‹ Histoire de Rouen pendant l'époque communale 1150-1382 (volume 2)Chapitre 60 sur 188 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

cette circoostcince^à son ancienne gloire. Pendant quatre-vingts jours , elle arrêta Philippe-Auguste', et l'historien contemporain j son chapelain et le confident de ses pensées, atteste avec quelle valeur se défendaient les bourgeois : « Cette commune, a dit-il, cette commune au cœur orgueilleux, im- <( placable ennemie de notre roi, aima mieux être « vaincue que se soumettre volontairement à son « autorité *. »

Philippe-Auguste revenait de Gaen, lorsqu'il se présenta devant Rouen; il s'empara d'Emendreville (Saint-Sever) et d'une forteresse nommée la Barbacanej qui défendait la tête du pont de Mathilde. Mais les bourgeois rompirent plusieurs arches, et les Français se virent arrêtés par les eaux profondes du fleuve; lorsqu'ils l'eurent franchi , il fallut tenter d'escalader cette triple enceinte de murailles et de fossés qui avait déjà bravé les efforts de Louis VII et de Philippe-Auguste lui-même. Pendant quarante jours , des assauts et des combats , renouvelés continuellement, attestèrent la persévérance des Rouennais. Us comptaient sur Jean, et, malgré la

* « Quam sibi supposuit vix octoginta diebus. » Guill. Brit., ibid., XVII, 213.

> « Rotoraagensis enim communia , corde superbo , Immortale gerens odium cum principe nostro , Vinci malebant, ejus quàm spontè siibire Impcrium. ... m Id., ibid.

triste expérience qu'ils avaient faite de sou caractère, ils espéraient que l'intérêt le porterait à secourir la capitale de son duché. Son père Henri II, dans des circonstances bien plus critiques, menacé tout à la fois par les barons anglais et le roi de France, avait su , par son activité, surmonter tous les dangers, étouffer la révolte en Angleterre et sauver la Normandie. Mais Jean était tranquillement à Londres, s'inquiétant peu des efforts de cette brave commune, qui , depuis quarante jours, était enveloppée par l'ennemi, dont elle bravait tous les efforts. Une si coupable indifférence ne découragea cependant pas enlièrement les bourgeois , et, avant de se séparer de Jean , ils voulurent faire une dernière tentative. Il était d'usage, dans les temps féodaux, quand une ville ou un château étaient réduits à la dernière extrémité, de sommer le seigneur de secourir ses vassaux dans un délai fixé. S'il y manquait , tout lien féodal était rompu, et ses vassaux , dégagés du serment de fidélité, pouvaient, sans félonie, se soumettre à un nouveau seigneur. La commune de Rouen ne manqua pas à ce devoir (riionneur. Nobles et bourgeois stipulèrent avec Philippe-Auguste une trêve par un acte dont voici le sons : * «Pierre de Préaux, et les autres cheva- « Hors, ([ui sont avec lui dans Rouen, Robert,

' Vo>e/ \v toxto dans Durhesne . Script, rer. norm., p. 10...

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