‹ Histoire de Rouen pendant l'époque communale 1150-1382 (volume 2)Chapitre 81 sur 188 · CHAPITRE HUITIÈME. 12â · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME. 12â

la réforme des abbayes bénédictines ; il opposait à des ecclésiastiques corrompus par les richesses , des religieux plus fidèles au véritable esprit de l'église.

Telle fut la pensée qui, au commencement du xiii^ siècle , donna naissance aux ordres mendians , et mit en contraste avec l'orgueil des riches Bénédictins , l'humilité des frères Prêcheurs et Mineurs. Ceux-ci, ne possédant rien en propre, n'étaient animés, au moins dans le principe, que par la pensée religieuse ; et , grâce à leur influence, l'église reprenait, avec sa pauvreté, sa puissance morale. Sans doute, le fa<^ natisme altéra trop souvent cette pureté chrétienne; la guerre des Albigeois et le tribunal de l'Inquisition attestent que les frères Prêcheurs ou Dominicains n'employaient pas seulement les armes spirituelles pour convertir les hérétiques. Mais, au milieu d'une population comnFie celle de Rouen, zélée pour la foi catholique, et où les luttes contre le clergé avaient eu pour unique cause des questions tem-* porelles , les nouveaux ordres monastiques furent accueillis avec empressement. Les frères Prêcheurs s'établirent d'abord à Saint-Sever, au couvent de Saint-Mathieu , nommé ensuite les Emmurées ;^ ils y restèrent plusieurs années. Mais, plus tard, des dons particuliers et la générosité dont firent preuve, à leur égard, le roi et la commune, les appelèrent de l'autre côté de la Seine. Un bourgeois,

nommé Raoul Loques , de concert avec son fils Nicolas Loques et sa femme Agnès , leur donna un terrain qu'il possédait rue Brasière (rue du Vieux- Palais)'. Un autre Rouennais, Guillaume du Désert, donna à ces moines un manoir situé entre le rempart et l'église Saint-Pierre -le -Portier, non loin de la porte Cauchoise *. Les dispositions de la bourgeoisie étaient donc favorables h ces nouveaux ordres, et elles étaient secondées par saint Louis. Ce prince accorda aux fi'ères Prêcheurs la jouissance des murs et tourelles, depuis la porte Cauchoise jusqu'à la Seine ^. Leur ancien monastère de Saint- Mathieu , au faubourg Saint-Sever, fut acheté parle roi , qui y établit des religieuses de l'ordre de Sainte Dominique, nommées plus tard les Emmurées^.

Les frères Mineurs, Franciscains ou Cordeliers, furent traités avec la même faveur par la commune et la royauté. Établis d'abord au clos Saint-Marc , ils obtinrent ensuite l'emplacement du château primitif de Rouen , élevé par Rollon , et dont le souvenir se conservait dans le nom de Saint-Pierre-du- Châtel. Cette forteresse était abandonnée depuis long-temps par les ducs de Normandie et leurs of-

< Voyez cette charte, aux Pièces justificatives.

' Ibidem.

^ Ibidem.

'i Joinyille, apud Script, rer. galL, XX, 298.

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