‹ Histoire de Rouen pendant l'époque communale 1150-1382 (volume 2)Chapitre 2 sur 188 · PRÉFACE. T · texte numérisé non relu

PRÉFACE. T

mais la Imurgeoisie rouennai^ parait dans l'histoire ioog-teiDps avant répoqiifê où la eonëtitution commu-^ nale lui donne plus d'unité et de puissance. J'ai cherché à réunir, dans une introduction , les faits peu nombren et.dihpersésdansles chroniquies , qui donnent une idée de la situation des Roueniiais avant le XiV siècle^ La condition de la boui^eoisie est triste dansées temps reculés. Au milieu des ruines dePempire romain., il nç reste debout que deux puissances , le prêtre et le guerrier barbare. Le prôtre^quîcommande parla parole et Taseendant moral , prend le vaincu sous sa protection « lui ouvre un asile dans Téglise , et rélève parfois aux dignités sacerdotales. Le guerrier franc, dominant par la force brutale, sans pitié pour le malheureux serf courbé sur le sillon « ne s'arrête que devant Tétole vénérée du prêtre. Quelques scènes de violences barbares, quelques grands caractères d'évéques, protecteurs du peuple, voilà tout ce que Thlstoire de Rouen présente dans les premiers temps. La basilique métropolitaine, la royale abbaye de Saint4^ierre (plus tard Saint-Ouën) , les grossières métairies des Francs, les pauvres masures des serfs et des gens de métier , sont alors les seuls monumens de notre ville. La misère du peuple augmente encore , lorsque le guerrier et le prêtre se confondent , lorsque l'invasion de la féodalité dans l'église, déjà tentée sous Charles Martel, se réalise au x^ siècle après la conquête des Normands. Heureusement , l'ordre établi par Guillaumele-Conquérant , la prospérité du commerce et la richesse des bourgeois, qui en furent le résultat , donnèrent à la classe inférieure, jusqu'alors si méprisée, le sentiment de sa force et de ses destinées futures. A partir de cette

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époque, elle ne figure plus dans Fhistoire «uniquement comme le Jouet de la tyrannie féodale. Ses efforts pour s*affranchir d'un Joug odieux attestent , même lorsqu'ils sont impuissans, son énergie et sa ferme résolution pour la défense de ses droits. Le gouvernement vigoureux et sage de Henri Beau-Clerc répare les «naux qu'avait causés la Daiblesse de Robert Courte^Heuse ; il rend à la bourgeoisie le calme et la prospérité. Après la jnort de Henri , les Rouennais, menacés de nouveau par la violence féodale , chercbent leur force dans Tunion , et forment une association ou Commune 4 dont ils jurent de défendre les franchises.

C'est vers 1150 que commence Thistôire de la Commune de Rouen; elle s'étend Jinqu'en 1382. Cet intervalle peut se diviser en deux époques, Tune de 11 50 à 1321, l'autre de 1321 à 1382. Dans la première époque , la Commune, préparée, depuislin siècle , par les progrès du commerce et des corporations industrielles , s'impose à Mathiide , fille de Henri 1, à son mari et à son fils, Geoffroi et Henri Plantagenèt; elle les force de reconnaître et sanctionner ses privilèges par une charte formelle. Pendant plus d'un siècle, les bourgeois combattent les prérogatives féodales, luttent contre les droits exorbitans des chanoines et des moines de S.-Ouën , rachètent les monopoles que les ducs de Normandie avaient établis dans Rouen pour leurs pannetiers , bouteillers et autres ofiiciers féodaux. Ils deviennent propriétaires des halles , des quais , des marchés , obtiennent de grands privilèges de commerce et une juridiction spéciale pour les bourgeois en matière civile et commerciale , enfin , on^anisent une administration municipale ,

l'RÉb'ACt.

