‹ Histoire de Rouen pendant l'époque communale 1150-1382 (volume 2)Chapitre 116 sur 188 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

expulsait cette nation abhorrée. Le vaste terrain , qu'elle occupait sous le nom de clos aux Juifs , fut confisqué par le roi et vendu aux enchères. La ville l'acquit , moyennant une rente de 3oo livres tournois 9 payable en deux termes, à l'Echiquier de Pâques , et à celui de la Saint-Michel ' . Ce terrain resta sans destination utile jusqu'au xv* siècle; on y transféra, alors, le marché qui se tenait sur la place de la Cathédrale ; puis on y construisit une vaste salle qui devait servir de parloir aux bour-^ geois; enfin , on y éleva l'édifice, à la fois imposant et gracieux, où siégèrent l'Échiquier perpétuel, et plus tard le Parlement de Normandie.

C'était au mois de février i3o7 , que la ville de Rouen achetait le clos aux Juifs. Deux ans plus tard , en octobre i Sog, elle obtenait , moyennant de nouveaux sacrifices pécuniaires , la restitution d'un des droits les plus lucratifs qu'elle eût jamais exercés. Elle accorda à Philippe un subside de trente mille livres pour le mariage de sa fille , Isabelle de France , avec Edouard II, roi d'Angleterre, et renonça à une créance de dix mille livres que Philippe-le-Bel reconnaissait devoir à la ville de Rouen. En compensation de ce sacrifice, elle obtint une charte qui lui rendait le droit de percevoir le

• Archives municipales, tir. 642, reg. T. —Voyez, aux Pièces justificatiyes, l'extrait du contrat.

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péage du pont comme au temps des ducs de Normandie ' . C'était rendre aux bourgeois le monopole du commerce de la Basse-Seine. La même année y Philippe-le-Bel confirma , sans aucune restriction, la charte de Philippe-Auguste ( 1 207 ) ^ , qui reconnaissait la commune et en étendait les privilèges ; et celle de Philippe III ( 1 378 ) , qui déterminait les limites respectives de la juridiction du maire et du bailli^. Outre les sacrifices par lesquels la commune achetait d'un roi avide le rétablissement de ses privilèges^ elle avait soin de s'assurer , par des concessions importantes, la faveur des principaux ministres. Le plus puissant était le Normand Enguerrand de Marigny. Le maire, les pairs et les jurés de la commune de Rouen lui accordèrent le libre passage, sous le pont de cette ville, pour toutes les denrées qui venaient de ses domaines ou qu'on y transportait ^.

Ainsi, la commune sortait encore une fois victorieuse d'une crise qui avait failli entraîner sa ruine. A l'intérieur, elle continuait d'étendre sa juridiction. L'administrateur de l'hôpital, situé, alors, rue

• ArcbÎTes municipales , tir. 178, !. — Archiv. du roy-, reg. 41, acte 150. — Ordonn, des rois de France , XI, 420.

^ Archives municipales, reg. H, f* 46 verso.

3 Ibidem^ f* 9. — Ordonn. des rois de France, I, 470.

4 Archives du roy., reg. 49, acte 250.

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