jusqu'à l'entrée en fonction des consuls, mais jusqu'à la fin des élections consulaires de 706 (48). Curion entreprit de défendre son maître dans la fosse aux lions.

Le Ier janvier 705 (49) : Curion remit en pleine séance la lettre adressée par le général au sénat. Les paroles graves et claires, par lesquelles César exposait, avec la puissance implacable de la vérité, l'imminence de la guerre civile, le désir universel de paix, l'arrogance de Pompée et sa propre condescendance, les propositions d'accommodement dont la modération surprit sans doute ses propres partisans, la déclaration très nette qu'il tendait pour la dernière fois la main de réconciliation, produisirent la plus profonde impression. En dépit de la crainte causée par les soldats qui avaient envahi la ville, le sentiment de la majorité n'était pas douteux : on n'osait pas se hasarder à l'exprimer. Les consuls répondirent par un refus de laisser voter, comme les y autorisait leur qualité de présidents. Pompée fit déclarer par son organe accoutumé, Quintus Scipion, qu'il était résolu plus que jamais à défenare les intérêts du sénat, et qu'il y aurait péril à attendre plus longtemps. Le consul Lentulus annonça sans détour qu'il ne s'en rapportait plus au décret du sénat, mais que si celui-ci s'immobilisait dans sa servilité, il agirait de son côté et s'arrangerait avec son puissant ami. Ainsi terrorisée, la majorité du sénat vota ce qu'on lui ordonnait : que César devait à un jour fixe et peu éloigné remettre le gouvernement de la Gaule ultérieure à Domitius Ahénobarbus et celui de la Gaule citérieure à Marcus Servilius, et congédier son armée, faute de quoi il serait décrété de haute trahison.

C'en était trop. César rassembla ses soldats de la troisième

légion, qui avaient quitte'- leurs cantonnements de Tergeste (Trieste), pour se rendre à Ravenne, et leur exposa l'état d choses. Ce n'était pas seulement le maître des cœurs et des esprits

dont la parole brillante, à ce moment solennel de sa destinée et de la destinée du monde, éclatait en traits de flamme; ce n'était pas seulement le général populaire et vainqueur, qui parlait aux soldats appelés par lui-môme sous les drapeaux et qui le suivaient depuis huit ans avec un enthousiasme toujours croissant; c'était surtout l'homme d'Etat énergique et conséquent qui depuis dixneuf ans avait défendu la cause de la liberté dans la bonne et la mauvaise fortune, qui avait bravé pour elle le poignard des assassins et les bourreaux de l'aristocratie, le glaive des Germains et les flots d'un océan inconnu, sans hésiter et sans trembler, qui avait brisé la constitution de Sylla, renversé le gouvernement du sénat, couvert et défendu au-delà des Alpes la démocratie désarmée par ses combats; et il ne parlait pas à ce public de Clodius, dont l'enthousiasme républicain était depuis longtemps réduit en cendres et poussière, mais aux jeunes populations des villes et villages de la Haute-Italie, qui accueillaient encore avec enthousiasme la pensée de la liberté politique, qui étaient encore capables de combattre et de mourir pour l'idéal, qui avaient reçu révolutionnairement, de César, le droit de cité qui leur était refusé par le gouvernement, qui consentaient à voir César renverser la hache et les faisceaux, sachant par des œuvres certaines quel usage impitoyable l'oligarchie voulait en faire contre les Transpadans. Devant de pareils auditeurs, un tel orateur exposa la reconnaissance pour la conquête de la Gaule, que conservait la noblesse au général et à l'armée; il exposa la suspension des comices, le terrorisme exercé sur le sénat, le devoir sacré d'arracher à main armée à l'aristocratie le tribunat du peuple, conquis des siècles auparavant par leurs pères, les armes à la main, et de tenir l'antique serment qu'on prêtait pour soi-même et pour ses neveux, de génération en génération, de mourir pour le maintien du tribunat du peuple. Lors donc que lui, chef et général du parti populaire, lui qui, après l'échec de ses tentatives de bien, avait poussé la longanimité jusqu'aux dernières limites, appelait aux armes les soldats du peuple, pour le suivre dans cette suprême,

inévitable et dernière lutte contre une aristocratie détestée et méprisée, aussi perfide qu'implacable et ridiculement incorrigible, il n'y avait pas un officier ni un soldat qui voulût reculer. La marche en avant fut commandée; à la tête de son état-major César passa l'étroit ruisseau qui séparait sa province de l'Italie et au-delà duquel la constitution commandait aux proconsuls de Gaule de se tenir. En foulant de nouveau, après neuf années d'absence, le sol de la patrie, il foulait en même temps le sentier de la révolution. Le dé était jeté.

BRUNDISIUM, ILERDA, PHARSALE ET THAPSUS

i César avait ce qui lui était nécessaire : une puissance politique illimitée et une armée d'une solidité inébranlable, cette puissance ne s'étendait que sur un territoire relativement restreint. Il dominait surtout la province de la Haute-Italie. Cette contrée n'était pas seulement la mieux peuplée de toute l'Italie, mais la plus dévouée à la cause démocratique. Dans l'Italie proprement dite, au contraire, l'influence de César balançait à peu près celle de son adversaire. Quoique, par une manœuvre adroite, il eût su mettre le parti de Caton dans son tort, et qu'il eût réussi à persuader de son bon droit tous ceux qui cherchaient un prétexte pour devenir neutres avec tranquillité, comme la majorité du sénat, ou pour prendre son parti, comme ses soldats et les Transpadans, la masse des citoyens ne s'y était pas laissé tromper, et quand le commandant de la Gaule dirigea ses légions sur Rome, en dépit de toutes les chicanes de légalité, elle vit dans Caton et dans Pompée les défenseurs de la république légitime et dans César l'usurpateur démocratique.

La Gaule transalpine jusqu'au Rhin et jusqu'au Canal lui obéissait, et les colons de Narbonne ainsi que les citoyens romains qui y étaient établis, lui étaient dévoués; mais même dans la

Erovince de Narbonnc, le parti de la constitution avait de nomrcux partisans, et les provinces QOUVellement conquises étaient plutôt, dans la guerre civile imminente, un fardeau qu'un avantage; car il ne pouvait, pour de bonnes raisons, faire aucun usage de l'infanterie celte, et encore moins de la cavalerie.

Si César commençait la lutte comme simple gouverneur de la Gaule, sans autre ressource essentielle que des lieutenants habiles, une armée fidèle et une province dévouée, Pompée la commençait comme chef effectif de la république romaine, et en pleine possession des ressources disponibles du gouvernement régulier du grand empire romain.

La coalition dominait exclusivement la mer : tous les ports, tous les vaisseaux de guerre, tout le matériel des flottes étaient à sa disposition. Les deux Espagnes, qui étaient pour Pompée ce que les Gaules étaient pour César, étaient dévouées à leur maître et entre les mains de gouverneurs habiles et fidèles. Dans les autres provinces, naturellement à l'exception des deux Gaules, les places de gouverneurs et de commandants étaient, sous l'influence de Pompée et de la minorité du sénat, occupées par des hommes sûrs. Les Etats clients avaient pris avec une grande résolution le parti de Pompée contre César.

En ce qui concerne l'Italie, la grande majorité des citoyens était, comme nous l'avons dit, contre César : d'abord naturellement, toute l'aristocratie avec son immense clientèle, et, à peu près au même degré, la haute finance, qui ne pouvait guère espérer de conserver, dans une réforme sérieuse de la république, ses tribunaux de jurés et son monopole de pressuration des provinces. On trouvait les mêmes sentiments antidémocratiques chez les petits capitalistes, les propriétaires ruraux, et, en général, tous ceux qui avaient quelque chose à perdre.

