‹ Histoire de Rouen pendant l'époque communale 1150-1382 (volume 2)Chapitre 63 sur 188 · CHAPITRE CINQUIÈME. ISOO · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME. ISOO

wncible^l Mais le serment était prêté, les otages livrés, et le jour fatal approchait où le vainqueur entrerait dans Rouen, et déploierait Tétendart fleurdelisé au-dessus de la bannière aux trois lions. Nous n'avons, snrcet événement, le récit détaillé d'aucun Rouennais contemporain ; mais aux paroles d'orgueil et de jactance des historiens français, on comprend quelles durent être l'humiliation des vaincus et l'insolence des vainqueurs. « Elle succomba enfin, s'écrie ^ le panégyriste de Philippe-Auguste ; elle succomba, ^ l'orgueilleuse commune, mutilée dans sa puis- « sance, forcée d'ouvrir elle-même une brèche dans ^ ses remparts, et de renverser de ses propres mains ^< son antique citadelle*.» Aux yeux des Normands , '^ Conquête de Philippe-x\uguste commençait une ^^« de servitude; elle leur enlevait le fruit de leurs ^^riquêtes, le royaume d'Angleterre, ce Ainsi s'accomplit, dit la chronique du monastère de Sainte- ^^tlierine, ainsi s'accomplit la vieille prophélie de "^^rlin : la Neustrie perdra deux iles ;^e perdait, ^^^ effet, l'Angleterre et l'Irlande ^. »

« Rgregia civitas, hactenùs iiivicta, tradidit se régi Philippo.» ^^<î. Coggeshale, ap. Script, rer. gallic, XVIII, 99.

^ « Succubuit demùm , niutilata cornibus urbe , Muros ipsa suos truncare coacta , suisque Sumptibus antiquam subvertere funditùs arcem. o

Guin. Brit., ibid., XVH, 213.

^ « ComplQtuni est Taticinium illud Mcriini: utramque insulani

Il faut oublier un instant les sentimens clepatrio-^ tisme général qu'heureusement le temps a substi — tués à l'égoïsme des communes; il faut se reporter à ces siècles du moyen-âge , où la commune était la patrie, pour comprendre le deuil profond qui dut régner dans la ville vaincue, lorsque Philippe- Auguste y entra par la brèche, lorsqu'on combla les fossés, renversa les remparts et rasa le vieux château des ducs de Normandie. Le roi de France avait promis, à la vérité, de respecter les franchises delà ville , telles qu'elle les avait possédées du temps de Richard '. Mais qui pouvait garantir maintenant l'exécution de cette promesse? La commune, comme le disaient ses ennemis, était mutilée dans sa puissance; une nouvelle citadelle allait bientôt s'élever sur les hauteurs et dominer la ville. Il ne lui restait plus qu'à courber la tête sous le joug d'un maître. Mais, comme le prouve continuellement l'histoire, les scènes les plus tristes pour le présent sont sou- ' vent fécondes pour l'avenir. En comblant les fossés, en sapant les murailles, la ville de Rouen ouvrait à sa riche et nombreuse population un plus vaste espace. C'est , en effet , après la conquête de Philippe- Auguste, que la ville s'étendit en tous sens, et

amittet Neustria, id Cst Angliam et ilil)crniam. » Chron. mscr. S. Catharinœ, ap. Chron. triplex et un uni , f" 107.

' Chroniq. de Norm., édit., 1487 f 78.

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