‹ Histoire de Rouen pendant l'époque communale 1150-1382Chapitre 110 sur 238 · CHAPITRE DIX-SEPTIÈME. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-SEPTIÈME. i

aguesclîn , remporta sur les grandes Compagnies, «donnèrent plus de sécurité au commerce et préparèrent la prospérité de la bourgeoisie pendant le règne de Charles V.

Parmi les maires qui s'occupèrent le plus active- -ment delà réorganisation des corporations, il faut <iter au premier rang Jacques Le Lieur, maire en 1 358.- Ce bourgeois, que nous avons déjà signalé comme un des plus célèbres capitaines de la ville, ne sç mpntra pas moins habile administrateur. Lorsque la réconciliation de la Commune avec le Régent , et l'amniçtie accordée par la charte du 4 septembre 1 358, laissèrent quelque loisir à l'administration municipale, il s'occupa des corporations industrielles, et les trois derniers mois de sa mairie furent marqués par trois règlemens sur les éperonuiers, les bouchers et les filassiers.

La corporation des éperonniers est une de celles dont l'industrie est caractéristique. L'éperon doré était le, .signe de la dignité du chevalier. D'ailleurs, à cette époque, la difficulté des communications ne permettait guère que les voyages à" cheval, et les anciepnes chartes communales spécifient le nombre de chevaux que le maire pourra emmener dans ses voyages l. C'est là ce qui nous

1 Voyez Histoire de la Commune, première partie. Pièces justificatives, p. 341..

explique comment une industrie, aujourd'hui s5| restreinte, pouvait, au moyen-âge, alimenter uno& nombreuse corporation. Les éperonniers de Bouens n'avaient été soumis, jusqu'en 1 358, à aucun régie— ment, et il en résultait beaucoup de fraudes et d'abus dans l'exercice de leur métier. Les éperonniers euxmêmes en souffraient, et ils demandèrent au maire, Jacques LeLieur, démettre un terme à cette*anarchie ' . Ce magistrat en délibéra avec plusieurs pairs, entre lesquels sont cités Roger Mustel, Jacques du Châtel, Amaury Filleul, Simon Du Broc, Guillaume de Sihierville, Geoffroy Lallemant, Àntheaume Poutrel , Richard Guédon , presque toqs anciens maires de Rouen. Puis il rendit une ordonnance, qui est parvenue jusqu'à nous, et dont voici les principales dispositions : personne ne pouvait travailler au métier d'éperonnier, si ce n'est depuis la cache-la-ribaut du jour (cloche du matin), jusqu'à la cache-la-ribaut du soir (couvre-feu). On proscrivait les travaux de nuit, nécessairement moins soignés que les œuvres de jour. Il était défendu de travailler les dimanches et jours de fête. Les samedis et vigiles de fêtes, le travail devait cesser lorsque la cloche de Notre-Dame sonnait la retraite de nones, sauf le cas de nécessité ou de besoin urgent. On

1 Le maire dit , dans sa charte , qu'il Ta rendue à l'instance du commun de tout le dit métier. Arch. muicjp., tir. 15, n° 10.

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érigeait an apprentissage de quatre ans ehes un ^rnàître qui avait réellement l'ouvrier à son pain et «à son pot; car, 'dit la charte , le dit métier est fart à ^nprèndre de fargë^de fyme et de cloueure. Chaque ^■naître iie pouvait avoir qu'un apprenti. Viennent ensuite dèà détails techniques sur les éperons, sur les courroies qu'on doit employer, sur les conditions que doivent présenter les œuvres de ce métier. Tous les éperons vendus dans Rouen , qu'ils eussent été ou non fabriqués dans la ville, devaient être soumis a l'inspection des gardes du métier. Tous ceux qui travaillaient à ce métier, maîtres et apprentis, devaient jurer d'observer cette ordonnance. L'apprenti né pouvait devenir maître qu'en faisant un chef étœuvrc. Il devait payer à la ville un droit de vingt sous; les fils de maître ne payaient que demi-droit. Le maire pouvait dispenser de cette taxe. Toutes les contraventions étaient punies d'une amende de vingt sous; elles étaient constatées par les gardes du métier , et punies par le maire. Cette ordotfnance e*t datée du 6 octobre 1 358 ' . Le même jour» Jacques Le Lieur, de concert avec les pairs et lés prud'hommes du commun, cédait une partie des halles aux corporations des chaperonniers et des chàdssetiers, moyennant Une rente de quarante

1 L'original est conservé aux Archiv. muaicip., tir. 15, n° 10.

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livres tournois; il se réservait la justice dans 1< halles et sur les corporations '.

Les bouchers occupèrent aussi Jacques Le Lieur9 et l'ordonnance qui concerne cette corporation signale une des principales causes de perturbation pour Findustrtei rouennaiseJ C'était l'invasion dçs étrangers dans Rouen et la concurrQnce qu'ils £aisaient . aux anciennes corporations. L'otfdoaoance du mairerdatée du a 2 uovembre 1 358, constate d'<a~ bord cette affimence des étrangers 2« La crainte des « ennemis et des malreillans du roi et du duc , nos « souverains seigneurs, a forcé un grand nombre /de « gens de se réfugier dans la ville de Rouen,* Xe maire rappelle que : beaucoup de ces étrangers étaient réduits à la mendicité et mouraient de faim. Ils demandèrent la permission d'exercer dans Rouen la profession qui les avait fait vivre ailleurs. On l'accorda à plusieurs d'entre eux, et , entre autres, aux bouchers , mais avec certaines restrictions. Ainsi, on ne leur permettait de vendre de viande qu'aux portes de la ville, et non à la boucherie» On fut encore déterminé à cette tolérance par un autre motif, que nous fait connaître le préambule de l'ordonnance du maire : c'était la nécessité d'approvisionner la ville, dont la population était cousin

1 Archiv. m uni ci p., tir. 14, n* 16. * lbid., tir. 113, n° 1 .

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