L'armée sur laquelle s'appuyait Pompée consistait principalement en troupes espagnoles, sept légions habituées à la guerre, et sur lesquelles on pouvait entièrement compter, et auxquelles se joignaient les divisions de troupes, il est vrai faibles et dispersées en Syrie, en Asie, en Macédoine, en Afrique et en

Sicile. En Italie, il n'y avait sous les armes que les deux légions rendues par César, dont l'effectif ne s'élevait pas à plus de 7 000 hommes, et dont la fidélité était plus que douteuse. Mais, outre que les troupes espagnoles pouvaient arriver en Italie au printemps, soit par la Gaule, soit par la mer, on pouvait trouver en Italie le contingent des trois légions levées en 699 (55), et la levée italique de 702 (52), qui était seulement en congé. En comptant cette réserve, le nombre des soldats dont pouvait disposer Pompée, sans les sept légions d'Espagne et celles qui étaient dispersées dans les autres provinces, s'élevait, en Italie seulement, à dix légions ou près de 60 000 hommes, de sorte qu'il n'était pas exagéré de prétendre, comme il le faisait, qu'il lui suffisait de frapper le sol de son pied pour en faire sortir des légions.

La guerre s'ouvrit, dans ces circonstances, au commencement de janvier 705 (49). C'était, pour César, semblait-il, une folie, avec une armée forte comme celle de Catilina et sans réserve effective, de prendre l'offensive contre une armée supérieure et qui grossissait chaque jour; mais c'était une folie dans le genre de celle d'Hannibal. Mais peut-être Pompée, habitué à opérer lentement ou sûrement avec des forces supérieures, se laisserait-il dérouter par une attaque tout à fait improvisée. César entra donc en Italie.

Deux chaussées menaient alors de la Romagne vers le sud : la voie Emilia Cassia, qui allait de Bononia par l'Apennin à Arrétium et Rome, et la voie Popilia Flaminia, qui allait de Ravenne à Fanum par la côte de l'Adriatique. Marcus Antonius gagna Arrétium par la première, César prit lui-même la seconde. Ils ne trouvèrent nulle part de résistance.

La consternation de ses adversaires fut prodigieuse. Pompée apprit à Rome la nouvelle de la marche de César; il sembla d'abord vouloir défendre la ville; mais lorsque la nouvelle de l'entrée de César dans le Picénum et de ses premiers succès dans cette contrée y arriva, il y renonça et ordonna l'évacuation. Une terreur panique, augmentée par la fausse nouvelle que les cavaliers de César s'étaient déjà montrés aux portes de la ville, s'empara de la haute société. Les sénateurs, à qui on avait annoncé que

tout homme qui resterait dans la ville sciait traité comme un complice du rebelle César, se précipitèrent au-dehors. Les consuls

eux-mêmes avaient tellement perdu la tête, qu'ils ne surent pas mettre les caisses publiques en sûreté. Bientôt on reçut de nouvelles propositions d'accommodement de César : il offrait de licencier son armée, de livrer les provinces aux successeurs désignés, et de se présenter régulièrement au consulat, pourvu que Pompée se rendît en Espagne et qu'on désarmât en Italie. La réponse fut que si César retournait lui-même dans sa province, on s'engageait à faire désarmer en Italie et à obtenir du sénat une proposition qui renverrait Pompée en Espagne. Si ce n'était pas une simple supercherie, ce devait être une acceptation de la proposition, mais ce fut en fait le rejet. L'entrevue que César désirait avec Pompée fut refusée par celui-ci. Quant à la direction des opérations, on décida à Téanum que Pompée prendrait le commandement des troupes stationnées à Lucéria, et sur lesquelles, malgré les soupçons qu'on avait sur leur fidélité, reposaient toutes les espérances. Mais la contrée était déjà perdue, lorsqu'on y vit arriver l'officier chargé par Pompée d'organiser la défense, Lucius Vibullius Rufus, qui n'était pas un sénateur distingué, mais un militaire expérimenté : il dut se contenter d'enlever aux officiers incapables de la milice les six à sept mille recrues qu'on avait sauvées et de les conduire ensuite au quartier le plus prochain à Corfinium.

Mais le commandant de Corfinium était le successeur désigné de César, Lucius Domitius, un des entêtés les plus bornés de l'aristocratie romaine : et celui-ci non seulement refusa de suivre les ordres de Pompée, mais il empêcha Vibullius de marcher vers l'Apulie avec le contingent du Picénum. Il était tellement persuadé que Pompée ne temporisait que par entêtement et devait nécessairement arriver à son secours qu'il ne se prépara pas sérieusement à soutenir un siège. Au lieu de Pompée, ce fut César qui arriva (14 février). Domitius décampa, la nuit suivante, avec les officiers supérieurs. Alors toute la garnison se saisit de l'étatmajor, et se rendit tout entière avec lui à César (20 février).

Pompée avait considéré l'Italie comme perdue dès que César était entré dans le Picénum : il voulait seulement ajourner autant

qu'il le pourrait l'embarquement, pour sauver ce qu'il pourrait des milices. Il s'était enfin mis en marche pour gagner Brundisium, le port le plus voisin. Là se trouvaient les deux légions de Lucéria, et ce que Pompée avait pu rassembler à la hâte de recrues dans l'Apulie dépeuplée, ainsi que les contingents que les consuls et les autres délégués avaient pu mener à Brundisium : là se rendirent aussi en grand nombre les réfugiés politiques, et parmi eux les premiers sénateurs avec leurs familles. L'embarquement commença; mais les vaisseaux préparés ne suffisaient pas pour transporter en une seule fois une masse d'hommes qui s'élevait déjà à 25 000 têtes. Il n'y avait donc plus qu'à diviser l'armée.

La plus forte moitié mit à la voile (4 mars). Avec le reste de l'armée, d'environ 10 000 hommes, Pompée attendit à Brundisium le retour de la flotte. Entre temps César, arrivé devant la ville, chercha avant tout à fermer le goulet du port par des digues et des ponts flottants, pour empêcher la rentrée de la flotte à son retour; mais Pompée fit armer des transports qui se trouvaient dans le port, et sut empêcher qu'on ne fermât l'entrée du port jusqu'au moment où la flotte parut, et où le reste de l'armée, en dépit de la surveillance étroite des assiégeants et des dispositions hostiles des habitants de la ville, parvint à en sortir jusqu'au dernier homme, et arriva en Grèce sans avoir été atteinte par César.

Dans une campagne de deux mois, sans un seul combat sérieux, César avait dispersé une armée de dix légions, au point que la moitié à peine avait pu s'échapper en fuyant à travers la mer, et que l'Italie tout entière avec la capitale et les caisses de l'Etat, et tous les approvisionnements étaient au pouvoir de César. Ce n'était pas sans raison que le parti vaincu gémissait sur la merveilleuse célérité, la prévoyance et l'énergie « du monstre ».

Cependant, les principales sources de revenus, c'est-à-dire les impôts de l'Orient, étaient encore aux mains de l'ennemi, et les besoins croissants de l'armée, ainsi que la nécessité nouvelle de s'occuper de la population romaine, exigeaient des ressources pour lesquelles ces sommes énormes étaient tellement insuffisantes, que César bientôt fut obligé de faire appel au crédit particulier.

L'inquiétude que causait aux classes riches L'imminence de l'anarchie était universelle. Amis rt ennemis voyaient en Ce

un second Gatilina : Pompée, croyait-on, affectait de croire que César n'avait été poussé à la guerre civile que par L'impossibilité de payer ses dettes.

Cependant, cette fois encore, « le monstre » trompa l'attente de ses ennemis comme celle de ses amis. Au milieu de la plus grande détresse financière, on ne toucha pas aux biens immenses des adversaires présents ou absents. César aimait mieux emprunter à ses amis que d'irriter contre lui les populations par l'exercice du droit, légitime il est vrai, mais tombé en désuétude, de lever l'impôt foncier. Il n'espérait dans la durée de son succès, comme il le disait lui-même, que par un pardon sans condition accordé aux vaincus, et pendant toute la marche de Ravenne à Brundisium, il renouvela incessamment ses propositions d'une entrevue personnelle avec Pompée, et d'un accommodement raisonnable.

