‹ Histoire de Rouen pendant l'époque communale 1150-1382 (volume 2)Chapitre 17 sur 188 · AU X« SIÈCLE. XLI · texte numérisé non relu

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ses ordres. Dans une grande assemblée de ses anciens compagnons d'armes, il promulgua les lois qui devaient gouverner la Normandie '; et, ce qui est plus important, il sut les faire respecter; une justice impitoyable régna dans tout le pays. Cet ordre , au milieu de l'anarchie générale , fut une des principales causes de la grandeur de la Normandie. Le paysan , disent les chroniques ^, pouvait laisser sans crainte sa charrue dans la campagne , et des bracelets d'or restèrent suspendus dans la forêt de Roumare , sans que personne osât y toucher. Sous cette forme naïve, les légendes donnent une idée de la ter-

reur qu mspirait ce severe justicier^, terreur salutaire au peuple, et surtout aux marchands de Rouen, que l'anarchie avait ruinés. Mais cette justice même , qui frappe avec tant de violence et multiplie la peine de mort, rappelle le barbare. Quand les historiens nous montrent Rolf, en robe blanche de néophyte , construisant des églises et les comblant de présens, ils effacent le

' « Jura et leges seinpiternas voluntate principum sancitas et décrétas plebi indixit.» Idem, ibidem.

* Dudo , ibidem .

^ « Jiidicium exterruit habitatores terrsE.» Idem'> ibîd.

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côté sauvage de cette rude physionomie Mais la barbarie reparaît bientôt, et dans la justice des^ potique , et dans la conduite du duc à Tégard des envoyés de son beau-père Charles -le - Simple.

Il trouva qu'ils restaient trop long-temps près de sa femme Gisla ou Gisèle, et les fit égorger', puis, s'alliant avec le duc de rile-de-France Robert et les pirates normands de la Loire , il renouvela, en 922, la guerre contre Charles-le- Simple*. Elle se prolongea pendant plusieurs années, et rappela les anciennes dévastations des Scandinaves. Aussi, tandis que les chroniques normandes célèbrent Bollon restaurateur des églises et observateur zélé de la justice, les historiens français ne voient guère en lui qu'un pirate plus païen que chrétien. Ses dernières années, surtout , laissèrent un souvenir terrible que la frayeur exagéra. On disait qu'avant sa mort il était revenu au culte d'Odin, et qu'il avait fait immoler , sous ses yeux , cent prisonniers chrétiens , en l'honneur de ses dieux scandina-*

' Dudo , ibidem.

» Frodoard.ap. Script, rer, galL, Vlll, 180.

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ves'. Ces bruits populaires, quelque peu fondés qu'ils soiefnt, prouvent assez combien était terrible Piinpression que RoUon avait produite sur les Finançais. EnNeustrie, au contraire, il fit régner un ordre et une justice salutaires, et maintint dans le devoir ses anciens compagnons d armes, devenus seigneurs féodaux.

Le fils de Rdllon , Guillaume-Longue-Épée , qui lui Succéda en gS i , n'eut pas la même énei"gie. Élevé au milieu de la population rouennaise, qui ne savait pas même la langue scaiH dinave » , il pencha vers les Français , et rechercha leur amitié^. Les anciens compagnons de Rollon s'indignèrent d'un pareil oubli de la pa* trie, et saisirent cette occasion pour s'affranchir de la su:ieraineté du duc. Riulf, chef des Normands du Cotentin , réclama la souveraineté du pays qui s'étend de la mer à la Risle. Sur le refus de Guillaume-l^ongue-Épée , il vînt assié-

' a Imminente obitu , in amentiara versus Ciiristianos captives centum decolari fecit in honore , quae colaerat, idolorum. » Ademari Cbronicon, ap. Script, rer. galL, VIII, 232. — Voyez la Dissertation de M. A. Deville , sur la mort de Rollon, Précis des Travaux de l' Académie de Rouen ^ 1841.

* Dudo, ap. Script, rer.norm.^ 112.

^ « Francigenas amicos adquirit sibi. » Idem, ibid., 94.

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ger Rouen en 932, et campa sur le terrain qui a conservé le nom de Pré-de-la^ Bataille. Dans cette circonstance critique, le nouveau duc montra l'irrésolution et la faiblesse de son caractère, Il proposa aux rebelles le pays qu'ils avaient demandé, mais cette offre ne satisfit plus leur ambition. Guillaume voulut leur donner tout le

terrain qui s'étend jusqu'à la Seine, mais cette nouvelle humiliation du duc ne servit qu'à augmenter l'orgueil de Riulf. Il voulut chasser Guillaume de ses états : a Qu'il aille maintenant , « disait-il, rejoindre les Français ses parens '. » Guillaume sortit, en effet, de Rouen , et, toujours incertain sur le parti qu'il devait prendre, campa sur une des collines qui dominent la ville; mais, effrayé du nombre des rebelles , il songea à se retirer en France, justifiant ainsi les reproches de ses ennemis. Heureusement, les Normands, restés fidèles à sa cause, les anciens compagnons de RoUon, et surtout Bernard-le-Danois , s'opposèrent vivement à l'exécution de ce projet. «Nous n'irons pas, s'écria Bernard , nous « n'irons pas sur cette terre de France, pour y

^ « Petat Francos parentes suos. » Dudo, Ibid.

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