‹ Histoire de Rouen pendant l'époque communale 1150-1382 (volume 2)Chapitre 119 sur 188 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

oublié entièrement sa patrie. Enguerrand de Marigny fît élever en Normandie plusieurs monumens célèbres; il construisit, entr'autres, le grand escalier de pierre qui conduisait, du pied de la côte Sainte- Catherine, au monastère élevé sur le sommet de la colline, ouvrage d'une grande magnificence, dit un des historiens de Rouen '. Mais ces monumens, quelque splendides qu'on les suppose, ne pouvaient compenser, pour les Rouennais , la perte ou la diminution de leurs privilèges. Aussi la mort du roi et la disgrâce du ministre furent-elles accueillies avec un sentiment de joie par les Normands. Us se hâtèrent de profiter de la réaction qui s'opéra alors dans le gouvernement. Pendant que les anciens ministres de Philippe-le-Bel étaient proscrits , la féodalité et les communes réclamaient l'extension de leurs libertés. La Normandie obtint la célèbre Charte aux Normands j qui, en confirmant les franchises de la province ^ l'exemptait spécialement de toute juridiction étrangère ^. Quoique cette concession eût un caractère général, elle flatta tellement l'amour-propre des Rouennais^

■ a Ingentis maguiflcentiie opus.» Ddamare , Chronologia Ro» tkomag, Ann. 1310.

» Ordonn. des rois de France, — Hist, de la charte aux Normands , par M. Floquet. {Précis des travaux de l'Académie de Rouen j 1842.)

qu'ils la firent confirmer par les rois postérieurs, en même temps que leurs anciens privilèges, et en firent multiplier les copies certifiées, pour les opposer aux prétentions de l'Université et du Parlement de Paris '.

Cependant, quelqu'importante que fut cette charte, elle ne résolvait pas toutes les questions litigieuses. On contestait toujours aux Rouennais le droit exclusif de naviguer sur la Basse-Seine. Les marchands de Paris et de plusieurs autres villes, qui avaient, pendant quelque temps (1292-1 809), joui de la libre navigation de ce fleuve, attaquaient avec acharnement le monopole des Rouennais. Les bourgeois de Caen portèrent la cause devant le Parlement de Paris, malgré la charte qui venait d'exempter les Rouennais de toute juridiction étrangère à la province. Le Parlement rendit, en i3i5, le jeudi avant la Pentecôte, un arrêt qui déclarait que la navigation de la Basse-Seine devait être libre ', Les Rouennais en appelèrent au roi, en invoquant la charte par laquelle lui-même venait de prendre sous 'sa protection les privilèges des Normands. Mais les Parisiens , s'unissant aux bourgeois de Caen, employèrent l'argument le plus décisif auprès de ce roi non moins

■ ArchÎTes municipales, tir. I-I, 9-4, 10-12. ' Ibidem. Reg. B, f° 164 et suiv.

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