Les projets de vengeance des vaincus contrastaient avec la modération du vainqueur.

L'emportement de l'impuissance et la modération de la force produisaient leurs effets. La masse, qui faisait passer les intérêts matériels avant ceux de la politique, se jeta dans les bras de César. Les villes de province portaient aux nues l'équité, la modération, l'habileté du vainqueur, et les ennemis mêmes étaient obligés d'avouer que ces éloges étaient mérités. La grande majorité du sénat, au moins sous le rapport numérique (car les plus illustres et les plus influents des sénateurs n'en faisaient plus partie), était, en dépit des ordres de Pompée et des consuls, demeurée en Italie et même en partie dans la capitale, et s'accommodait du nouveau gouvernement.

Mais pour le moment, cette douceur était plus dangereuse pour César que ne l'eût été le renouvellement des folies de Cinna et de Catilina : elle faisait de ses amis des ennemis, et ne lui réconciliait pas ses ennemis. La clique catilinienne qui entourait César murmurait de voir le meurtre et le pillage ajournés. On devait

attendre de ces amis décriés, corrompus et quelquefois pleins de talent, une redoutable opposition.

Lorsque César parla, au sénat, d'une dictature pour la continuation de la guerre, un des deux consulaires présents, Servius Sulpicius Rufus, homme honoré, qui ne demandait qu'à mourir tranquillement dans son lit, dit que César mériterait bien de la patrie s'il voulait renoncer à porter la guerre en Grèce et en Espagne. Lorsque César demanda au sénat de lui servir au moins d'intermédiaire pour des propositions de paix à Pompée, on ne s'y opposa pas en principe, mais les menaces des émigrés contre les neutres les avaient tellement effrayés que personne ne voulut se charger de l'ambassade pacifique. César venait se heurter lui aussi contre la répugnance qu'éprouvait l'aristocratie à aider à élever un trône, et contre la mollesse du sénat qui avait déjà paralysé avant César la nomination de Pompée au commandement en chef de la guerre civile. César déclara au sénat, comme il l'avait fait antérieurement au parti de la constitution, qu'il aurait aimé à réorganiser l'État par des voies légales et avec l'aide du corps suprême de l' État ; mais que du moment que ce concours lui était refusé il pouvait s'en passer.

Sans s'embarrasser davantage du sénat et des formalités politiques, il donna le gouvernement de Rome au préteur Marcus iEmilius Lépidus, comme préfet de la ville, et il s'occupa du gouvernement des contrées qui lui étaient soumises, et de la continuation de la guerre.

César se hâta d'ouvrir la campagne. Il avait le choix de diriger ses armes soit contre l'armée qui s'organisait en Grèce sous les ordres mêmes de Pompée, ou contre l'armée aguerrie d'Espagne, commandée par ses habiles lieutenants. Il s'était décidé pour le dernier plan, et dès que la campagne d'Italie avait été terminée, il avait pris des mesures pour rassembler sur le Rhône inférieur ses neuf meilleures légions et 6 ooo cavaliers.

César se rendit lui-même en Gaule, et, retenu par la conduite du siège de Marseille, il envoya la plus grande partie des troupes rassemblées sur le Rhône, six légions et la cavalerie, sur

la grande (haussée qui menait par Narho (Narbonnc) à Rhode (Rosas), pour prévenir L'ennemi aux Pyrénées. Il y réussit; lorsque Afranius et Pétréius arrivèrent aux passages, ils les trouvèrent occupés par les césariens, et, après avoir perdu la ligne des Pyrénées, ils prirent position entre ces montagnes et PËbrc, à Ilerda (Lerida).

Après des alternatives nombreuses, la lutte tourna au désavantage des pompéiens qui capitulèrent.

César garantit aux officiers et aux soldats non seulement la vie, la liberté et la possession de ce qui leur était resté ou de ce qu'on leur avait enlevé; il fît seulement déposer les armes et renvoya les prisonniers dans leur patrie.

L'Espagne citérieure tomba d'elle-même entre les mains du vainqueur par la dissolution de cette armée.

Lorsque César, revenant de la soumission de l'Espagne, arriva devant Marseille, il trouva la ville à toute extrémité à cause de l'attaque ennemie, de la famine et de la contagion, et disposée, cette fois sérieusement, à capituler à toute condition. Domitius seul, craignant le ressentiment du vainqueur, monta sur un vaisseau et passa à travers la flotte romaine, pour chercher à son impitoyable haine un troisième champ de bataille. Les soldats de César avaient juré de passer au fil de l'épée toute la population maritime de cette ville, et attendaient avec impatience de leur chef le signal du pillage. Mais César, songeant à sa grande entreprise de fonder dans l'Occident la civilisation helléno-italienne, ne se laissa pas obliger à renouveler la destruction de Corinthe. Massilia dut livrer au vainqueur sa flotte et ses arsenaux, et perdit une partie de son territoire et de ses privilèges; mais elle garda sa liberté et sa nationalité, et demeura, quoique matériellement bien déchue, une puissance intellectuelle pour la culture hellénique dans cette contrée celte, appelée désormais à de nouvelles destinées.

Les pompéiens avaient l'intention d'affamer l'Italie. Il était absolument nécessaire pour César de faire échouer le plan de

l'ennemi et de lui enlever les provinces à blé. Quintus Valérius fut envoyé avec une légion en Sardaigne, et obligea le gouvernement pompéien à évacuer l'île.

La Sicile fut occupée par Curion sans combat. Gurion laissa la moitié de ses troupes pour protéger cette île si précieuse pour la capitale, et s'embarqua pour l'Afrique avec les autres, composées de deux légions et de 500 cavaliers.

Curion effectua heureusement son débarquement en Afrique entre Adrumète, où une légion entière se trouvait près des vaisseaux de guerre, et Utique devant laquelle la deuxième légion était sous les ordres de Varus. Enthousiasmée par la harangue enflammée de son jeune général, la cavalerie de Curion mit celle de l'ennemi en fuite, et sabra devant le front des deux armées l'infanterie légère, qui avait marché avec la cavalerie. Enhardies par le succès et par l'exemple personnel de Curion, les légions traversèrent la vallée profonde qui séparait les deux armées, pour attaquer les pompéiens qui, ne s'y attendant pas, s'enfuirent dans leur camp, qu'ils levèrent pendant la nuit. La victoire était si complète que Curion alla mettre le siège devant Utique. Curion, à qui sa nature ardente ne permettait guère le repos, marcha en avant pour livrer bataille à Saburra, avant que celui-ci eût fait sa jonction avec la garnison d'Utique.

Sa cavalerie, qui était partie en avant le soir, parvint à surprendre le corps de Saburra sur le Bagradas pendant la nuit, et le maltraita. Mais, Saburra n'était pas, comme on le croyait, sans arrière-garde; et il n'était pas à beaucoup plus d'un mille de l'armée de Juba. Déjà l'élite de l'infanterie romaine et 2 000 cavaliers gaulois et espagnols étaient arrivés sur le champ de bataille pour secourir Saburra, et le roi était lui-même en marche avec le gros de l'armée et seize éléphants. Après la marche de nuit et un vif combat, les cavaliers romains n'étaient plus guère qu'au nombre de deux cents, et, comme l'infanterie, ils étaient épuisés par les marches et la lutte : dans la large plaine où ils s'étaient laissé envelopper, ils étaient absolument enfermés par les masses ennemies qui s'accroissaient incessamment. Ce fut en vain que Curion essaya de charger en masse.

Ses soldats furent repoussés et dispersés par la cavalerie ennemie. Tout était perdu. L'infanterie était anéantie jusqu'au dernier homme. De la cavalerie, quelques hommes à peine purent s'échapper. Curion aurait pu être du nombre; mais il ne put supporter l'idée de reparaître devant son maître sans l'armée qui lui avait été confiée et il périt l'épée en main. Le corps qui se trouvait au camp devant U tique, et la flotte qui la gardait, et qui aurait pu si facilement faire voile pour la Sicile, se rendirent à Varus sous l'impression de cette effroyable catastrophe, le jour suivant, août ou septembre 705 (49).

