‹ Histoire de Rouen pendant l'époque communale 1150-1382 (volume 2)Chapitre 40 sur 188 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

La commune s'émut vivement à la vue de cette forteresse élevée au milieu de la cité; elle s'émut peutêtre plus encore de la concurrence redoutable qu'allaient faire, à son commerce, les marchands privilégiés du chapitre. Cependant, elle procéda d'abord avec modération; elle s'adressa aux chanoines, et leur demanda de détruire le mur et les boutiques qu'ils avaient bâtis. Mais les chanoines, forts de la décision de Henri II et d'une ancienne possession, rejetèrent toutes les demandes de la commune. Alors les passions populaii^s s'exaltèrent; derrière le maire et les pairs qui avaient voulu conserver quelque modération , les corporations d'arts et métiers n'écoutaient que la violence de leur ressentiment. Il ne fallut qu'un mot pour entraîner la foule et la porter à des actes de violence; portes, murailles, boutiques, tout fut bientôt renversé. Mais, dans son emportement, le peuple ne franchit pas certaines limites ; il respecta les maisons habitées par les chanoines , et les jardins qui les entouraient '.

La commune venait de remporter une victoire plus apparente que réelle. Le clergé prétendait alors couvrir ses droits temporels de son autorité spiri-

^ Bcncil. Petrob. , ap. Scrip. rer. gall., XVll, 540. — Bulle du |Ki|)cCclc$tin IH , il)i(l.,048. — Cartul. mscr. de la (latlicdrale ., f" 90 recto et verso.— Archiv. dép., earton des liulles.

tuelle, et il en donna une preuve dans cette circonstance. Le chapitre déclara que la destruction, du mur et des boutiques dépendant de VattrCy était un attentat contre l'église, et, en Tabsence de l'archevêque , il s'adressa aux évêques sufTragans pour tirer vengeance de la commune. Sur l'invitation du chapitre, quatre des sufTragans, les évêques de Bayeux , A vranches , Seez et Coutances , se rendirent à Rouen. Après un examen sommaire de la question, ils engagèrent le maire et les pairs à faire satisfaction à l'église et à réparer les dommages; mais la commune rejeta toutes les demandes des évêques. Ceux-ci eurent alors recours au moyen suprême , toujours efficace à cette époque, quoique prodigué par le clergé. Le jour de la Sainte-Catherine, aS novembre iiQîi, ils fulminèrent solennellement une sentence d'excommunication contre les coupables, et jetèrent l'interdit sur toute la ville ' .

Les cérémonies lugubres qui accompagnaient l'excommunication étaient bien propres à frapper vivement et à effrayer les imaginations pieuses de cette époque. Après une longue formule, qui appelait sur la tête de l'excommunié toutes les malédictions de Tancien et du nouveau Testament, on éteignait les torches , on enlevait les croix des églises ,

' Bcned. Petrob , ibid. — Bulle deCclcst. Ul, ibid.

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