CHAPITRE QUATUIÈME
que la commune pr'otégeât ses membres contre la tyrannie des seigneurs.
Les officiers royaux avaient aussi une juridiction distincte et souvent hostile. Ces magistrats^ dont le concours avait y dans le principe , si puissamment secondé la commune , ne voyaient pas sans jalousie s'élever une autwité rivale. Ainsi le Vicomte de l'Eau, qui, depuis un temps immémorial, jugeait tous les procès relatifs aux poids et mesures, à la navigation et à un grand nombre d'affaires commerciales, le Vicomte de l'Eau devait, dans bien des circonstances, entraver la juridiction du maire. Souvent aussi les bourgeois cités devant le tribunal du vicomte avaient recours à la protection du maire , qui s'efforçait de les soustraire aux poursuites du magistrat royal. En ia38, un conflit de cette nature entre le maire et le vicomte de l'Eau fut soumis à des arbitres, qui prononcèrent en faveur du vicomte^; mais, au xiv® siècle, la querelle se renouvela plusieurs fois, et le maire fît résoudre à son avantage plusieurs points litigieux '. Il existait aussi, entre ce magistrat et le bailli, une rivalité qui dégénéra souvent en lutte ouverte. Le magistrat royal voulait étendre sa juridiction aux dépens de celle du maire , et préten-
* Farin, Histoire de Rouen , chapitre de la Vicomte de l'Eau. ' Ordonnances des rois de France^ III, 329.
dait juger en dernier ressort les causes déjà portées au tribunal municipal ; mais le maire résista énergiquement à ces usurpations, et plusieurs ordonnances royales lui donnèrent gain de cause. Il fut décidé, par Philippe III, que la juridiction du maire ne serait plus troublée par le bailli , qu'il aurait ]es plaù/s cwUsj et punirait même les violences qui n'entraîneraient pas la mutilation ou la mort*. Philippe de Valois et son fils Jean, en confirmant les droits du maire, ajoutèrent que les appels de ses sentences ne seraient pas portées devant le bailli , mais devant l'Echiquier de Noi^ mandie^.
Ce n'était pas seulement pour la juridiction que l'autorité communale se trouvait en lutte avec les magistrats royaux. Les ducs avaient conservé dans Rouen une foule de droits qui attestaient leur souveraineté. La commune réussit en partie à s'y soustraire, et ce fut par ces conquêtes sur les magistrats royaux que se signala surtout son progrès dans les siècles suivants. Ainsi, le droit de mouture, qui appartenait d'abord au duc et que Richard avait cédé à l'archevêque de Rouen, finit par dépendre presque exclusivement de l'autorité municipale. Les fermes des marchés et des halles , les droits pré-
' Ordonnances des rois de France^ 1, 306 et suiv. ^ Archiv. municipales, tir. 2, n° 5.