Ainsi finit l'expédition sicilo-africaine organisée par César. Elle atteignit son but, en ce sens que, par l'occupation de la Sicile, jointe à celle de la Sardaigne, on pourvut aux besoins les plus pressants de la capitale; l'échec essuyé en Afrique, avantage dont le parti vainqueur ne recueillit aucun fruit, et la perte de deux légions peu sûres, furent bientôt oubliés. Mais une perte inappréciable pour César et pour Rome, ce fut la mort de Curion.

Le succès remporté en Illyrie par la flotte de Pompée, quoique assez important par lui-même, eut peu d'influence sur l'ensemble de la campagne.

La double offensive de César contre l'Espagne, d'une part, et de l'autre contre la Sicile et l'Afrique, avait réussi en Espagne complètement, en partie seulement ailleurs; au contraire le plan de Pompée d'affamer l'Italie, par l'occupation de la Sicile avait échoué en partie et celui qui reposait sur l'anéantissement de l'armée d'Espagne complètement : en Italie, les mesures de défense de César avaient été à peine employées. Malgré les désastres graves d'Afrique et d' Illyrie, César sortait évidemment complètement vainqueur de cette première campagne.

La grande place d'armes de l'adversaire de César était la Macédoine. Ce fut là que se rendirent Pompée et la masse des émigrés de Brundisium, là qu'allèrent les autres fugitifs de l'Occident : Marcus Caton de la Sicile, Lucius Domitius de Massilia, et en particulier d'Espagne une multitude des meilleurs officiers et soldats de l'armée dissoute et à leur tête leurs généraux Afranius et Varron.

La conduite des opérations de guerre dans le camp macédonien était entre les mains du général en chef Pompée. La position difficile et pénible de celui-ci avait encore empiré par suite des événements malheureux de 705. Aux yeux de ses partisans, la faute en était surtout à lui. C'était la confiance dans les talents militaires de Pompée qui avait décidé le parti de la constitution à rompre avec César; les suites funestes de cette rupture retombaient aujourd'hui sur Pompée, et si, par suite de l'incapacité notoire de tous les autres chefs, on ne put faire une tentative pour changer le commandement supérieur, la confiance envers le général en chef n'en fut pas moins paralysée. A ces conséquences de la défaite s'ajoutait l'influence fâcheuse de l'émigration.

Les généraux aristocrates avaient transporté dans le camp les mœurs de la capitale, et ce n'était pas pour le plus grand bien de l'armée; les tentes de ces grands étaient des berceaux élégants, le sol en était couvert de frais gazon et les parois étaient revêtues de lierre : sur la table s'étalait de l'argenterie et les coupes y resplendissaient. Ces guerriers élégants faisaient un singulier contraste avec les compagnons de César, dont le pain grossier épouvantait ces délicats, et qui, faute de ce même pain, mangeaient des racines et juraient de mâcher plutôt des feuilles que de lâcher prise devant l'ennemi. Pompée remplissait pourtant avec un zèle admirable la mission qui lui avait été confiée d'organiser des forces militaires importantes, mais dispersées.

Le noyau en était les troupes amenées d'Italie dont on avait pu former cinq légions en y joignant les prisonniers d'Illyrie et les Romains domiciliés en Grèce. Trois autres arrivaient de l'Orient : deux formées par les débris de l'armée de Crassus, et une autre formée des deux faibles corps stationnés en Cilicie. On avait de plus formé une nouvelle légion avec les soldats congédiés établis en Crète et en Macédoine, et deux avec les Romains de l'Asie Mineure. En outre, on avait 2 000 volontaires, débris des armées d'Espagne et d'autres corps.

La cavalerie, au contraire, outre une garde du corps composée de la jeune noblesse de Rome et plus brillante que solide,

et les pasteurs à cheval de l'Apulieque Pompée avait enrégimentés, était formée du contingent des sujets et des clients de Kome. A

eux se joignaient les excellents cavaliers parti*

La flotte de Pompée était également considérable. Elle était formée, en partie, de vaisseaux de transport amenés de Brundisium ou construits depuis, en partie de vaisseaux de guerre du roi d'Egypte, des princes de Colchide, des dynastes ciliciens Tarkondimotos, des villes de Tyr, de Rhodes, d'Athènes, de Corcyre, et surtout des villes maritimes d'Asie et de Grèce, et comptait environ 500 voiles. En blé et en matériel de guerre, il y avait à Dyrrachium des approvisionnements considérables. La caisse de guerre était pleine, attendu que les pompéiens avaient en leur possession les principales sources de revenus de l'Etat, et se servaient des revenus des princes clients, de ceux des sénateurs, de ceux des fermiers de l'impôt, et surtout de ceux de toute la population romaine et non romaine qu'ils pouvaient atteindre.

Dans l'intention du général en chef, la flotte devait être, avant l'hiver de 705-6 (49-8), réunie sur les côtes et dans les eaux de l'Epire. L'amiral Bibulus était déjà arrivé avec 1 10 voiles dans le quartier général. Au contraire, l'armée de terre, dont le quartier général avait été pendant l'été à Berrhoea sur l'Haliakmon, était en retard.

Ainsi César avait encore la possibilité, malgré la guerre d'Espagne qui avait éclaté dans l'intervalle, de prendre l'offensive en Macédoine, et il n'hésita pas à le faire. Depuis longtemps il avait ordonné la réunion des vaisseaux de transport et de guerre à Brundisium, et après la capitulation de l'armée d'Espagne et la chute de Massilia, il avait dirigé vers ce lieu le noyau des troupes qui y avaient été employées. Mais le manque de vaisseaux menaçait encore de faire échouer cette expédition. Il ne trouva à Brundisium que douze vaisseaux de guerre et à peine assez de vaisseaux de transport pour faire passer en une fois le tiers de son armée de douze légions et de 10 000 cavaliers.

Le 4 janvier 706, César avec dix légions affaiblies par les marches forcées et par les maladies, et 600 cavaliers, mit à la

voile de Brundisium pour les côtes d'Épire. C'était une répétition de la hardie expédition de Bretagne. Cependant le début en fut heureux, et le premier transport aborda sans obstacle. Tandis que les vaisseaux retournaient pour en prendre un second, César passa le même soir les montagnes Acrocérauniennes. La milice épirote ne se défendit nulle part.

Mais la suite de la campagne ne répondit pas à ce brillant début. Bibulus répara un peu la négligence dont il avait été coupable, en redoublant d'efforts. Non seulement il captura plus de trente des transports qui retournaient en Italie, et les fit brûler avec tous les hommes qu'ils portaient, mais il établit aussi, le long du district entier de la côte occupée par César, depuis l'île de Sason (Saseno) jusqu'aux ports de Corcyre, une croisière active. Il n'était pas possible aux officiers de César de faire passer la seconde partie de l'armée. Il ne réussit pas mieux lui-même à prendre Dyrrachium. Pompée apprit, par un des messagers de paix de César, ses préparatifs de voyage pour la côte d'Epire, et, accélérant en conséquence sa marche, il se jeta à temps dans cet important arsenal. La situation de César était critique. Avec son armée, forte d'environ 20 000 hommes, il ne pouvait offrir la bataille à celle de Pompée, qui en avait au moins le double, et devait s'estimer heureux que Pompée procédât méthodiquement, et au lieu de lui livrer immédiatement bataille, hivernât entre Dyrrachium et Apollonia, sur la rive droite de l'Apsus. Combien désespérée apparut la situation à César lui-même, on le voit par sa résolution : s'apercevant que la flotte n'arrivait pas, il voulut monter une barque de pêcheur et traverser l'Adriatique jusqu'à Brundisium pour l'aller chercher : ce dessein ne fut abandonné que parce qu'il ne trouva pas de marin pour entreprendre le voyage.

