‹ Histoire de Rouen pendant l'époque communale 1150-1382 (volume 2)Chapitre 45 sur 188 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

chapitre, maintenant ses égaux, presque ses maîtres. Rien ne put faire fléchir la commune, ni la réconciliation de Richard avec l'archevêque, ni l'avènement sur le trône pontifical du plus ardent défenseur des droits de l'église. Innocent III. Ce digne successeur de Grégoire VII , qui vit à ses pieds l'empereur d'Allemagne, les rois de France, d'Angleterre, de Bohême, de Hongrie, de Castille et de Norwège, ne put vaincre l'obstination de la commune de Rouen. Ce fut en vain, qu'à peine élu, il renouvela les anathêmes lancés contre elle par Célestin III ' ; ce fut en vain qu'il enjoignit de poursuivre les procédures ecclésiastiques abandonnées depuis longtemps. La crainte ou la complicité des témoins rendaient impossibles toutes les tentatives du pape, h'rité de rencontrer tant d'obstacles, lui qui était accoutumé à une domination si absolue , il écrivit âlevêque de Coutances chargé de l'instrup tion du procès, pour hâter la lenteur des juges : « Si les « témoins, disait-il dans cette bulle^, cédant à la « faveur , à la haine ou à la crainte , tentent de se

* Cartulaire de la cathédrale , P 88 verso.

« « Testes, si se gratiâ, odio vel timoré subtraxerunt, per eaïua dem districtionem ( id est per censuram ecclesiasticam ) , apfc pellatione remotâ , cogatis yeritati testimoniuni perliil)erc , a uuUis litteris veritati et justicia; prœjudicantibus à sede apos- « tolicâ inipetratis. » Cartulaire de la cathédrale, f* 88 verso.

»4 COMMUNE DE ROUEX.

« soustraire, forcez-les de rendre tëmoignage à la (c vérité sous peine d'excommunication , sans tenir c( compte des appels, ni des lettres apostoliques prête judiciables à la vérité et à la justice. » Mais les efforts du pape furent impuissans, et les bourgeois échappèrent à Thumiliation d'un voyage à Rome et d'une pénitence publique. Ils ne reconstruisirent même pas le mur du cimetière, comme ils l'avaient d'abord proposé. Il fallut qu'en i a56 , les chanoiaes se décidassent à le relever à leurs frais. Us en demandèrent l'autorisation à saint Louis; mais ils ne l'obtinrent qu'en promettant de ne pas lui donner plus de quatre pieds de hauteur*. Quant aux échoppes , la commune ne permit d'en bâtir qu'un petit nombre, et elle exerça toujours, à cet égard, la plus stricte surveillance. Une cliarte de i34a nous prouve que , même au xiv^ siècle , elle s'c^ posait à la construction de semblables boutiques, ou du moins ne les tolérait qu'avec de sérieuses restrictions ^

' La charte de S. Louis, conservée aux archives du royaume, est indiquée par M. A. Dcville, dans les Mémoires de la Société d'émulation de Rouen. (Année 1828, p. 1Ô2.)

^ On en trouve la preuve dans une charte du chapitre, dont voici le texte : « A tous ceulx qui ces lettres verront, le chapitre de Rouen, le doien absent, salut: Gomme nous eussions faict reffaire et réédiffier une sope ( sic ) assise au bout du cimetière ou de Paistre de uostre église de Rouen , à Tissue , sy comme l'en Ta de la dicte église en Corvoiserie ( rue du Change ) , et le

Page 1