‹ Histoire de Rouen pendant l'époque communale 1150-1382 (volume 2)Chapitre 111 sur 188 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

mune, était conçu en termes menaçants. « Les Kouennais , disait le Parlement , avaient commis un . forfait horrible, en attaquant les gens du seigneur roi y qui siégeaient au château en plein Échiquier. Le roi, pour les punir , avait supprimé la commune, et autorisé les marchands de tous les pays à remonter et descendre la Seine avec leurs denrées , passer sous le pont de Rouen, charger et décharger leurs marchandises dans la ville, vendre et acheter à Rouen , sans que les habitants de cette -ville pussent s'y opposer. Il avait adopté ces mesures pour les punir de leur forfaiture et dans l'intérêt général du royaume. Le seigneur roi avait cependant l'intention de rendre aux Rouennais leur commune, mais après avoir enlevé de leurs chartes certains privilèges intolérables ; il devait indiquer, au prochain Échiquier , les conditions auxquelles les Rouennais pourraient recouvrer leur commune ', » Ces promesses n'étaient nullement rassurantes , et, en effet, lorsqu'en 1294 9 la bourgeoisie obtint le rétablissement de la commune^ elle ne recouvra pas tous ses privilèges. Elle perdit, entr.e autres, un de ses droits les plus importans, celui de navigation exclusive sur la Basse-Seine. Philippe déclara qu'à l'avenir tous les marchands pourraient libre-

' O/l/îi, II, 356-357.

ment descendre et remonter le fleuve ' , et priva ainsi les habitans d'un de leurs revenus les plus considérables.

Cette commune, que Philippe rendait aux Rouennais incomplète et mutilée , il avait fallu l'acheter à grand prix. L'aristocratie municipale avait promis au roi douze mille livres parisis pour recouvrer son ancienne organisation ; mais elle n^avait pas consulté les classes inférieures sur lesquelles devait peser l'impôt* ; aussi refusèrent-elles de le payer , déclarant que le maire et les pairs n'avaient pu rien conclure sans leur assentiment. Les plaintes du peuple furent portées à Philippe-le-Bel. Quant aux pairs 9 ils soutinrent que, dans une question semblable, l'assentiment général de la bourgeoisie n'était pas nécessaire. Mais les réclamations du peuple ne portaient pas seulement sur l'illégalité de l'impôt; il prétendait que la répartition avait été mal faite, qu'on avait grevé les pauvres et épargné les riches. Philippe saisit avec empressement cette occasion d'attribuer à la royauté un droit dont l'aristocratie municipale avait abusé. Il annula l'assise établie par les pairs , et déclara qu'il enverrait des

' Archives municipales, reg. °, f* 10 verso.

' « De praedicto statu recuperando cnm communi praedicto nou iractaverant. » Charte de Philippe-le-Bel , Archives du royaume» a rt. 213, ii°. 8.

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