‹ Histoire de Rouen pendant l'époque communale 1150-1382 (volume 2)Chapitre 44 sur 188 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

rnune? Comment expliquer son indifférence dans une affaire où son honneur semblait iotëressé? Pour la comprendre, il faut se rappeler que le duc de Normandie, lui-même, se trouvait alors engagé dans une lutte opiniâtre contre le clergë. Il avait enlevé à l'archevêque de Rouen la ville d'Andely, que sa position sur la frontière rendait* très importante. Il l'avait changée en forteresse, et protégée par la constrijyction du Château-Gaillard. L'archevêque Gautliier avait pix>testé énergiquement contre cette atteinte portée aux biens ecclésiastiques; mais toutes ses réclamations étaient restées inutiles. Il avait alors jeté l'interdit sur toute la Normandie. Dans ces circonstances^ la cause de la commune de Rouen se confondit avec celle de Richard et de la province tout entière. D'ailleurs , le duc ne donnait guère l'exemple de ménager ni de respecter le clergé. En 1 197 , le belliqueux évêque de Beau- ^stis tomba entre les mains de Richard '. Un des chefs mercenaires que le duc entretenait à sa solde, le basque Marcader amena à Rouen le prélat chargé ^e fers; on le jeta dans un cachot, avec des chaînes s* lourdes, que l'archevêque de Cantorbéry pria ^chard d'en alléger le poids*. Cette lutte violente ^t opiniâtre du duc contre le clergé était un en-

' Had. à Diceto , ibid., XVII , 65C.

' Wem, ihid., 655.

courûgement pour la commune de Rouen j qui s^ sentait fortement appuyée par l'autorité temporelle -

De leur côté, les chanoines cherchaient des alliés- — Us comprenaient la puissance de ces association qui avaient rendu leurs égaux en pouvoir deshommes jadis si humbles devant eux. Il fallait , d'ailleurs, se ménager un asile en cas d'émeute } car Richard venait de leur enlever la ville d'Andely qui les avait protégés quelques années auparavant. De là l'association étroite entre les chapitres de Rouen et de Cambrai '. Ils se trouvaient tous deux dans la même position , en lutte avec une commune puissante, et souvent menacés par elle». «Nous voyons c< chaque jour, disaient-ils dans l'acte d'association, « les fils des hommes conspirer pour la ruine de (( l'église de Dieu ^. » Us convenaient ensuite, qu'en cas de ruine de l'une ou de l'autre éghse, un asile serait ouvert aux chanoines fugitifs, et qu'on les admettrait aux distributions quotidiennes de pain et de vin.

Tous ces faits sont caractéristiques, et attestent assez combien avaient grandi ces anciens serfs du

* Martenne Thésaurus, i, 663. — Cartulaire de la cathédrale.

* Pour la commune de Cambrai, voy. Aug. Thierry, Lettres sur Vhist. de France ^ p. 280 et suiv.

^ « Dùm filios hominum \idemus in perniciem eccicsiae Dci , « quasi facto agmine, conspirare. » Ap. Martenne, ibid.

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