‹ Histoire de Rouen pendant l'époque communale 1150-1382 (volume 2)Chapitre 13 sur 188 · XXVI ROUEN · texte numérisé non relu

XXVI ROUEN

« serions que de misérables esclaves, nous dea venons , par la charité pour nos ennemis, les « enfanis de Dieu. Ainsi , aimez Dieu, et aimez a vos ennemis à cause de Dieu. »

La vie de S. Éloi, par saint Oueu, nous foiumit encore quelques traits curieux , principalement pour l'histoire littéraire de Rouen. Nous voyons que l'é véque partageait les préj ugés de son époque contre les auteurs profanes : « A quoi peuvent « servir , s'écrie-t-il , les ouvrages des Rhéteurs ? a Ils renversent au lieu d'édifier. Que peut-on a retirer de la philosophie de Pythagore , Soft crate , Platon , Aristote ? Que dire des folies de « ces poètes criminels ' : Homère, Virgile , Mé- « nandre? A quoi sont-elles utiles? Et Salluste , « Hérodote , Tite-Live , quel service rendent-ils « à la religion chrétienne par leurs compilations « d'histoires payennes? Quel fruit peut-on reti- « rer des discours de Lysias , des Gracques , de « Démosthène et de Tullius? Pourquoi insister « sur Horace, Solin, Varron, Démocrite, Plante, a Cicëron ? Leur talent n'est pour nous d'aucune « utilité *. » Il est impossible de formuler d'une

* « Sceleratoram neniae poêtarum. » Vita S. Eligii^ ibidem » 77. ^ Cette accumulatiott de noms d'auteurs a fait croire à

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manière plus positive la condamnation de la littérature profane. Sous ce rapport , le passage que nous venons de citer n'est pas sans intérêt, et montre avec quelle rapidité on s'enfonçait dans la barbarie. Qu'aurait dit saint Augustin , en entendant ti'aiter de criminel ( sceleratus ) le poète dont la lecture lui faisait verser des larmes? Qu'aurait dit saint Basile ^ qui nous a laissé un excellent traité sur l'utilité que les chrétiens peuvent retirer de la lecture des auteurs profanes ? En trois siècles , l'opinion publique avait subi la plus complète et la plus triste métamorphose.

Les études théologiques entretenaient seules lactivité des intelligences pendant cette époque de barbarie, et les évêques de Rouen en favorisèrent la culture de tout leur pouvoir. Le monastère de Saint-Wandrille comptait seul

M. Licquet ( Recherches déjà citées , p. 41 ) , que saint Ouën avait la leurs ouvrages , et que ceux auxquels il s'adressait étaient dans le même cas. Mais il y a ici deux objections : au moyen-âge , c'est nn usage assez général de citer tous les noms d'auteurs qu'on rencontre, sans s'inquiéter de ce qu'ils ont écrit, sans les avoir lus. Ensuite , Socrate n'a rien écrit , et le péle-méle de tous ces auteurs , d'Horace et de Solin , de Varron et de Démocrite , de Plaute et de Cicéron , déjà cité plus haut sous le nom de TuUius , prouve que saint Ouën copiait les noms , sans connaître les ouvrages de ces écrivains.

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jusqu'à trois cents écoliers. Après saint Ouën , qui mourut vers 683 , son successeur saint Ansbert marcha sur ses traces ; il fut , comme ses prédécesseurs, Téludu peuple, a Tous les habi- « tans de Rouen , dit son biographe, envoyèrent c une ambassade au glorieux roi Théodoric « (Thierry ni), et, avec son consentement, pro- € clamèrent pour archevêque le bienheureux « Ansbert '. » Un concile, auquel assistèrent quinze évéques et un grand nombre d'abbés , se tint à Rouen sous la présidence de l'archevêque. On voyait alors dans cette ville des personnages qui, par leur réputation de sainteté, excitaient Tadmiration générale. L'irlandais Sidonius ( saint Saè'ns) était à Rouen en 690. Un autre saint personnage, Leutfried (saint Leufroi), vint l'y visiter, et fut , dit la légende, témoin des miracles qu'il opérait*. Ainsi, le caractère ecclésiastique du VII* siècle est manifeste à Rouen ; ce qui y domine, c'est l'autorité épiscopale; le magistrat du peuple, l'élu de la cité, c'est i'évêque.

Au VIII* siècle s'accomplit un changement qui

■ Vita Âosberti , ap. Script, rtr. gall. , III , 618. ' Vita S. Leufredi , ibidem , 644.

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ne fut pas moins fatal aux villes qu'à l'autorité ecclésiastique. Le duc des Francs, Charles Martel, manquait de terres pour récompenser les Leudes qui s'étaient signalés par leurs exploits. Les libéralités des Mérovingiens avaient épuisé le fisc au profit du clergé ; l'église seule pouvait fournir de riches bénéfices » et Charles Martel n'hésita pas à donner à ses Leudes les terres et même les dignités ecclésiastiques. Un seul homme , Hugues , réunit, en 740, les évêchés de Rouen , de Paris, de Bayeux, et les abbayes de Jumiéges et de Saint-Wandrille. Pour se faire une idée du caractère de ces prélats , plus accoutumés à porter laframée que la crosse, il faut lire le portrait que la chronique de Fontenelle nous a tracé de l'un d'eux : « C'était un clerc séculier, toujours ff ceint du glaive, portant l'habit militaire au lieu a de la cape de moine , toujours entouré d'une a meute dechiens, se livrant chaque jour aux plaia sirs de la chasse et habile à frapper les oiseaux ff de ses flèches. C'étaient là les exercices qu'il « préférait aux pratiques de la discipline ecclé- « siastique ' . » Ces clercs , qui portaient dans le

» Chronic. Fontanell. , ap. Dachery, Scipileg, — GalUa CkriS" tiana , IX , 170.

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