CHAPITRE CINQUIÈME. ia
<< f^orte, ou nous la murerons, à la volonté du roi.
« CJuant aux chevaliers , bourgeois et hommes d'ar-
<< jnies, qui , au premier juin , étaient dans Rouen ,
« le roi leur restituera les fiefs qu'ils avaient aupa-
<c :ravant , s'ils font serment et hommage audit roi.
<^ lis ne devVont que les services imposés par la
<« nature de leurs fiefs. Les mêmes conditions sont
^^ stipulées pour les chevaliers d'Eu , Driencourt
^'^ ( Neufchâtel ), Aiimale et Alençon , qui sont
^* clans Rouen. Lorsque toutes ces conditions au-
^^ ^ont été accomplies , et la ville de Rouen rendue
^< au roi de France , avec toutes les forteresses, ce
^* prince accordera aux bourgeois de Rouen leurs
^^ libertés et coutumes. Un sauf-conduit sera délivré
^ à tous les chevaliers et hommes d'armes qui vou-
^* cJront se retirer par eau ou par terre. Le roi
^"^ J>ourra faire venir par eau ses bagages, vaisseaux
^^ ^t, galères, sans toutefois trafiquer, h moins que
^^ cï^ ne soit de son butin; on restituera aux bour-
^^ *^^«ois et autres nommés dans la capitulation tout
3 qui sera prouvé leur avoir été enlevé. Pendant
^^ <^^s trente jours de trêve, les marchands de Rouen
^^ Ji^ourront librement trafiquer par terre et par eau ,
^ ^^ pporter des denrées dans Rouen , excepté du pain
^^ ^^ t du blé. Quand toutes les conditions auront été
^^ ^^ccomplies, le seigneur roi rendra les otages.
^^ 3Moi, Robert , maire do Rouen , je jurerai avec
« dix-neuf autres bourgeois , que ce u'est pas « par nous qu'ont été coupées, dans Rouen, les « têtes des vassaux du seigneur roi , que nous en « avons été vivement affligés, et que, si nous pou- « vons prendre ceux qui ont commis ce crime , « nous les livrerons au roi , afin qu'il en fasse sa « volonté. Fait à Rouen , le premier jour de juin (C i2o4- »
Aussitôt après la conclusion de cette trêve, les Rouen nais envoyèrent une députation à Jean-sans- Terre , pour le sommer de venir au secours de ses vassaux. Au moment où les ambassadeurs se présentèrent devant le roi , il était occupé à jouer aux échecs ; il ne voulut pas interrompre sa partie pour les écouter*. Lorsqu'enfin il daigna leur donner audience, ce fut pour déclarer qu'il ne pouvait les secourir, et qu'ils devaient pourvoir eux-mêmes à leur salut. De retour à Rouen, les ambassadeurs firent part à l'assemblée des bourgeois, de la réponse du duc. Quelle ne dut pas être l'indignation de ces braves gens, qui avaient affronté tant de dangers, et qui étaient prêts à en surmonter de nouveaux, si un chef digne d'eux les eût commandés! Elle allait donc enfin tomber au pouvoir d'un vainqueur, cette noble ville , jusqu alors in-
* Chronique de Normandie, édit. de 1487, f° 78.