CHAPITRE SECOND
jou et la Touraine ; il élevait des prétentions sur le Languedoc , et un de ses fils venait d'épouser l'héritière de Bretagne. Mais sa puissance même lui suscita de redoutables ennemis. Ses voisins , le roi de France, Louis VII, et le comte de Flandre, qui redoutaient son ambitiotf , parvinrent à former contre lui une ligue à laquelle prirent part les propres fils de Henri II. T/aîné surtout, Henri Court- Mantel, qui prétendait au ducl>é de Normandie, se laissa entraîner dans les rangs des ennemis de son père. En même temps, les rebelles fomentaient des troubles en Angleterre , où leur parti était soutenu par les comtes de Chester et de Leicester et par le roi d'Ecosse. Dans ces circonstances critiques, Henri déploya une grande énergie ; il mit les places de Normandie en état de défense, et passa en Angleterre pour y étouffer la rébellion. Mais à peine se fut-il éloigné, que le roi de France et ses alliés vinrent fondre sur Rouen.
Ce fut au commencement du mois d'août r fj^ qu'ils mirent le siège sous les murs de celte ville, ce Leur armée était si nombreuse, dit un contem- « porain ' j^"®? depuis bien des années, on n'en avait a pas vu de semblable. •» Eudes, duc de Bourgogne,
' <t Cum tantus esset exercifus, quantus in Europâ ab annis retrô pturimis visus non est...» (GuiU. Neubring., ap. Script, rer, gair, Xin, 116.)
Thibaut, comte de Champagne , le comte de Nevei^s, et une foule de barons, avaient suivi le roi de France '. Henri Court-Mantel et son allié Philippe, comte de Flandre , arrivèrent du Nord à la tête d'un grand nombre de guerriers. Il importait aux assiégeans de prévenir le retour de Henri II et d'emporter la ville d'assaut avant l'arrivée de ce prince. Les machines commencèrent à battre les murailles , et les ennemis tentèrent de les escalader; mais its rencontrèrent une vive résistance. Pierres énormes , poutres armées de pointes de fer, pleiivaient sur eux^. Les redoutables fortifications de Rouen, sa triple enceinte de fossés et de murailles , défendus avec un courage héroïque, la rendaient presque imprenable à une époque où l'art des sièges était si peu avancé. Après dix jours d'attaques continuelles , l'ennemi fut obligé de suspendre les hostilités; on convint d'une trêve pour le jour de la Saint-Laurent ( lo août 1 1 74 )•
Les Bouennais employèrent ce jour de repos à rendre grâce à Dieu , dont la puissance les avait protégés; leurs chants retentissaient jusque dans le camp ennemi ^. Le comte de Flandre, irrité de ces
' Chron, Rothom. ap. Labbe; Nova Bibliotheca manuscript,
' <c Modo quadratis lapidibus , modo sudibus prseacutis in prseclpitium ruere coegerunt. » (Radulph. à Diceto, ap. Script, rer. gall.j Xm, 195, 196.)
^ Guill. Neiibr., ap. Script, rer. gall.y XllI, lt6, 117.