‹ Histoire de Rouen pendant l'époque communale 1150-1382Chapitre 128 sur 238 · CHAPITRE DIX-NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-NEUVIÈME

Ce fut, en effet > à cette époque , que, pour récompenser une troupe de baladins et de jongleurs qui avaient joué devant lui un mystère au château de Rouen, il leur fît donner 200 fr. d'or1. Ce fait curieux prouve qu'il y avait, dès-lors , à Rouen , des représentations théâtrales ; mais il est probable qu'elles n'étaient données qu'accidentellement, par une troupe ambulante.

Ce qui retenait surtout Charles V dans notre ville, c'était la disposition d'un certain nombre d'habitans à son égard. Charles-le-Mauvais s'était depuis long-temps ménagé des partisans parmi les bourgeois; et on avait vu, dès i355, Jean d'Orbec, bourgeois de Rouen, désigné comme un de ses complices , et compris dans l'amnistie qui fut alors accordée au roi de Navarre2, On accusait aussi plusieurs chanoines de Rouen d'avoir trempé dans les complots de Charles-le-Mauvais. Nous avons déjà vu le chanoine Roger de Sept-Poires arrêté sous ce prétexte. Un autre chanoine , Michel Durand , accusé du même crime , était en fuite et avait été privé de ses bénéfices ecclésiastiques3. Le roi redoutait l'archevêque Philippe d'Alençon,

1 Extrait des Leçons de M. Magnin sur les origines du théâtre ; Journal général de V Instruction publique , novembre 1835.

a Secousse , Hist. de Charles-le-Mauvais , H , 685.

3 Archives départementales, Reg. cap., 1366—1373, f> 76 verso.

qui n'avait pas assisté à son entrée dans l'église:»^ < métropolitaine, et dont la haine contre le prince^^=xi ne tarda pas à éclater x. Dans de pareilles circon — instances, la présence de Charles était nécessaire^^-M* pour raffermir ses partisans et paralyser les «o*u— mi» vaises intentions de ses ennemis. Il fallait, «surtout P :3, s'assurer du Chapitre, qui exerçait dans Rouen un^^ je si puissante influence. Charles V plaça à la têt^» :e de ce corps, en qualité de haut doyen, ua homm^ e éminent par sa science et ses vertus , Nicola^c -s Oresme, son ancien précepteur2. Pendant preaqu^^^e tout le règne de Charles V, Oresme présida le&e- -s

délibérations capitulaires , et leur donna une di "-^

rection favorable au pouvoir royal. Tranquille de^^re ce côté , Charles se garda bien d'irriter les esprits^^ -8

par une conduite cruelle et par de rigoureuses ven 1~

geances. Il accorda, au contraire, un grand i brede chartes d'amnistie, dont l'une, en faveur du . chanoine Michel Durand, est parvenue jusqu'à nous3. En voici la traduction : « Charles, par ^la grâce de Dieu , roi de France , savoir faisons à tous présens et à venir, que, au traité de paix nouvellement fait entre nous et notre très cher et

1 Voyei plus loin , chap. XXVI.

a Nous reviendrons plus loin sur ce personnage, chap. XXVI.

3 Elle est conservée aux Archives départementales , carton des huiles

Page 1