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« trouver les frères et les fils de ceux que nous « avons égorgés. Pars, tu n'es plus digne de « nous commander. Pour nous , nous regagnea rons par mer le Danemarck, notre patrie; là, (cnous trouverons un véritable protecteur'.» Bothon, ancien compagnon de RoUon, comme Bernard , se joignit à ce dernier * , et leurs instances finirent par entraîner Guillaume. Le duc résolut d'attaquer sur-le-champ les rebelles, et, fondant sur eux à Timprovisle , il les mit en pleine déroute. Presque tous les ennemis périrent par le fer ou dans les flots. Après avoir gagné cette bataille aux portes même de Rouen , Guillaume y rentra en triomphe. Un messager arrivait au moment même de Fécamp , pour lui annoncer la naissance d'un fils, qui fut plus tard Ricfuxrd'Sans-Peur. Dans la suite , Guillaume envoya ce fils à Bayeux , sous la tutelle de Bôthon, afin qu'il y apprît la langue danoise, qui
* M Tecum Franciam non penetrabimus , quia cum pâtre tao eamsœpèbellis repetiTÎmus. Quin etiam superstitumavosetaYunculos , patres et patruos y consobrinos et consanguineos intereminius Ego et consortes mei te non sequeraur. Na^igio Daciam nostrse natiyitatis terram repetenius,quia duce et advocato caremus. Non Yales nobis ultra, viribus effœininatus,praeesse.» Dudo, ib.,96.
> Guillelm. Gemet., ibid., 234.
xivi ROUEN
ne se parlait presque plus k Rouen ^ Ainsi, les traces de la conquête s'effaçaient chaque jour dans cette ville. Il devait en être ainsi sous le règne d'un prince occupé avant tout des intérêts de l'église , d'un prince qui , ne pouvant se faire moine suivant son désir, portait, du moins, sous ses vêtemens, le cilice monacale Si cet affaiblissement du caractère national affligeait quelques vieux Normands, comme Bothon et Bernard , il était favorable à l'ancienne population, qui avait subi le joug des conquérans Scandinaves. Elle chérissait Guillaume-Longue-Épée, et, lorsqu'en 943 le duc fut assassiné en trahison par Arnoul , comte de Flandre , un long cri de douleur retentit dans toute la ville. Les restes mortels de Guillaume furent rapportés à Rouen, au milieu des gémissemens universels , et ensevelis dans la cathédrale ^.
Le fils de Guillaume-Longue-Épée, Richard,
' (c Rothomagensis civitas Romanâ potiùs quàm Dacicâ utituj? eloquentiâ. » Dudo, ibid., 112.
» Pnio, iï)i4., 101.— Guillelra. Gemetic, Ibid., 236-237.
3 « Kothomagensi urbi cum magno ejulatu delatum in eccle? siam bcatae Mariae genitricis Dei honorificè scpelicrunt. » Dudo , i^id.y 105.
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était encore mineur au moment de Tassassinat de son père, et les premières années de son gouvernement furent signalées par des troubles dans lesquels la ville de Rouen joua le principal rôle. Elle fut quelque temps sous le joug de païens Scandinaves, qui venaient d'arriver du Nord, et qui entraînaient à l'idolâtrie les autres Normands^ Un de leurs chefs, nommé Turmod, avait relevé dans Rouen les autels d'Odin ; il forçait le jeune duc Richard et les autres habitans de sacrifier aux dieux Scandinaves*. Ainsi envoyait se renouveler la cruelle tyrannie qui, cinquante ans auparavant, avait pesé sur les liouennais. Une réaction violente du parti barbare renversait tout ce que les ducs Rollon et Guillaume-Longue-Épée avaient fait dans l'intérêt de l'église. Pour s'affranchir de cette oppression, la population indigène s'adressa aux Français , et nous voyons de nouveau éclater une lutte violente entre les deux races et les deux religions rivales Les Scandinaves, retour-
■ n Qui pagani advenerant yel ad paganismum revertebantur.» Frodoard, ap. Script. rer.galL, 196.
> a Ad haec etiam fllium Willelmi aliosquc cogebat. » Idem , ibidem .
XLyiii ROUEN
uant au paganisme, s'appuient sur les nouvelles émigrations de leurs compatriotes, tandis que Tancienne population implore le secours du roi de France.
Le trône était alors occupé par le fils de Charles-le-SimpIe, Louis d'Outremer, qui se hâta de saisir l'occasion de réunir la Normandie à la couronne. Mais , dissimulant son projet, et s'annoncantseulementcommelelibérateurdesChrétiens, il marcha en toute hâte vers Rouen. A son approche, les païens s'enfuirent. Les indigènes et même les Normands chrétiens le reçurent avec les plus vives démonstrations de joie et les honneurs dûs à la dignité royale. Louis d'Outremer, pour exécuter son dessein , vouhit s'emparer du jeune duc , mais ses tuteurs normands veillaient sur lui, et, à la première nouvelle du danger qu'il courait, ils soulevèrent tout le peuple. Les Rouennais avaient voulu secouer le joug des pirates païens , mais ils ne voulaient pas sacrifier leur indépendance nationale ; ils aimaient le jeune Richard, fils de Guillaume-Longue-Épée, qui avait su se concilier l'affection de la population chrétienne, et la perfidie de Louis d'Où-
AU X« SIÈCLE. XLix
tremcr excita une indignation générale. Tous, bourgeois et guerriers ' , coururent au château, transportés de fureur et menaçant de tuer le roi. Louis d'Outremer, effrayé de ce danger, prit le jeune duc dans ses bras , et, le montrant au peuple, parvint à lui persuader qu'il n'avait pour Richard que des intentions paternelles, et qu'il voulait lui faire donner une éducation digne de son rang *.
Cette ruse grossière suffit pour calmer le
peuple; le roi fit transférer le jeune Richard
dans la forteresse de Laon. Puis , confiant à
Herluin le gouvernement de Rouen, il retourna
à Compiègne. Herluin chercha à se conciUer les
cœurs en vengeant Guillaume-Longue-Epée; il
fit périr son meurtrier Arnoul, et envoya à
Rouen ses mains sanglantes, comme preuve
de sa victoire et de la vengeance de Guillaume^.
» n Cives mixti cum militaribus turniis. » Guillelni. Gemetic, ap. Script, rer. norm,^ 239.
« « Eum redditurum palatinis disciplinis decenter imbutam. » Idem, ibid.
3 «Aniputatas manus ipsius Rodomum transmisit.» -Frodoard, ap. ScHpt. rer, galL, VIII, 197; d'autres chroniqueurs font vivre Arnoul beaucoup plus tard , et lui font jouer un rôle odieux au siège de Rouen , en 946.