‹ Histoire de Rouen pendant l'époque communale 1150-1382 (volume 2)Chapitre 67 sur 188 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

murs 9 de combler les fossés et de ruiner l'ancien château des ducs de Normaudie. Au lieu de cette citadelle, construite au bord de la Seine , Philippe- Auguste fit élever, sur le penchant d'une des collines qui dominaient la ville, une forteresse dont on trouve encore aujourd'hui des débris. Du haut de ces tours, les officiers royaux allaient tenir en bride la commune et lui imposer leurs lois. Les sombres pensées qui occupaient tous les esprits devinrent encore plus tristes, lorsqu'en 1206, une éclipse de soleil effraya, pendant six heures, un peuple superstitieux, et parut annoncer de nouveaux malheurs'. Ces lugubres présages ne semblaient que trop se réaliser. Déjà le roi de France , commençant par les classes les plus élevées , enlevait au clergé normand une partie de ses anciens privilèges. Remarquons ce» pendant que, dans l'enquête qui eut lieu à cette occasion , on donna une place importante à la bourgeoisie. Un grand nombre de pairs, tels que Clarembauld le Roux, Raoul Grognet, Henri Waspal, Robert fils de Guy , Guillaume d'Offranville , Robert du Chastenet, Àscelin Danebaut, Renpult le

' « Eodem ànno kal. martis fait eclypsis solis apud Rothomagum et incœpit antè tertiam et duravit usquè post nonam. Eodem die , ut dicebatur , pluit sanguis apud Ândeliacum in tribus locis qui à mûltis visus fuit et collectus. » Chronicon mser. Scclesiœ Rothomagensis , apud Chronicon triplex etunum ,

r>io8.

iOO ' COMMUNE DE ROUEN.

Brumenty Gilbert Bellet, Enguerrand de Marommç, Guillaume de Bernay, Raoul fils d'Agnès, et plu-t sieurs autres, furent appelés, en même temps que les chevaliers, à déposer sur la situation et les droits du clergé avant la conquête '.Si les bourgeois étaient fiers d'un pareil honneur, ils devaient craindre la politique des officiers royaux, qui, aujourd'hui, s'attaquaient au clergé, et qui , bientôt , ne ménageraient pas davantage les libertés communales. En effet, la lutte ne tarda pas à s'engager.

Quelque imparfaites que soient les relatigyas des historiens contemporains, quelque indifférens que se montrent les moines chroniqueurs pour les privir léges de la bourgeoisie, on entrevoit, dans leur récit, qu'une querelle éclata vers cette époque entre les officiers royaux et la comn^une de Rouen. La chronique de Sainte-Catherine , si prolixe sur les vertus des moines et les petits événemens du cloître, ne dit que quelques mots de cette lutte*. Elle fut cependant assez importante pour que Philippe- Auguste vint à Rouen à ta tête d'une arniée. Les. remparts n'existaient plus, et il était impossible dç songer à opposera ce prince la moindre résistance. Il fit son entrée au mois de mai 1207, entouré de

' Marteune, Amplissima collectio , t. 1. » p. 1081.

' Ckronicon mscr. Sanctœ Katharinœ , ap. Chronicon triplex et unum , f" 108 et 109.

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