Mais il n'avait plus besoin de paraître pour décider son fidèle lieutenant qui commandait en Italie, Marcus Antonius, à faire les derniers efforts pour sauver son général. Une fois encore, la flotte de transport avec quatre légions et 800 chevaux quitta le port de Brundisium, et un bon vent la porta au-delà de la croisière de Libo. Le débarquement du second envoi put s'effectuer.

Pompée, après avoir vainement tente d'empêcher la jonction des deux armées de l'ennemi, et de forcer le corps d'Antoine à combattre isolément, prit une nouvelle position à Asparagium, sur le fleuve Genusos (Uschkomobin), qui coule parallèlement à l'Apsus, entre ce dernier et la ville de Dyrrachium, et il y resta immobile. César se trouva alors assez fort pour donner la bataille, mais Pompée la refusa. D'autre part, il réussit à tromper Pompée et à se jeter inaperçu avec ses meilleures troupes de marche, comme à Ilerda, entre le camp de l'ennemi et la forteresse de Dyrrachium qui lui servit de base.

Les vétérans de César, par des efforts infinis, investirent le camp de Pompée avec une chaîne de postes longue de seize milles, et ajoutèrent bientôt à cette première ligne intérieure une seconde extérieure, pour se défendre contre les attaques de Dyrrachium et contre les tentatives de tourner leur position, qui auraient pu si facilement être exécutées avec l'aide de la flotte. Pompée attaqua plus d'une fois une partie de ces retranchements avec l'intention, si cela était possible, de briser la ligne de l'ennemi; mais il n'essaya pas d'empêcher l'investissement par une bataille; il préféra construire à son tour un certain nombre de retranchements autour de son camp. Il y avait une lutte continuelle sur différents points. Aucun succès important ne fut remporté de part ni d'autre; mais les effets de l'investissement se firent particulièrement sentir aux pompéiens. Pompée ne pouvait tarder davantage à se délivrer de sa situation désagréable par un coup frappé sur l'ennemi.

Il apprit par des déserteurs celtes que l'ennemi avait négligé de défendre la grève entre les deux chaînes de retranchements éloignées l'une de l'autre de 600 pieds par une ligne transversale, et il basa ses opérations sur cette faute. Il fit attaquer la ligne intérieure des retranchements de César par les légions du côté du camp, et la ligne extérieure par les troupes légères placées sur les vaisseaux et débarquées en dehors des retranchements de l'ennemi; une troisième division débarqua dans l'espace resté libre entre les deux lignes, et attaqua en arrière leurs défenseurs déjà suffisamment occupés. Le retranchement voisin de la mer fut pris et la garnison s'enfuit dans une complète confusion; ce fut avec

difficulté que le commandant de la tranchée voisine, Marcus Antonius, réussit à la maintenir et à arrêter pour un moment la marche de Pompée ; mais outre la perte considérable, le retranchement le plus extérieur le long de la mer demeura entre les mains des pompéiens, et la ligne fut rompue.

Lorsque les césariens virent Pompée avancer, une panique les prit; et si l'engagement finit par la perte de iooo des meilleurs soldats, et si l'armée de César n'éprouva pas une complète défaite, ce fut simplement par suite de la circonstance que Pompée ne put déployer librement ses forces sur ce terrain découpé et que, craignant un stratagème, il retint ses troupes.

L'entreprise hardie par laquelle César avait voulu prendre l'offensive sans vaisseaux contre un ennemi qui dominait la mer, et qui s'appuyait sur une flotte, avait totalement échoué. Il se trouva sur le théâtre de la guerre, en présence d'une position défensive imprenable, et hors d'état de frapper un coup sérieux, soit contre Dyrrachium, soit contre l'armée romaine.

Après cet engagement malheureux, César commença sa retraite vers Apollonia. Pompée le suivit. La marche de Dyrrachium à Apollonia le long d'une route difficile traversée par plusieurs rivières n'était pas une tâche facile pour une armée défaite poursuivie par l'ennemi; mais la conduite habile du général et l'énergie indestructible déployée dans la marche par les soldats obligèrent Pompée, après trois jours de poursuite, à s'arrêter. Il avait maintenant à choisir entre une expédition en Italie et la marche à l'intérieur. Quelque raisonnable et engageante que pût lui paraître la première, et bien que plus d'une voix s'élevât en sa faveur, il préféra ne pas abandonner le corps de Scipion. César était pendant ce temps-là arrivé sans encombre à Apollonia. La marche sur Apollonia n'avait eu d'autre but que de placer les blessés en sûreté et de payer les soldats là où étaient stationnés les dépôts : dès que cette opération fut terminée, il se dirigea vers la Thessalie, laissant des garnisons à Apollonia, Oricum et Lissus. Le corps de Calvinus s'était mis également en mouvement vers la Thessalie, et César put effectuer sa jonction avec les renforts venant d'Italie, cette fois par la route de terre

cTUlyric, deux légions commandées par Quint us Cornificius. Galvinus fut également dirigé sur ce point, et la jonction d< deux armées lut ainsi accomplie par la route la plus (oui te. Pompée était simplement revenu à l'idée de combattre à tout prix avec César, et par conséquent à l'atteindre aussitôt que possible et par la voie la plus commode. Caton prit le commandement de Dyrrachium, où on avait laissé une garnison de 18 cohortes; Pompée et Scipion s'occupèrent, le premier à suivre en apparence la voie Egnatia jusqu'à Pella, pour se diriger ensuite sur la grande route du sud, le second de l'Haliacmon, par les passes de l'Olympe, au Pénée inférieur. Ils devaient se rejoindre à Larissa.

César campa au sud de Larissa, dans la plaine qui s'étend de la contrée montagneuse de Cynocéphales à la chaîne de POthrys, et qui est coupée par un affluent du Pénée, PÉnipée, sur la rive droite de ce dernier fleuve, près de la ville de Pharsale ; Pompée campa en face de lui sur la rive droite de PËnipée, le long des collines de Cynocéphales. L'armée entière de Pompée était rassemblée; César attendait encore le corps de près de deux légions détaché vers PËtolie et la Thessalie, alors stationné, sous Quintus Fusius Calénus en Grèce, et les deux légions de Cornificius qui arrivaient par terre d'Italie, et qui étaient déjà en Illyrie. L'armée de Pompée, comptant onze légions ou 47 000 hommes et 7 000 chevaux, était plus que double de celle de César en infanterie, et trois fois aussi nombreuse en cavalerie; la fatigue et les combats avaient tellement décimé les troupes de César, que les huit légions ne comprenaient pas plus de 22 000 hommes sous les armes, en conséquence à peine la moitié de leur contingent normal.

Ce fut ainsi que la bataille de Pharsale fut livrée, le 9 août 706 (48), presque sur le même champ de bataille où, cinquante ans auparavant, les Romains avaient jeté les fondements de leur domination dans l'Orient. César, prévoyant la défaite de sa cavalerie, Pavait appuyée, sur le flanc menacé de son aile gauche, de 2 000 de ses meilleurs légionnaires. Comme les cavaliers de Pennemi, poussant devant eux ceux de César, galopaient sur le front et les côtés de la ligne, ils rencontrèrent subitement ce corps

d'élite qui s'avançait intrépidement contre eux, et, mis en désordre par cette attaque imprévue et nouvelle d'infanterie, quittèrent à toute vitesse le champ de bataille. Les légionnaires victorieux taillèrent en pièces les archers de l'ennemi maintenant découverts, puis se précipitèrent sur l'aile gauche de l'ennemi et se préparèrent de leur côté à la tourner. En même temps, la troisième division de César, jusque-là tenue en réserve, avança sur toute la ligne pour attaquer. La défaite inattendue de la meilleure partie de l'armée de Pompée, en accroissant le courage des adversaires, brisa celui de son armée et surtout celui du général. Lorsque Pompée, qui, avant l'action, ne comptait pas sur son infanterie, vit ses cavaliers s'enfuir au galop, il quitta le champ de bataille, et se dirigea sur le camp, sans même attendre l'issue de l'attaque générale ordonnée par César. Ses légions commencèrent à plier et à repasser le fleuve, pour regagner le camp, non sans des pertes considérables. La situation de Pompée était beaucoup moins périlleuse que celle de César après la défaite de Dyrrachium. Mais, l'âme faible de Pompée, dans de semblables vicissitudes, tombait dans l'abîme infini du désespoir. Maintenant qu'il voyait ses légions repasser le fleuve, il jeta le bâton de commandement, et s'enfuit au plus court vers la mer pour s'y embarquer.

