‹ Histoire de Rouen pendant l'époque communale 1150-1382 (volume 2)Chapitre 71 sur 188 · CHAPITRE SIXIÈME. i204--lâ · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME. i204--lâ

a pei^sonae ne pourra mettre la main sur eux^ sans « l'intervention du maire et de ses sergens, à moins c< que l'afFaire ne dépende du plaid de. l'épée. Dans ce ce dernier cas j le maire doit assistance à notre (c bailli , afin qu'il puisse exécuter sa justice.

« Les bourgeois ne pourront , sans l'intervention a de notre maréchal , empêcher un étranger de sé- « journer dans la ville ^ à moins qu'il ne se soit rendu ce coupable de forfaiture , ou que les bourgeois ne « puissent alléguer un motif valable pour l'expulser. « Nous voulons que la présente charte soit à jamais ce en vigueur, sauf notre droit et le droit des églises, a Do^né à Pacy , l'an du Seigneur laoy. j»

Le roi confirma, vers le même temps, le règlement intérieur que les maires et pairs avaient arrêté ■ , et il le donna comme modèle d'administration municipale à plusieurs villes , et entr'autres à Niort et à Saint- Jean-d'Angély.

Ainsi, l'avenir perdait , pour k ville de Rouen, cet aspect sombre et menaçant qui avait suivi la conquête de Philippe-Auguste. La commune reprit enfin sa marche régulière , et bientôt elle signala la renaissai^ce de ses forces par de nouvelles luttes contre le chapitre. Dès Tannée 1^)107, une querelleéclata entre le clergé et la commune. Les cha-^ npines prétendaient avoir le droit exclusif de jurî-

* yoyez chap. IV.

diction sur leurs serviteurs; le maire , de son cotéi voulait exercer son autorité sur tous les habitans qui troublaient la tranquillité de la cité. Un serviteur du chanoine Guillaume de Marloy s'étant trouvé compromis dans une mêlée , le maire le fit arrêter et enfermer dans la prison publique. Le chapitre protesta contre cette atteinte portée à son droit de juridiction ^ et, ne pouvant obtenir satisfaction, il jeta l'interdit sur toute la ville. Le service divin fut suspendu dans la cathédrale et dans toutes les églises de Rouen '. Le maire et les pairs résis-^ tèrent d'abord avec la même intrépidité qu'à la fin du siècle précédent. Les officiers royaux, qui allaient désormais exercer une action plus directe sur les affaires de la cité , intervinrent inutilement dans cette circonstance. Vainement Philippe- Auguste lui-même écrivit plusieurs lettres au chapitre; vainement il conseilla, ordonna, menaça pour faire lever l'interdit ^ ; tout fut inutile. Alors le roi envoya à Rouen plusieurs notables personnages, qui

' N Positum fuit interdictum in ecclesiâ Rothomagensi et in omnibus ecclesiis civitatis pro homine magistri Guillelmi de Marloy canonici , quem cepit Major pro ijUâdam meslerft factâ in ciTitate , et detinuil usquè ad diem lunae , tu kalendarum aprilis. » Chron. mscr. Ecclesiœ Rothomagensis y apud Chron. t'ripl. et unum , fo 109.

^ «Rex autem sœpiùs scripsit, tùm monendo, tùm prœcipiendo , tùm comminando. » Ibidem,

CHAPITaE SIXIÈME. 1204—1807. 109

^ci^ient le premier rang dans ses conseils , Ber- ^^^9fd de Roye^ frère Guérin son chapelain et son 'ïrtce-chancelier, Jean de Rouveray, et d'autres encore '. Arrivés dans cette ville , ils s'adressèrent ^u chapitre 9 et demandèrent au nom du roi que Imterdit fut levé; on jugerait ensuite, disaient les commissaires , la cause de l'homme arrêté j et on accorderait toutes les satisfactions que l'église réclamerait avec justice. Mais les conseils et les instances des envoyés de Philippe-Auguste furent inutiles. Le chapitre se rappelait qu'en i ig4 9 on avait employé les mêmes promesses pour l'engager à lever l'interdit 9 et qu'ensuite on avait éludé la satisfaction pro-i mise. Il lui fallait main tenant, avant tout, une répa-i ration immédiate et éclatante. Il exigeait que le maire vint en personne au chapitre ; que là il remît publiquement le prisonnier aux mains des chanoines, et donnât caution de payer l'amende. De pareilles con^ ditions devaient paraître bien dures à l'aristocratie communale. Le maire était alors Jean Luce * , un

* « Pos^eà nobiles et lOJijores de consilio suo misit, scilicet B. de Royâ, fratrem Guarinum familiarem clericum saum yices canceilarîi agentem et Joannem de Rovereio et alios , ut capitulam inducerent ad relaxandum interdictam pro honore régis, et posteà audiretur causa detentionis hominis canon ici , et benè iacerent injurîam remitti pro honore ecclesiae Rothomagensis , sed nuUatenùs potuerunt impetrare. » Ibidem,

> Gart. de U calhédrale , f» I3Q.

de ceux qui avaient joué, comme pair, un rôle important dans la lutte antérieure contre le chapitre; mais maintenant la position n'était plus la même. D'une .part , les commissaires royaux , qui n'avaient pu réussir avec le chapitre , pressaient la commune de mettre un terme à ces scandaleuses dissensions; de l'autre , il était évident que le droit était pour les chanoines. Des titres authentiques et une longue possession leur assuraient la juridiction sur tous leurs serviteurs. Le maire avait porté atteinte à ce droit 9 et il fut forcé de faire satisfaction à l'église. Il se rendit au chapitre où étaient réunies plus de trois cents personnes; et là, il remit le prisonnier entre les mains de son maître Guillaume de Marloy; il donna ensuite caution au doyen du chapitre pour l'amende qui serait fixée ultérieurement; enfin il fournit comme garans, Jean de Rouveray , châtelain d'Arqués , Rohert de Fresquienne , et Geoffroi du Mesnil , chevaliers. Ce fut seulement après avoir remporté cette victoire sur la commune, que le chapitre consentit à lever l'interdit *.

' « Ule homo liber fuit redditus domino suc in pleno capitulo per manum majoris qui detinuerat , praesentibus in capitulo CCG hominibus et ampliùs , et major dédit statlm yadiam in manu decani , pro emendà pro detentione et captione hominis canonlci , et plegios dédit de emendà , Joannem de Royereio , tune castellanum de Archis » Robertum de Freschennis , et

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