‹ Histoire de Rouen pendant l'époque communale 1150-1382 (volume 2)Chapitre 14 sur 188 · XXX ROUEN · texte numérisé non relu

XXX ROUEN

sanctuaire les habitudes guerrières et la brutale violence des barbares, ne pouvaient plus être , comme les anciens évêques , les protecteurs des

classes opprimées. Heureusement pour le peuple et pour l'église , l'ordre se rétablit après la mort de Charles Martel.

Sous Pepin-le-Bref , le siège archiépiscopal de Rouen fut occupé par Grimon, qui remit «en vigueur la discipline ecclésiastique , et resserra les liens qui xmissaient son diocèse à l'église de Rome. Cet évêque fut, en effet, un des trois prélats auxquels le pape Zacharie envoya le palliuniy signe de la dignité archiépiscopale et d'une union plus étroite avec le saint siège. Le successeur de Grimon , Ragenfred , était un des clercs séculiers qui avaient scandalisé la Gaule sous Charles Martel ; mais ce fut en vain qu'il tenta de rétablir la tyrannie sous laquelle avait gémi l'église de Rouen. Le clergé de cette ville s'adressa à Pepin-le-Bref, qui fit droit à ses plaintes'. Ragenfred fut déposé et remplacé par Remy, frère du roi des Francs. L'ordre se rétablit alors et continua de régner sous Charle-

* Chronic. Fontanell., ap. Dachery , et ap. Script, rer. gallic, V,314.

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magne. Grâce aux inspections fréquentes des envoyés royaux (mîssi domînici), les évêques et les comtes exercèrent avec zèle les fonctions qui leur étaient confiées. Charlemagne visita lui-même plusieurs fois la ville de Rouen. Il y célébra les fêtes de Pâques , en 768 ' . Dans un voyage qu'il entreprit, en 800, pour visiter les côtes de l'Océan , il passa encore par Rouen * , et y reçut un envoyé de son fils '. En 8oa , l'archevêque de cette ville, Magenard, ou Mainard,fut un desmîssi chargés de visiter les provinces qui correspondent à la Normandie et au Maine*. Enfin , la ville de Rouen est citée parmi les vingt et une métropoles auxquelles Charlemagne fit un legs par son testament ^ . Si ce règne glorieusement rempli est presque entièrement stérile pour notre histoire locale, il ne faut pas s*en plaindre.

' Eginhardi Annales , ap. Script, rer. gall. , V, 200. — Annales Francorum , ibid., 36.

' Annales Francor. , ibid. , 52. — Eginh. Ann. , ibid. , 214. — Astronom. , Vita Ludovici pii , ibid., VI , 91. — Annal, metenses, ibid. , 349.

' Gapitularia Car. magni , ibid. , 661.

4 Eginh. vita Caroli magni , ibid. , 102. — Mariani chron. , ibid. , 370. — Chron. Virdun. , ibid. , 372.

^ Astronom., Vita Ludovici pii , ap. Script, rer. gall., VI , 102. — Eginh. Annal., ibid. , 178. — Gesta Ludovici pii , 143.

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L'histoire, comme on Ta remai*qué9 n'enregistre guère que les calamités du genre humain. Rouen ne sortira que trop tôt de cette heureuse obscurité.

Le règne de Louis -le -Débonnaire, quoique déjà agité par de funestes discordes , n'apporta pas encore de changement notable dans la situation de notre ville. Le nouvel empereur la visita plusieurs fois. Il la traversa en 8 1 8 , lorsqu'après la mort de l'impératrice Hermengarde , il se rendit à Aix-la-Chapelle '. Il y vint encore, en 824, et y reçut le patriarche de Grado et les ambassadeurs de l'empereur grec Michel. Le séjour de l'empereur à Rouen dut se prolonger assez longtemps , puisque des négociations s'engagèrent , et sur les traités avec les Grecs , et sur la question du culte des images • . Au commencement du règne de Louis-le-Débonnaire , les inspections des missi se firent encore avec régularité, et maintinrent la tranquillité dans les villes au milieu des secousses qui ébranlaient l'empire. Ainsi , en 822, Willebert , archevêque de Rouen, fut chargé des fonctions de missusyaiyec le comte

» Eginh. Annal., ap. Script, rer. gall., VI , 185. ' Idem , ibid., 435.

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Ingobert. Quelques années auparavant , Rouen avait vu arriver dans ses murs un illustre exilé : Bera, comte de Barcelonne, accusé de trahison, en 8ao > avait demandé le jugement de Dieu ; vaincu dans le combat, il avait été condamné à mort j comme convaincu du crime qu'on lui reprochait L'empereur commua sa peine en un exil à Rouen'. Après la mort de Louis-le-Débonnaire, en 84o, ses fils ensanglantèrent l'empire par des guerres civiles. Rouen vit Lothaire fuyant devant Charles; les vingt-huit navires que ce dernier trouva près de la ville, et dont il se servit pour transporter son armée , attestent l'importance du port de Rouen*.

