RUE DK LA VICOMTE
PKEFACK.
|Bs historiens de Rouen, et, à leur Il tête Farin, le plus instruitde tous, se ysont occupés presquecxclusivement ^des classes privilégiées , du clergé et !kde la noblesse. Sans doute, ces deux '^ordres ont Joué un grand rAle. Le clei^é , même en faisant abstraction du caractère sacré que lui imprime la religioa , a rempli une mission de paix au milieu des bouleversemens des temps barbares et féodaux ; il a été long-temps le seul dépositaire de la science. La noblesse a eu la gloire des armes ; les barons normands ont triomphé à Hastings, conquis l'Angleterre et les Deux-Siciies , et fiiit flotter sur les murs d'Anlioche le drapeau rouge aux trois lions. C'est en parlant d'eux , surtout , que Guillaume do Poitiers a dit : ti Les Normands possèdent la Pouiile ; ils ont vaincu la
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Sicile , ils défendent Constantinople , font trembler Babylone , et l'Angleterre tout entière est à leurs pieds', o La féodalité, même dans sa rudesse et sa férocité, séduit l'imagination par un éclat pittoresque et par de grands caractères , que fortifiaient encore l'isolement des châteaux et Thabitude de ne compter que sur Dieu et sur son épée. En un mot , le clergé et la noblesse ont mérité une large place dans Thistoire , et ils Pont obtcnue. Le tiers-état a été moins heureux : vainement les bourgeois du moyen-âge ont créé , avec l'industrie , la richesse mobilière , renouvelé , par la hardiesse de leurs entreprises, le commerce maritime des temps anciens , et préparé l'émancipation de la partie la plus nombreuse du genre humain , qu'ils ont fait passer du servage à la liberté civile , et, plus tard , à la puissance politique ; nos anciens historiens les ont condamnés à l'oubli. C'est a réparer cette injustice que je m'attache pour la ville de Rouen. Exposer , dans un ordre chronologique , les progrès les bourgeois de cette ville , l'origine de leurs libertés et leurs conquêtes dans l'ordre civil et politique, voilà mon but ; m'appuyer constamment sur les titres authentiques conservés dans nos archives , et les expliquer par les chroniques , voilà ma méthode.
Les conquêtes progressives du peuple ne se sont pas accomplies sans combats. En présence des bourgeois , qui , pour la première fois , revêtaient la cotte de mailles et tendaient les chaînes de leurs rues , s'élevaient les
' « Normanni possident Apuliiim, devicére Siciliam, propugnant Constantinopolini , ingerunt nietuni Dabyioni ; anglica terra tota se coriim pcdibus laeta prostcrnit. » GuiU. Pictav. , apiid Diichesnc, Histor. normann. script, y p. 207.
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classes privilégiées , avec leurs droits acquis et une possession Jusqu'alors incontestée. Pour triompher de cette opposition , it fallut une lutte acliarnée. L'histoire que je publie n'est autre chose que le récit des combats et des victoires de la bourgeoisie. Ces luttes , Je ne me le dissimule pas, sont loin d'avoir l'éclat et la grandeur des guerres féodales ; on y trouve k peine quelques noms échappés k l'oubli , sans pliysionomies nettement dessinées, sans caractères fortement tracés, li^t, cependant , Je dirai avec l'historien qui le premier a donné l'essor aux études sur les Communes du moyenâge ' : u Je ne puis regarder avec indilTérence ce peu de noms et cette courte histoire , seul monument d'une révolution qui est loin do nous, il est vrai, mais qui lit battre de nobles cœurs, et excita de grandes émotions. D Je ne chercherai pas ii nier que j'ai raconté les luttes communales avec sympathie pour ces hommes qui, partis d'une position si humble, devinrent leségaux de leurs anciens maîtres ; mais j'ai la conscience que eu sentiment ne m'a jamais fait altérer la vérité, premier devoir de l'historien,
Ce tut surtout le clergé que combattirent les bourgeois de Rouen , mais ils n'attaquaient pas en lui rordri^ sacerdotal , dépositaire des vérités religieuses. C'était la classe privilégiée , investie de pouvoirs féodaux, qu'ils combattaient. Jamais les principesdcla religion ne furent mis en cause dans ces querelles toutes temporelles. Il s'agissait, tantôt du droit d'asile, tantôt de la juridiction contestée d'un quartier, tantôt d'un marché privilégié établi
Aiig- Tliiurj , Letlns si
ï rie France, p. 3W.
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par le chapitre. Que si, par leur natare» ces querelles paraissaient puériles et indignes d'un récit étendu et sérieux , je répondrais qu'au fond , dans toutes ces luttes , il s'agit de rafrranchissement du peuple. La question peut se poser en ces termes : tous les avantages sociaux resteront-ils le partage de quelques privilégiés , ou les classes laborieuses pourrdnt^elles arriver aux droits civils et à la puissance politique ? Ainsi considérées , ces querelles nous apparaissent dans toute leur importance , et on apprécie avec plus de justice les études détaillées sur les Communes du moyen-âge. D'ailleurs , il ne fkut pas se hâter de condamner ce qu'on appelle si légèrement des minuties indignés de l'histoire. Un de nos vieux écrivains normands a cité quelques paroles de Henri IV , pour répondre à ce reproche que les beaux esprits ont adressé, de tout temps, à l'histoire sérieuse et consciencieuse. On disait 9 en présence de ce prince doué d'un esprit si» judicieux 9 que Ton remplissait souvent les histoires de choses inutiles et frivoles : a ne le prenez pas là , répondit le roi ; car on écrit plusieurs choses qui, lorsqu'elles sont écrites , semblent n'être pas à propos, et quelquefois ridicules ; mais un temps viendra qu'on les jugera nécessaires, et serviront de décision et d'exemple à plusieurs difficultés auxquelles on ne piensait point quand on les a écrites ' . »
On me permettra d'ajouter à cette apologie de mon sujet et dès détails où il m'a entrât né, quelques mots sur le plan que j'ai suivi. L'histoire de la Commune de Rouen ne commence réellement qu'au xii** siècle ;
' Pomnieraye , Hist. de r Abbaye de Si-Ouen , Préface.