‹ Histoire de Rouen pendant l'époque communale 1150-1382Chapitre 182 sur 238 · CHAPITRE VINGT-SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-SEPTIÈME

lu gais sur la côte occidentale d'Afrique. Ils continuèrent leurs expéditions au commencement di* règne dé Charles VI. Ils équipèrent, en i38o, un, vaisseau appelé la Notre-Darne-de~Bon-Payage, pour l'envoyer aux mêmes lieux où ils avaient abordé seize ans auparavant1. Ils construisirent, sur la cote de Guinée, plusieurs forls, et, entre autres, celui de la Mine (Cor, d'où ils tirèrent d'inv» menses richesses *.

La bourgeoisie puisa dans son opulence un sen~ timent d'orgueil qui, plus tard, lui devint funeste. D'ailleurs , il ne faut pas oublier qu'il y avait alors, en France et dans les États les plus importans de l'Europe , une fermentation extraordinaire de l'esprit démocratique; ce réveil du peuple coincidait avec le sommeil des rois. Les grandes communes de Flandres, Gand et Bruges , avaient donné le signal de l'émancipation populaire, eu chassant leur comte et en plaçant à leur tête Philippe d'Ai^ tevelle. « Tous, en France, dit Froissard, prenaient ordonnance sur les Gantois; les communautés disaient par tout le monde que les Gantois étaient braves gens, qu'ils se soutenaient vaillamment en leurs franchises , et qu'ils devaient de toutes gens

1 Estancclin , Navigateurs Normands, et Vitct, Histoire de Dieppe ,11, 18.

2 Idem, ibidem.

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être aimés et honorés ' . » 1/ Angleterre était soulevée, et le peuple, sous les ordres d'un forgeron., s'était emparé de Londres a. Les villes d'Allemagne se liguaient pour imposer des lois à l'ignoble Wea* ceslas 3 . En Italie , une des cités les plusimputantes, Florence1, était au pouvoir de la faction des cardeurs dé laiirë4. On peut doue dire qu'il y avait, alors, comme un souffle > démocratique <jut agitait l'Europe , et malheureusement les représentant du pouvoir semblaient vouloir provoquer les mouvemens pôpokiines par un gouvernement avide, valent et Cependant incertain; dans sa marcher Ai osiy ka oncles ,de Charles VI y aptàa avoir» formellemeilt aèoli (es ! aide* et: gabelles*, et, toute espèce .{('impôts', les rétablirent au commencemeoL de L'année 1 38n. La mesure était peut-être- nécessaire; mais, adoptée précipitamment, au mépris d'une déclara* tion solennelle, elle parut une violation des droits du peuple , et excita à Paris , à Rouen , et dans plusieurs autres ville* , de terribles insurrections. A Rouen surtout , 1 émeute fut sanglante , et eut des conséquences déplorables. Tous les ressenti»

• Froissftrd , lit. It> ofcap. 128.

2 Moine de Saùtf-Denys, édition de M. Bellaguet, 1 , 134.

3 Scbmidt, Hist, d Allemagne y règne de Wcncesins.

4 Sismondi , Républiques italiennes, VU, 142 et suiv.

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mens que le peuple avait accumulés depuis plus d'un siècle contre les officiers. royaux,- les percep* teurs d'impôts, les moines de Saint*Ouëi>, il le* assouvit en qti jour d'orgie furieuse, et mêla , à ce qu'il y eut de tragique et de terrible dans cette révolte, des scènes bizarres et ridicules. La bourgeoisie véritable prit peu départ à l'émeute; il semble que la populace seule troubla la -ville par une sédition dont lés conséquences devaient retomber sur la cité tout entière.

Ce fut le a 5 février i38a * qu'éclata cette émeute connue dans l'histoire de Rouen sous le nom de Harelle. Deux ou trois cents ouvriers2, à moitié ivres , se soulevèrent , coururent au beffroi, son» nèfent le tocsin , entraînèrent tes âratres gfens ite métier, et arrachèrent de sa boutique Uii marchand drapier, riche, mais simple d'esprit*. Ce bour-

1 Aucune chronique , k ma connaissance , ne donne la date précise de la Harelle ; elle est déterminée par la charte qu'on arracha à l'abbé de Saint-Ouên , et dbnt noas publions le texte $HX Pièces justificatives» n° III. ,

* « Qui publicis officiais mechanfci» inserviebant, artibus. » Monach. S. Dionysii , édit. Bel la guet, I, p. 130 et sniv. — Tous les détails du récit sont tirés de cet écrivain contemporain , généralement exact. J'ai , d'ailleurs , complété sa narration par les documens originaux.

3 « Quemdam burgensem, simplicera, Jocupleteni tamen, venditorem pannorum, ob pinguedinem nimiam C ras s uni ideô vocatum. » Idem, ibidem.

geois, surnommé le Gras , à cause de sou embonpoint excessif, fut placé clans un char, sur une espèce de siège royal, promené dans toutes les rues et carrefour*, par une multitude qui s'accroissait sans cesse., et parodiait les acclamations usitées en l'honneur des rois ' . Ce cortège hi^arre s'arrêta sur la place du Marché,. qui réunissait ce qu'un appelle maintenant, les places du, Vieux-Marché, de la Pucelle et de Saint-Éloi. Là , on plaça sur son trône éphémère le roi de la populace, pâle d'effroi et ne prévoyant que trop les suites du rôle qu'on lui imposait. Le peuple lui demanda alors à. grands cris l'abolition de tous les impôts, IL fit un signe d'assentiment , et aussitôt l?s crieurs publics allèreut proclamer dans toute La ville l'ordonnance royale. Le trône fut bientôt entouré d'une multitude immense, et l'infortuné drapier assiégé de demandes de toute nature. Cette foule , enivrée par ses propres cris , acceptait avec enthousiasme les projets les plus bizarres et les plus criminels. Le pauvre roi, jouet de la populace , ne pouvait qu'approuver et parodier la formule royale: «qu'il soit fait droit*. » On lui fit confirmer tous les privilèges communaux, et on lut solennellement la

1 « Laudes regias barbarizantes. » Monacb. S. Dionysii, ibidem. * « Cogebatur approbare et dicere ; Fiai, fiai. » Idem, ibid.

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