CHAPITRE SIXIÈME
presque républicaine. De là, une suite de combats, non sans gloire pour la commune, mais oîi la dis*' proportion des forces devait enBn la faire succom-* ber. Cette situation nouvelle impose aussi de nouveaux devoirs à l'historien. Dès que la commune entre dans l'unité française, elle subit p}us ou moins l'influence de tous les grands éyénemeqs dqnt Le royaume est le théâtre. Qu'elle suiye l'impulsiop centrale ou qu'elle lui résiste , elle n'en est pa$ moins entraînée dans le niouvement de la France^ et l'historiep, pour faire comprendre les destinée^ d'une Sfsule ville ^ ne doit jamais perdre 4.e vue la m^rclije générale de la nation.
Parmi les résultats de la coqquête, un des plus affligeans pour les Rouiennais fut la suspension de ïeijrs relations commerciales avec l'Angleterre. Us perdaient Le monopole du commerce d'Irlande, et les droits importaps 4ont ils jouissaient à Londres. Loip de trouve^ des compepsations sur le continent , ils n'y rencontraient que des rivaux jaloux de leur importaujce et disposés k contester leurs d^*oits. I^es mariniers de Paris, entre autres, voulaient traiter }a Normandie en pays conquis , et èplever à la corporation des marchands de Rouen la navigation exclusive de la Basse-Seine. Cependant, une résistance énergique et bien concertée déjoua leurs
projets , et les Rouennais obtinrent quelques ava **" tages du côté de la Flandre.
Renaud ^ comte de Boulogne , par une cha datée de i2o4« accorda, de concert avec sa fem Ida, des privilèges de commerce que rëclamaie les marchands de Rouen '. Il les exemptait , dantoute l'étendue de ses domaines , du droit de vai*ec ou de bris, qui enrichissait le seigneur féodal malheur des naufragés , et confisquait à son profit=:9 -^^ tout ce qui échappait à la fureur de la tempête. ^ ^' En effet , selon la définition de la Coutume de ^^^ Normandie ^ , « sous ce nom de varech sont com- (c prises toutes choses que l'eau jette à terre par (( tourmente et fortune de mer, ou qui arrivent si ce près de la terre qu'un homme à cheval y puisse (c toucher avec sa lance. » Le comte de Boulogne affranchit les marchands rouennais de cet odieux impôt. L'année suivante ( 1 2o5 ), Philippe-Auguste confirma, en sa qualité de seigneur suzerain, la charte accordée à la commune^.
Toutefois , des privilèges obtenus dans des contrées lointaines ne pouvaient distraire du spectacle des misères présentes. On achevait de raser les
' Voy, cette charte aux Pièces justificatives.
* Coutume de Normandie , édit. de Pesnelle ( 1759) , p. 610.
^ Archives municipales , Reg. U , f* 180.