CHAPITRE ONZIÈME
De Ferrières,etc., persista dans sa conduite à l'égard du chapitre. II prétendait exercer sa juridiction dans la plupart des lieux protégés jusqu'alors par les immunités ecclésiastiques. Il fit arrêter, entre autres, les habitans d'une maison située sur la place de la Calende, et regardée comme une dépendance du chapitre. Il ne respecta pas davantage un manoir situé rue de la Chaîne , et protégé jusqu'alors par le privilège de l'église. Les chanoines , exaspérés , résolurent d'avoir recours aux derniers moyens, et lancèrent une sentence d'excommunication, non plus générale comme au xii* siècle : ils avaient reconnu qu'en sévissant ainsi contre la masse, ils n'atteignaient pas le but, et ne faisaient que resserrer les liens qui unissaient leurs ennemis. Aussi s'attaquèrent-ils individuellement et nominativement au maire et à un certain nombre de pairs. La formule d'un des monitoires qui précédèrent l'excommunication, est parvenue jusqu'à nous, et elle est trop importante pour que nous n'en donnions pas la traduction. « Maître H. Martel, clerc, chanoine, délégué par vénérables et discrètes personnes les doyens et chanoines de Rouen , à vénérable et discrète personne le doyen de l'église de la bienheureuse Marie-la-Ronde , de Rouen, salut dans le Seigneur : Le souverain pontife a , par un privilège spécial, accordé aux doyen et chapitre,
ainsi qu'à l'église de Rouea, l'autorité apostolique nécessaire pour excommunier, après monitoire, ceux qui auraient attenté aux biens ou aux personnes de la dite église, et faire publier l'excommunication j jusqu'à ce qu'ils aient obtenu complète satisfaction. Et les doyen et chanoines nous ont transmis , sous ce rapport , leurs pouvoirs. Or , le maire de Rouen , du consentement des pairs ou échevins , et même après en avoir mûrement délibéré avec eux, a exercé sa justice dans plusieurs maisons qui appartiennent aux doyen et chapitre , et sont exemptes de la puissance temporelle. L'une est située près de la placé où l'on vend les œufs et le fromage , et touche aux bâtimens de la bienheureuse Marie-Madeleine de Rouen ' ; l'autre est située rue de la Chaîne , et dépend de notre manoir habité par vénérable et discrète personne , maître Jean deBulys, notre confrère. Malgré l'opposition et les privilèges du chapitre , le maire a fait saisir le mobilier de ses maisons, et arrêter les habitans, qui ont été conduits dans sa prison , et il les y retient encore au détriment des doyen et chapitre, et de l'église; il les a ainsi injustement molestés et vexés dans leurs biens et leurs hommes , fait tellement notoire et manifeste, qu'aucune tergiversation ne peut le dissimuler. Les doyen et chanoines
' La Madeleine était alors sur la place de la Calende.