Ainsi finit la journée de Pharsale. L'armée de l'ennemi n'était pas seulement défaite, mais anéantie; 15 000 pompéiens étaient tués ou blessés sur le champ de bataille, tandis qu'il ne manquait aux césariens que 200 hommes : ce qu'on put rassembler encore, et qui s'élevait à 20 000 hommes, déposa les armes le lendemain qui suivit la bataille. Les soldats furent incorporés dans l'armée; des amendes et des confiscations de propriété furent infligées aux hommes du premier rang ; les sénateurs et les chevaliers de marque qui furent pris furent mis à mort avec peu d'exceptions. Le temps de la clémence était passé; plus la guerre civile durait, plus elle devenait implacable et sans remords.

Le même jour où les cités clientes se soumirent au vainqueur de Pharsale, la queue du parti constitutionnel, tous ceux qui s'y étaient joints à regret ou qui, comme Marcus Cicéron et ses

partisans, dansaient autour de L'aristocratie, comme le or< u sur le Broken, se présentèrent pour faire leui paix avec le nouveau

monarque, paix que son indulgence dédaigneuse leur accorda gracieusement. Mais l'élite du parti vaincu ne lit pas de compromis. C'en était fait de l'aristocratie; mais les aristocrates ne pouvaient être convertis à la monarchie.

Pompée ne désirait pas non plus la paix. S'il avait été un homme digne de la haute position qu'il occupait, nous pouvons supposer qu'il aurait compris qu'un homme qui aspire à la couronne ne peut pas retourner aux sentiers battus de la vie ordinaire, et qu'il n'y a plus de place sur la terre pour celui-ci. Mais Pompée avait tout juste l'âme assez, élevée pour ne pas demander une faveur que le vainqueur aurait peut-être été assez magnanime pour lui accorder : il avait, d'autre part, l'esprit trop petit pour le faire. Soit qu'il n'ait pu prendre sur lui de se confier à César, ou qu'à sa manière vague et indécise, après la première impression du désastre de Pharsale, il eût recommencé à espérer, Pompée résolut de continuer la lutte et de chercher un autre champ de bataille que celui de Pharsale.

En Afrique, la coalition, ou plutôt Juba, roi de Numidie, qui y était maître, avait armé sans obstacle depuis l'automne de 705 (49). Tandis que tout l'Orient était perdu pour la coalition par la bataille de Pharsale, elle pouvait honorablement continuer la guerre, probablement en Espagne et certainement en Afrique.

Tandis que les débris du parti vaincu se laissaient entraîner par la destinée, et que ceux mêmes qui avaient résolu de continuer la lutte ne savaient comment ni où la poursuivre, César, toujours prompt dans ses résolutions comme dans ses actions, se préparait à poursuivre Pompée, le seul de ses adversaires qu'il respectât comme général, et celui dont la prise aurait probablement découragé la meilleure partie de ses adversaires. Avec quelques hommes il traversa l'Hellespont : sa barque rencontra une flotte ennemie destinée à la mer Noire et fit prisonniers tous les équipages frappés de terreur par la nouvelle de la bataille de Pharsale, et dès que les préparatifs les plus nécessaires furent terminés, il se mit à la poursuite de Pompée vers l'Orient. Pompée

avait passé à Lesbos après la bataille, en avait ramené sa femme et son second fils Sextus, et après avoir côtoyé l'Asie Mineure, s'était rendu à Chypre. A la nouvelle qu'Antioche s'était déclarée pour César et que le chemin du pays des Parthes n'était plus ouvert, il changea alors et fit voile vers l'Egypte, où un certain nombre de ses vieux soldats servaient dans l'armée, et où la situation et les riches ressources du pays lui laissaient le temps et l'opportunité de réorganiser la guerre.

En Egypte, après la mort de Ptolémée Aulètes, mai 703 (51), ses enfants, Cléopâtre, âgée d'environ seize ans, et Ptolémée Denys, âgé d'environ dix ans, avaient conjointement hérité du trône, suivant le vœu de leur père ; mais bientôt le frère, ou plutôt son tuteur Pothin, avait chassé sa sœur du royaume et l'avait contrainte de chercher un refuge en Syrie, d'où elle fit des préparatifs pour rentrer dans le royaume paternel. Ptolémée et Pothin étaient à Péluse avec toute l'armée égyptienne, pour protéger la frontière orientale contre elle, au moment même où Pompée jetait l'ancre au promontoire de Cassium et faisait demander au roi la permission de débarquer. La cour égyptienne, qui était depuis longtemps informée du désastre de Pharsale, était sur le point de repousser Pompée; mais le tuteur du roi Théodotus fit remarquer que si on agissait ainsi, Pompée emploierait probablement ses relations avec l'armée d'Egypte à exciter une révolte, et qu'il vaudrait mieux, en ce qui regardait César, saisir cette occasion de se défaire de Pompée. Des raisonnements politiques de ce genre manquaient rarement leur effet parmi les hommes d'Etat du monde hellénique. Achillus, le général des troupes royales, et quelques-uns des anciens officiers de Pompée, se rendirent dans une barque au vaisseau de Pompée et l'invitèrent à se rendre auprès du roi, et comme l'eau était basse, à entrer dans leur barque.

Au moment où il touchait le rivage, le tribun militaire Lucius Septimius le frappa par-derrière, sous les yeux de sa femme et de son fils, qui furent obligés d'assister au meurtre de Pompée du pont de leur vaisseau, sans pouvoir ni le défendre ni le venger, 28 sept. 706 (48). Le même jour où, treize ans auparavant, il

était entre triomphalement dans la capitale après la défaite de Mithridate, l'homme qui, pendant toute une génération, avait

été appelé le Grand et avait gouverné Rome, périt BUT C€S sabirs inhospitaliers par la main d'un de ses soldais. Bon officier, mais médiocre d'intelligence et de cœur, la destinée l'avait, avec une constance prodigieuse, mis à même d'accomplir pendant trente ans les actions les plus brillantes et les plus faciles; elle lui avait permis de cueillir tous les lauriers plantés et cultivés par les autres ; elle lui avait offert toutes les conditions exigées pour montrer en sa personne un exemple de fausse grandeur, à laquelle l'histoire ne pouvait opposer rien de semblable.

Lorsque César, suivant les traces de Pompée, arriva dans la rade d'Alexandrie, tout était fini. Il s'en retournait profondément agité, lorsque le meurtrier lui apporta à bord la tête de l'homme qui avait été son gendre et son collègue au pouvoir pendant tant d'années, et qu'il avait été chercher en Egypte pour le prendre vivant. Le poignard d'un assassin le dispensa de se demander ce qu'il aurait fait de Pompée captif; mais, tandis que la sympathie humaine, qui tenait encore sa place dans la grande âme de César à côté de l'ambition, lui ordonnait d'épargner son ancien ami, son intérêt demandait qu'il se débarrassât de Pompée autrement que par la main d'un assassin.

César, fidèle à la coutume d'organiser définitivement et immédiatement les choses en personne, et fermement convaincu qu'il n'avait à craindre de résistance ni de la garnison romaine ni de la cour, fort gêné d'argent, en outre, débarqua à Alexandrie avec deux légions fondues ensemble et dont l'effectif s'élevait à 3 200 hommes, plus 800 cavaliers celtes et germains. Il se logea au palais royal, et s'occupa de rassembler les sommes d'argent nécessaires et de régler la succession égyptienne. Le frère et la sœur reçurent l'ordre de suspendre immédiatement les hostilités, et on les invita à faire examiner leur différend en acceptant un arbitrage. Ils se soumirent; le royal enfant était déjà dans le palais et Cléopâtre s'y présenta également. César adjugea le royaume d'Egypte, conformément au testament d'Aulètes, au frère et à la sœur mariés, Cléopâtre et Ptolémée Denys.

