‹ Histoire de Rouen pendant l'époque communale 1150-1382 (volume 2)Chapitre 39 sur 188 · CHAPITRE TR0ISIÈ3IE · texte numérisé non relu

CHAPITRE TR0ISIÈ3IE

foule nombreuse de barons et de dignitaires de l'Eglise \ Moins d'un an après cet événement, le 28 juin f 190, il garantit, par une charte solennelle, tous les privilèges de la commune de Rouen '. Bien des faits attestent, d'ailleurs, quecette ville croissait chaque jour en importance , et était le Paris de la Normandie. Dans un traité conclu entre Philippe- Auguste et Richard, les deux rois «jurèrent de dé- (c fendre mu tuellement leur allié, le premier comme sa « ville deParis, le second comme sa ville de Rouen ^.>> Tant que le duc séjourna en Normandie , la tranquillité y régna; mais, entraîné par son caractère chevaleresque et par la passion dominante de l'époque, il prit la croix et partit pour la Terre sainte, laissant derrière lui des ambitions ardentes, des haines prêtes à éclater, et partout des germes de discorde. Dans le même temps, le soin des affaires du roi appela en Angleterre l'archevêque de Rouen , Gauthier-le-Magnifique, dont la sagesse et la puissance auraient pu contenir les factions. La ville fut alors abandonnée à elle-même , et les élémens opposés qu'elle renfermait se heurtèrent avec violence. La population se divisait en deux camps: le clergé ,

' « Suscepit gladium ducatûs Normannise de aitare Sanctae- Mariae Rothomagensis. » Bened. Petrob., ap. Script, rer. galL, XVII, 491.

' Voy. cette charte , aux Pièces justificatives.

^ Roger de Hoyedeu, p. 654.

qui avait presque tous les droits féodaux; et la commune , pouvoir nouveau , mais plein de force et d'avenir. La plus légère contestation suffit pour allumer la guerre civile entre ces deux puissances rivales. Elle éclata en 1 19^2.

Autour de la cathédrale s'étendait, comme nous l'avons déjà dit , une place que les canons avaient déclarée inviolable, lieu d'asile pour le criminel, lieu de franchise absolue pour le marchand. Le chapitre y avait construit jadis un mur et des maisons qui avaient été la proie des flammes en 1 188. Lorsqu'on tenta de les rebâtir, la commune s'y opposa énergiquement , et il fallut l'intervention de Henri II pour vaincre son opposition; mais, après la mort de ce prince ai le départ de Richard pour la croisade^ les plaintes recommencèrent. Les chanoines avaient entouré leur aitre d'un mur crénelé qui donnait à la basilique l'apparence d'une forteresse '. Ce n'était pas assez d'étaler ainsi, au milieu même de la cité , l'appareil féodal ; on éleva, dans l'enceinte de Y aitre , des échoppes pour les marchands que la franchise de tout droit attirait en foule dans ce lieu. On ne craignit pas d'enlever ainsi à l'église son caractère sacré, et de transformer en marché ce séjour de retraite et de prières.

' On voit encore , en Angleterre , un grand nombre de murs semblables autour des i^glises, principalement à York et à Cantorbéry.

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