Ces faits ^ que nous trouvons épars dans les chroniques, ne sont que l'histoire extérieure de cette ville. Nous voyons quelques personnages illustres la traverser; mais, quant à l'état du peuple, nous l'ignorons entièrement. Lorsque l'histoire parle de Rouen d'une manière plus précise, c'est pour nous montrer cette ville en proie aux ravages et aux incendies. En effet,

' Âstron. vita Ludovic! pii , ibid. » 103. — Gesta Ludov. pii , ibid. , 145. — Eginh. Annal., ibid., 179.

> Nithardi histor., ibid., VIIl , 19.

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pendant que le pouvoir central s'affaiblissait ^ que les grands et les évéque^, réunis à Pitres ,« délibéraient vainement sur les moyens de sauverle royaume, on vit des pirates remonter la Seine sur leurs barques légères , incendier les villes, égorger les habitans et porter la désolation dans les campagnes. Les moines fuyaient , emportant les corps des saints ; ce fut ainsi que les bénédictins de Saint-Ouen transportèrent dans le nord de la France les reliques de leur patron '. Pour avoir une idée des calamités de cette époque , il suffit de relater les nombreux incendies qui signalèrent à Rouen le passage des pirates. Une première troupe de Scandi*naves, conduite par Oscher ou Ogier-le-Danois, brûle la ville en 84 1 '. En 846, les pirates abordent de nouveau à Rouen , conduits par le terrible Raghenar-Lodbrog , et ravagent les bords de la Seine jusqu'à Paris ^. Nous les voyons reparaître en 85o et 85 1 , et détruire les maisons

' a Corpus s. Audoenitranslatum est, quandè r^ormanni Rotomum YastâruQt.» Order. Vital., ap. Duchcsne , Historiœ norm. Script, , 564.

« Duchesiie , ibidem, p. 1. — Chron. Fontan., ap. Script, rer, galL , vil , 40. — Anual. Bertiniani , ibid. , 59,

3 Script, rer. gall. , Vil, 221.

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qui avaient échappé au premier incendie ^ Les bourgeois et les pauvres paysans souffraient surr tout de ces calamités. Quant aux seigneurs, ils élevaient de toutes parts les châteaux forts derrière lesquels ils cachaient leur lâcheté. Le peuple, exaspéré par tant de malheurs, trouva du courage dans le désespoir. 11 se leva en masse sur les bords de la Seine , en 869 , et résista énergiquement aux pirates maîtres de ce fleuve. Mais aucun ordre ne dirigeait ce mou-r vemènt, et le peuple succomba dans une lutte inégale». Cependant, la résistance, même impuissante, de ces paysans et de ces bourgeois, dut faire rougir les fils dégénérés des anciens Leudes, et surtout le descendant de Charlemagne , incapable de soutenir le poids de sa couronne, Charles-le-C hau ve ne savait qu'acheter des pirates une paix honteuse , qui provoquait de nour velles invasions. Ainsi, en 869, il leur livra quatre mille livres d'argent , qu'on arracha à

» Dacbesne , Hist, norm. Script, , p. 2. — Script, rer. gallic, , Vil, 68 et 153. — Guill. Gemet. , XI , 624.

' <c Vulgus promiscuum inter Sequanam et Ligerim inter se conjurans adversus eos in Sequanâ consistantes fortiter resistit. Sed, quia incautè sumpta est eorum conjuratio , à potentioribus facile interficiuntur. « Apud Duchesne, ibid., 11.

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d'autres mangeaient de la chair des victime» immolées aux dieux Scandinaves ' , et participaient aux rites inipies dé leur cfulte *. Pendant plus de trente ans (876 — 91^^)1 la ville de Rouen fut presque continuellement soumise à cette domination cruelle. Enfin, le remède vint de ceux même qui avaient causé tant de calamités. Leur chef comprit qu'il ne pouvait fonder une principauté durable qu'en traitant avec les Français , et en embrassant le christiatiisfne* Kollon conclut alors, avec Charles-le-Sinrfple ^ le traité de Saint Clair-sur-Epte (91a), et reçut le baptême de Francon , archevêque de Ronen, au milieu de cette ville qui ne présentait plus qu'un amas de ruines^. Mais cette domination, fondée au milieu de si horribles malheurs, devint bientôt, pour la Normandie, et en particulier pour Rouen , une source de prospérité et de puissance.

' « Càptivis cibos immola titios nécessitate comedentibus. » ibidem.

' « De his qui timoré ritiis gentilium per6gerunt.... de hid qui fréquenter idolis immolaverunt. ... de his qui coacti idolis iminoiaTerunt. » Ibidem.

^ « Rothomagensi , quam penè deleverant , urbe. » Frodoard , ap. Script, rer. Gall, VIII, 163.

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