Mais il se préparait une tempête. Alexandrie était une cité cosmopolite comme Rome, à peine inférieure à la capitale d'Italie, et bien supérieure à elle pour son activité commerciale, en industrie, en goût pour la science et pour l'art : parmi les citoyens il y avait un sentiment d'orgueil national très puissant. Ce fut avec une indignation croissante que les Egyptiens qui étaient dévots jusqu'à la superstition, et qui s'enorgueillissaient de la magnificence renommée de leur cour comme d'une possession personnelle, virent dépouiller les murs de leurs temples et la vaisselle de bois figurer sur la table de leur roi. Le tumulte du débarquement, quand la multitude vit les faisceaux romains transportés dans le vieux palais, et les nombreux assassinats de soldats dans la ville, avaient montré à César l'immense danger que lui faisait courir l'exiguïté de son armée en présence de cette multitude exaspérée; mais il était difficile de s'en retourner par suite des vents du nordest qui régnaient à cette époque de l'année, et les tentatives d'embarquement pouvaient devenir aisément un signal d'insurrection : en outre, ce n'était pas l'ordinaire de César de s'en aller sans avoir accompli son œuvre. Il fit venir en même temps des renforts d'Asie, et jusqu'au moment de leur arrivée, il affecta le plus grand calme. Jamais il n'y eut plus de gaîté dans son camp que durant ce repos d'Alexandrie, et tandis que la belle et habile Cléopâtre prodiguait ses coquetteries à tous et surtout à son juge, César semblait mettre au nombre de ses plus belles victoires celles qu'il remportait sur les femmes. C'était un prélude joyeux à un drame sérieux. Sous le commandement d'Achillus, et, comme on le prouva plus tard, par les ordres secrets du roi et de son intime, l'armée romaine d'occupation parut inopinément à Alexandrie, et dès que les citoyens virent qu'elle était venue attaquer César, ils firent cause commune avec les soldats.

César rassembla à la hâte ses soldats dispersés, s'empara du roi et de son ministre, se retrancha dans la résidence royale et dans le théâtre qui y était attenant, et donna des ordres, attendu que le temps manquait pour mettre en sûreté la flotte de guerre stationnée dans le port principal, devant le théâtre, pour qu'on y mît le feu. Dans le même temps, César ordonna au commandant de l'Asie Mineure ainsi que des contrées sujettes les plus rapprochées,

les Syriens et les Nabatccns, les Grétoifl Ct les Rhodiens, d'envoyer des troupes et des vaisseaux en toute hâte en Egypte. L'insurrection, à la tête de laquelle la princesse Arsinoë e1 son confident l'eunuque Ganymède s'étaient placés, se répandait pendant ce temps-là sur toute l'Egypte et dans la plus grande partie de la capitale.

Enfin, le secours longtemps attendu arriva. Mithridate de Pergame, habile général de l'école de Mithridate Eupator, dont il prétendait être le fils naturel, amena de Syrie une armée mélangée. Cette armée arriva par une suite de combats heureux, sur l'autre rive du Nil à Memphis. César, d'autre part, dès qu'il eut la nouvelle de l'arrivée des troupes de secours, transporta une partie de ses troupes par eau au bout du lac Marea, à l'ouest d'Alexandrie, et marcha autour du lac et le long du Nil pour rencontrer Mithridate remontant la rivière. La jonction eut lieu, sans que l'ennemi tentât de l'empêcher.

Alors César marcha sur le Delta, où le roi s'était retiré, renversa au premier choc, malgré le canal profond qui la couvrait, l'avant-garde égyptienne et emporta le camp égyptien lui-même.

Le sort de la ville, qui avait osé contrecarrer les plans du maître du monde, et qui avait failli les renverser, était entre les mains de César; mais il était trop homme d'Etat pour en avoir du ressentiment, et il traita les Alexandrins comme les Massaliotes. César désignant leur cité horriblement dévastée et privée de ses greniers à grain, de sa bibliothèque célèbre et d'autres édifices importants, à la suite de l'incendie de la flotte, exhorta les habitants à cultiver à l'avenir les arts et la paix et à guérir les blessures qu'ils s'étaient infligées à eux-mêmes. Cléopâtre et son jeune frère Ptolémée obtinrent la souveraineté de l'Egypte sous la suprématie de Rome.

Cette insurrection d'Alexandrie, quoique insignifiante en elle-même, eut cependant assez d'importance pour obliger l'homme tout-puissant, sans lequel rien ne pouvait s'accomplir et rien ne pouvait se résoudre, à négliger ses desseins ultérieurs depuis le mois d'octobre 706 jusqu'à celui de mars 707. Les conséquences

du gouvernement personnel commençaient à se faire sentir. On avait la monarchie; mais la plus extrême confusion régnait partout, et le monarque était absent.

Or la grande majorité des républicains comme des pompéiens s'était rendue en Afrique, où on pouvait seulement poursuivre une guerre honorable et constitutionnelle contre l'usurpateur.

Comme ni César ni aucun de ses lieutenants ne firent la moindre tentative contre l'Afrique, la coalition eut le temps d'y acquérir une complète organisation politique et militaire. D'abord il était nécessaire de remplir la place de commandant en chef laissée vide par la mort de Pompée. L'armée désirait avoir pour son chef le propréteur Marcus Caton. Mais le choix tomba enfin sur Scipion, et ce fut Caton lui-même qui provoqua cette décision.

Le sénat des « trois cents » se montra de nouveau auprès du nouveau général en chef. Il établit son siège à Utique, et remplit ses rangs éclaircis par l'admission des hommes les plus estimés et les plus riches de l'ordre équestre.

Les préparatifs de la guerre furent poussés, principalement par le zèle de Caton, avec la plus grande énergie et tous les hommes en état de porter les armes, même les affranchis et les Libyens, furent enrôlés dans les légions. Il faut encore y ajouter les 120 éléphants de Juba, et la flotte de 55 voiles commandée par Publius Varus et Marcus Octavius. L'absence de César, l'agitation des légions, les mouvements d'Espagne et d'Italie avaient peu à peu exalté les esprits, et le souvenir de la défaite de Pharsale commençait à faire place à de nouvelles espérances de victoire.

Il s'était, en effet, passé des événements inquiétants parmi les troupes que César avait fait rassembler dans l'Italie méridionale, afin de les embarquer avec lui pour l'Afrique. C'étaient pour la plupart les vieilles légions qui avaient fondé la domination de César en Gaule, en Espagne et en Thessalie. L'esprit de ces troupes n'avait pas gagné à la victoire, et avait été complètement troublé par un long repos dans l'Italie méridionale. Le travail presque surhumain que le général avait exigé d'eux, avait laissé

même chez ces hommes de fer un levain de rancune secrète. Lorsque les ordres d'embarquement pour la Sicile arrivèrent, les légions refusèrent d'obéir jusqu'à ce que les présenta qu'on leur avait promis fussent payés, repoussèrent avec mépris les ofïici» envoyés par César et leur jetèrent même des pierres. César parut subitement au milieu des bandes furieuses, en leur demandant ce qu'elles voulaient. Elles s'écrièrent qu'elles voulaient leur congé. En un moment on leur accorda ce qu'elles demandaient. Relativement aux présents qu'il avait promis à ses soldats à son triomphe, aussi bien qu'aux terres qu'il ne leur avait pas promises et qu'il leur destinait, César répondit qu'ils pourraient les demander le jour où lui et ses soldats triompheraient; ils ne pouvaient naturellement y participer, puisqu'ils avaient été congédiés auparavant. Honteux, comme hommes, de la fidélité avec laquelle le général tenait sa promesse à des soldats qui avaient trahi leur devoir et de sa générosité, émus, comme soldats, de la perspective qu'il leur offrait d'être des spectateurs civils du triomphe de leurs camarades, et de s'entendre appeler non plus « camarades » mais « citoyens », appellation qui semblait si étrange dans sa bouche et qui détruisait d'un seul coup tout l'orgueil de leur carrière militaire, enfin rentrant sous le charme d'un homme dont la présence avait une puissance irrésistible, les soldats restèrent muets pendant quelque temps; puis il s'éleva de toutes parts des cris qui demandaient au général de leur rendre sa faveur et de leur permettre de s'appeler de nouveau les soldats de César. César, après s'être fait prier un moment, accorda ce qu'on lui demandait; mais les chefs de la sédition furent privés du tiers de leurs présents triomphaux. L'histoire ne connaît pas de plus grand chef-d'œuvre de psychologie, et qui ait plus complètement réussi.

