‹ Histoire de Rouen pendant l'époque communale 1150-1382Chapitre 154 sur 238 · CHAPITRE VINGT-TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-TROISIÈME

de leurs pays. Comme, à cette époque, le Havre n'existait pas , et que les navires pouvaient aisément remonter la Seine, c'était à Rouen qu'ils affluaient. Harfleur avait trop peu d'importance pour les retenir, et , d'ailleurs, les Rouennais , arrêtant au pont de Mathilde les denrées du centre de la France, forçaient les étrangers de venir les chercher dans leur ville. Aussi le port de Rouen était-il couvert de marins de tous les pays. Les Anglais y apportaient l'étain de Cornouailles, le poisson salé, la laine si nécessaire pour les nombreuses draperies , et les autres produits des iles Britanniques. Quoique les Rouennais n'eussent plus en Angleterre les privilèges que leur avait accordés Edouardle-Confesseur, et qu'avaient confirmés les ducs de Normandie , rois d'Angleterre , leur industrie exigeait qu'ils entretinssent des relations avec, ce pays , auquel ils demandaient et fournissaient alternativement les denrées commerciales. Us tra6quaient aussi avec la Hollande, et, dès le temps de saint Louis, nous trouvons la preuve des relations des Rouennais avec cette contrée. Un bourgeois de Rouen , Guillaume Postel , avait été assez riche pour prêter de l'argent à Guillaume de Hollande, qui, au xme siècle, porta la couronne impériale. Il paraît que le souverain allemand ne s'inquiéta pas de rembourser le marchand rouennais.

Celui-ci, avec l'autorisation du roi de France*, s'indemnisa sur les biens de marchands hollandais qui se trouvaient h Rouen K De là des représailles: plusieurs Rouennais avaient, en Hollande, des navires chargés de marchandises; les Hollandais les confisquèrent. Les bourgeois, ainsi lésés dans leurs intérêts, attaquèrent Guillaume Postel comme cause de la saisie de leurs biens, et lui demandèrent des indemnités. Mais il allégua l'autorisation du roi, et le Parlement de Paris, devant lequel fut portée cette affaire , déclara que Postel n'était nullement responsable. Ce fait est une preuve incontestable des relations commerciales des Rouennais avec la Hollande à ces époques reculées. Ce pays les mettait , sans doute, en communication avec les puissantes villes de la Hanse Teutonique, Brème, Hambourg, Lubeck, Dantzig, qui dominaient dans les mers du Nord. De ces contrées venaient à Rouen tes bois 'de construction , les fourrures précieuses , le duvet de l'Eyder (édredon), la peau de martre, le faucon de Norwége, que le noble baron et la châtelaine portaient sur le poing. Aussi voyonsnous, dans les anciennes coutumes de la vicomte

r « De manda to et auctoritale domini régis. » Recueil des Olimt éd. Beugnot, 1 , 561.

9 « Cepit de bonis hominura dé terra i psi us régis Guillermi. » Ibidem.

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^. VEaa de Rouen, les vaisseaux de Frise et de Oanemamk spécialement mentionnés x. Rouen était ***ie des places. où se faisait l'échange des produits «Jes contrées septentrionales avec celles du Midi. Les Haarchauds de Portugal et d'Espagne envoyaient, dans cette ville, leurs vins recherchés, leurs huiles, *es cuirs de Sévilleet de Cordoue, etc., et y prenaient en échange les denrées du Nord. Les marchands portugais étaient si nombreux à Rouen , qu'une église de cette ville était remplie de leurs tombeaux'. Quant aux Castillans, ils obtinrent de Charles V des privilèges importa ns. Comme les marchands de cette nation redoutaient la juridiction municipale , et qu'ils la soupçonnaient de partialité, ils demandèrent et obtinrent des juges d'appel , conservateurs de leurs franchises. C'étaient le lailli et le vicomte de Rouen. Enfin, ils pouvaient, *n dernier ressort , porter leurs procès devant le doyen de l'église cathédrale3. Les rapports avec l'Espagne durent preudre eucore une nouvelle activité, lorsque Charles V eut fait placer sur le trône de Cas.tille Henri de Transtamare , et se fut -assuré sa reconnaissance par les uombrcux services

* Coutumes de la vicomte de l'Eau.

* Farin , Histoire de Rouen , III, 282; édit. de 1668. 3 Ordonn. des rois de France, IV, 427.

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qu'il lui rendit. Les Rouennais arrêtaient au pont de Mathilde toutes les marchandises venant par la mer et remontant la Seine. Eux seuls transportaient ensuite, dans l'intérieur des terres, les vins du Midi, la marée et toutes les denrées qui venaient des contrées éloignées. Les richesses que ce commerce versa dans Rouen, et l'habitude des navigations lointaines, inspirèrent aux bourgeois de cette ville les projets les plus hardis. Ils s'associèrent avec les Dieppois pour le commerce de la côte d'Afrique. Les marchands des deux villes s'engagèrent, par un acte du mois de septembre i365, à explorer des mers encore inconnues * . Une pareille idée annonce plus d'audace qu'on n*en trouve ordinairement dans les cités industrielles, et prouvent quelles ressources renfermait alors la ville de Rouen. On équipa un grand nombre de vaisseaux , et on bâtit, tout le long de la côte, de distance en distance , des comptoirs pour la sûreté des commis et des marchandises a.

lies Rouennais s'assuraient ainsi des débouchés pour les produits de leur industrie jusque dans des contrées inconnues, et dont l'étendue était illimitée; mais, en même temps, ils s'efforçaient de

1 E&tancelm, Navigateurs normands; et Wtet, Hist.de Dieppe, II, p. 15 et suiv.

a Idem , ibidem.

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