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à II t6te de laquelle sont placés le maire et les cent pairs, lii Commune est long-temps favorisée par les rois, qui l'opposent à l'aristocratie féodale; mais l'hilippe-le- Bel veut opprimer la bourgeoisie comme les grands ; il viole les Tranctiises de la Commune en levant des impAts qu'elle n'a pa> votés, et, lorsqu'elle veut résister, il liii fait durement sentir sa supériorité , la livre aux exactions de sesoflicicrs du lise , supprime temporairement son administration, et ne la rétablit qu'en faisant payer chércmentrelte faveur. Là commence, entre la Commune et le pouvoir royal, une division qui deviendra plus lard une lulte déclarée, et sera funeste à tous deux. Pendant ce temps , une révolution intérieure s'accomplissait dans la Commune. Jusqu'au commencement du \tv' siècle, la petite bourgeoisie était restée tout-à-fait étrangère à l'administration municipale. Les cent pairs Hormaient une aristocratie jalouse de ses droits, qui nommait les maires , réglait les affaires intérieures de la <ûté, et refusait du comniuniquer au peuple l'état des Unances municipales et les comptes de l'administration. U masse des bourgeois supporta lon^-temps cette tyruonie; elle avait besoin d'une organisation forte et compacte pour combattre ses ennemis ; les pairs étaient toujours sur la brècbe, et leur pouvoir était acbeté par de ptïnibles épreuves. Mais il arriva un moment oij la patience du peuple s'épuisa ; il accusa les pairs de malversation dans l'administration financière, et porta ses plaintes jusqu'au roi. Des commissaires royaux furent envoyés en 1320, et rendirent, au commencement de l'aonée suivante , une ordonnance qui établissait sur des bases plus démocratiques l'administration communale.

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Avec la nouvelle constitution de 1^1 , commeiice la seconde époque de Thistoire de la GommttBe ; elle enibrasse presque tout le niV siècle. Malgré les dissensions qui se manifestent souvent encore au sein de la cité , la bourgeoisie est alors dans toute sa pttteance. L^or* ganisation plus démocratique de la Gommne y entretient une vie active et énergique ; eUéî triomphe des corporations rivales , se signale par la liârdiesse de ses entreprises commerciales, et, associée aux Dieppois, fonde des colonies Jusque sur les côtes de Guinée. Le commerce intérieur, exercé par les corporations et soumis à une organisation hiérarchique qui présente les vices comme les avantages du monopole , le com-merce est alors dans tout son éclat. Cette prospérité enivre la bourgeoisie. E^le ne se contente plus d'une lutte régulière et légale contre les ofUciers royaux ; elle aspife à un rôle plus éclatant et plus dangereux. Ei^couragée par la faiblesse et l'incapacité des premiers Valois , et aussi par l'exemple de la Commune de Paris , elle prend parti dans les querelles des princes. Elle se laisse séduire par un ambitieux , Charles-le-Mauvais , roi de Navarre , et elle est quelque temps en proie à l'esprit de faction et d'émeute. Heureusement , le bon sens naturel à la population normande et l'intérêt du commerce compromis par la guerre civile , ramènent les Rouennais dans une voie meilleure. Ils se rallient à Charles Y , et jouissent, sous le gouvernement de ce sage monarque, de la plus grande prospérité. Mais , après la mort de ce prince , les violences démagogiques recommencent. Provoquées par les abus d'un pouvoir avide et despotique , elles sont cruellement punies La royauté , un instant

inéoonnqe et outragée. dans (a sédition de la Ha^reUe i

eo 1382 , se venge en supprimant \Sk Commume. , ËIIq

brise la première forme ^e la puissance popi|)aire imm

éilB ne peut^riiire le tiers-état , qui j^or tira J^ept6t

vainqueur d^ oett^ toi^nble épywye ^ et se préparera à

soutenir de çoiiM^lle^ luttesy.Pious nç su|¥^pn^ pa^ ,4an^

cet ouvrage 9 rb^toîre de la bourgeoisie rouçnn§ise à

traversées dlv^csus ph^^ses politiques et administratives;

nous nous ^rrètftroiis^ la suppres»on de la Çonimune

en 1382.

Ce4te histoire ^'appuie presque exclusivement s^r desdocumens inédits; enfermés dans nos; archives , et inaccessibles par leur nature à la plupart des lecteurs. Me borner à les analyser , c'était m'exposer à les présenter sous un aspect incomplet et peut-être infidèle , en omettant ce qui , pour un autre , aura une importance que je n'aurais pas soupçonnée. 11 fallait donc avancer des assertions sans preuves , ou publier , comme Pièces justificatives , les plus importans de ces documens. J'ai adopté ce dernier parti , et, en cela, je n'ai fait que suivre l'exemple donné par Pommeraye, par les auteurs du tome xi du Gallia christiana , et par beaucoup d'historiens sérieux des époques antérieures et de nos jours. Comme eux , je me suis conformé à l'orthographe généralement admise pour les mots latins. L'érudition moderne peut avoir d'excellentes raisons pour s'en écarter, mais elles ne m'ont pas convaincu, et^ à mon avis , l'application rigoureuse des nouveaux principes aurait de fâcheuses conséquences.

Je ne terminerai pas cet avertissement sans remercier les personnes dont les conseils m'ont soutenu dans mon

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