Cette sédition eut une influence fâcheuse sur la campagne d'Afrique, en ce sens au moins qu'elle en retarda l'ouverture. Lorsque César arriva au port de Lilybée où il devait s'embarquer, les dix légions destinées à l'Afrique étaient loin d'y être complètement rassemblées, et c'étaient les troupes les plus aguerries qui étaient restées en arrière. Il ne put débarquer, en Afrique, plus de 3 ooo hommes, qui étaient en grande partie des recrues, et 150 cavaliers.

César attendit donc l'arrivée des légions de vétérans. Sa situation était critique. Son armée était rassemblée sur un espace de deux lieues et demie carrées ; bien que la flotte apportât du blé, la cavalerie de César souffrait du manque de fourrage autant qu'en avait souffert celle de Pompée devant Dyrrachium. Les troupes légères de l'ennemi restèrent, malgré les efforts de César, si immensément supérieures aux siennes qu'il semblait impossible de poursuivre des opérations militaires dans l'intérieur, même avec des vétérans. Si Scipion se fût retiré et eût abandonné les villes de la côte, il eût pu remporter une victoire semblable à celle que le vizir d'Orodès avait remportée sur Crassus, et Juba sur Curion. Mais Scipion, le général en chef, décida que la guerre serait poursuivie dans les contrées de la côte. Or les procédés de terreur employés contre les communautés qui étaient simplement soupçonnées d'indifférence avaient poussé l'exaspération jusqu'à la haine la plus intense. Les villes d'Afrique se déclarèrent pour César, partout où elle purent le faire; la désertion se répandait parmi les Gétuliens et les Libyens qui servaient en nombre dans les troupes légères et même dans les légions. Mais Scipion, avec l'obstination qui caractérise la folie, persévéra dans son plan, partit avec toutes ses forces d'U tique pour paraître devant les villes de Ruspina et de Petite-Leptis occupées par César, munit Hadrumète au nord et Thapsus au midi (sur le promontoire Ras el Demas) de fortes garnisons.

Enfin César, après avoir été rejoint par les derniers renforts, fit un mouvement latéral vers Thapsus. Tout à coup, le long du rivage de la mer, et en face du camp de César, on vit paraître les légions de Scipion et de Juba. L'aile droite de César, en avant des autres divisions, effraya la ligne d'éléphants qui lui était opposée — et ce fut la dernière bataille dans laquelle on en employa — en leur jetant des balles et des flèches, en sorte qu'ils se retournèrent sur leurs propres rangs. La force défensive fut brisée, l'aile gauche de l'ennemi fut culbutée, et toute la ligne enfoncée. La masse de l'armée défaite jeta ses armes et demanda quartier; mais les soldats de César n'étaient plus ceux qui avaient consenti à ne pas combattre à Ilerda, et qui avaient honorablement épargné les vaincus. L'habitude de la guerre civile et la

rancune créée par l'insurrection montrèrent leur puissant C d'une manière terrible sur le champ de bataille de Thapsus. Les < inquante mille cadavres qui couvraient ce champ de bataille et parmi lesquels se trouvaient plusieurs officiers de César connus comme adversaires secrets de la nouvelle monarchie et tués pour cette raison par leurs propres soldats, montrèrent comment le soldat se faisait lui-même justice.

Caton repoussa avec indignation la demande que lui firent les soldats de les laisser mettre à mort les infidèles habitants d'Utique en masse, et aima mieux laisser tomber sans résistance le dernier boulevard des républicains que de souiller les derniers instants de la république par un pareil massacre. Après s'être convaincu qu'il ne pouvait plus rendre à personne aucun service, il pensa qu'il pouvait se démettre de son commandement, se retira dans son appartement, et se perça de son épée.

Le commandant en chef, Métellus Scipion, avec la flotte du parti vaincu, tomba au pouvoir des croiseurs de Sittius, et au moment où ils allaient mettre la main sur lui, il se donna la mort. Le roi Juba, qui était préparé aux circonstances, s'était résolu à mourir de la façon qui lui paraissait convenir à un roi, et avait dressé un immense bûcher sur le marché de la ville de Zama, avec l'intention de s'y brûler avec tous les trésors et les cadavres de tous les habitants de Zama. Mais ceux-ci se montrèrent fort peu disposés à servir de décoration au service funéraire du Sardanapale africain, et fermèrent les portes devant le roi, lorsque, fuyant le champ de bataille, il parut accompagné de Marcus Pétréius devant la ville. Ce souverain, qui était une de ces natures qui deviennent sauvages au milieu d'une vie d'éclat et de puissance insolente, et qui cherchait même dans la mort une fête enivrante, se rendit avec un compagnon à l'une de ses maisons de campagne, fit servir son copieux banquet, et à la fin de la fête défia Pétréius à mort dans un combat singulier. Ce fut le vainqueur de Catilina qui reçut la mort de la main du roi; alors ce dernier se fit donner la mort par un de ses esclaves.

La lutte que Pompée et les républicains avaient entreprise contre la monarchie de César se termina ainsi, après avoir duré

quatre ans, par la victoire complète de la nouvelle monarchie. La tradition républicaine qui durait sans interruption depuis cinq cents ans, était rompue, et la monarchie était établie dans toute l'étendue de l'empire romain par la légitimité du fait accompli.

C'en était fait du conflit constitutionnel, et le fait fut proclamé par Caton quand il se donna la mort à Utique. Pendant bien des années, il avait été le champion de la légitimité républicaine contre ses oppresseurs ; il avait continué ce rôle, alors même qu'il n'avait plus aucun espoir de succès. Mais, aujourd'hui, le conflit lui-même était devenu impossible; la république que Marcus Bru tus avait fondée était morte et ne devait plus revivre; que restait-il aux républicains à faire sur cette terre? Le trésor était enlevé; les sentinelles étaient donc relevées de leur garde; qui pouvait les blâmer de partir? Il y eut plus de noblesse, et surtout plus de jugement, dans la mort de Caton que dans sa vie. Caton n'était rien moins qu'un grand homme; mais avec toute cette étroitesse de vues, cette dureté, cette sèche prolixité, et ces phrases plus ou moins authentiques, qui ont fait de lui, de son temps et pour les siècles, l'idéal du républicanisme irréfléchi et le favori de tous ceux dont il est le hochet, c'était cependant le seul homme qui défendît honorablement et courageusement dans la dernière lutte le grand système condamné à mort. Justement par la raison que le mensonge le plus habile s'annihile devant la simple vérité, et parce que toute la dignité et la gloire de la nature humaine dépendent, en dernière analyse, non de l'habileté mais de l'honnêteté, Caton a joué un plus grand rôle dans l'histoire que bien des hommes supérieurs à lui par l'intelligence. La signification profonde et tragique de sa mort est plutôt relevée qu'amoindrie, par le fait qu'il était un insensé : c'est précisément parce que don Quichotte est fou qu'il est une figure tragique. C'est un événement frappant que, dans ce drame de l'histoire du monde, où tant de sages et de héros avaient joué un rôle, l'épilogue dût être prononcé par un insensé.

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