CHAPITRE DOUZIÈME
nécessité même de la lutte atteste les atteintes portées aux privilèges de la commune. Tous ses droits étaient mis en question ; tantôt les officiers royaux venaient dresser les rôles des tailles et des aides , et enlever à la commune la perception des impôts de commerce ou de hanse; tantôt les suppôts de l'Université signifiaient aux bourgeois l'ordre de comparaître devant un tribunal situé à Paris ; tantôt , enfin , des marchands étrangers descendaient ou remontaient la Seine , et , la charte royale à la main j demandaient le passage du pont de Rouen 9 sans payer les droits exigés jadis par la ville. Cette époque fut donc réellement un temps de crise pour la commune qui paraissait sur le point de succomber. A ces calamités politiques, il faut encore ajouter une famine qui, en i3o4j désola toute la Normandie, et en particulier la ville de Rouen '•
Elle se releva , cependant , cette ville si rudement éprouvée, et, à partir de cette même année 1 3o4 , reconquit presque tous les droits qu'elle avait perdus. C'était l'époque où Philippe, en lutte avec les communes de Flandre et la papauté, sentait la nécessité de se concilier les villes de France.
' Chron. mscr. triplex et unum , f* 173. — Voyez, aux Pièce* jastiflcatiyes, les yers français d'un moine de cette époque sur la famine de 1304.
Gandy Bruges, et les puissantes communes de la Flandre, avaient défait la chevalerie française dans les plaines de Courtray ; il n'eût pas été prudent de provoquer en ce moment la résistance des cités de l'intérieur. Philippe se rapprocha d'elles, et spécialement de Rouen. Ses officiers levaient un droit sur tous les vins qu'on débarquait dans cette ville , même pour l'usage des habitans. Sur la réclamation des bourgeois, Philippe fît de nouveau examiner leurs chartes et les registres de la vicomte de l'eau de Rouen ' , et reconnut que lesRouennais ne devaient aucun péage pour les vins destinés à leur usage et apportés par mer. Il défendit, en conséquence , à son bailli et aux autres officiers de rien prélever dans ce cas , tout en maintenant l'impôt sur les vins en transit , ou apportés par d'autres que des bourgeois^.
Peu de temps après, Plïilippe-le-Bel chassa les juifs de toute la France. Quelque fût le mobile de cette mesure , elle fut accueillie avec plaisir par la population rouennaise. Nous avons déjà vu antérieurement combien les juifs étaient détestés à Rouen, et on y dut applaudir à une mesure qui
' « Visis etiam litteris et prîvilegiis eorura et registris uostri Tice-comitati\s aquae Rothomagensis.u Charte de Philippe IV,
reg. A, f« 231 , recto.
' Voyez la charte, aux Pièces justificatives.