CHAPITRE VINGT-NEUVIÈME
aux chartes détruites pendant la tfareé/e, on fit des enquêtes* Les anciens de chacun des pays relevant de Saint-Ouën furent entendus par les commissaires, et, sur leur déclaration, on reconnut les droits féodaux de l'abbaye '. Les moines rentrèrent ainsi en possession de leur baronnie, sujet de tant de contestations avec la Commune. Les bourgeois protestèrent en vain; plusieurs ordonnances royales confirmèrent les privilèges de Saint-Ouën*.
Lies moines, après avoir fait reconnaître leur* droit de juridiction, obtinrent le rétablissement des fourches patibulaires de Bthorel , signe de la haute jus* tice de Saint-Ouën. Détruites pendant la Tlarelle, elles furent relevées en i383, par ordre du bailli de Rouen, Guy Chrétien 3.Les moines ne voulurent pas laisser entre les mains des bourgeois l'acte de renoticiatiation qui avait été imposé k Pabbé de Saint-Ouën au moment de la révolte , et qui était frappé de nullité, comme toutes les concessions arrachées par la violence. Ils adressèrent leutt réclamations aU* commissaires royaux , et eeufc-ci enjoignirent aux bourgeois de nommer deux députés pour examiner cette question. Le choix des Rouen-
1 D. Pommeraye, tiisl. de V abbaye de Saint-Ouën, p. î$4.
' Archives départementales, sect. de Saint-Ouën, Cartulaire de l'abbaye , folio 3. — Ibidem , 1er carton concernant la Harelle
3 Archives departemen talcs, rp carton de la Harelle.
462 COMMUNE DE ROUEN. 11» PAt^tE.
nais tomba sur Jean Pitement et Colin -Le Roux, qui reconnurent que l'acte extorqué aux moines était nul de plein droit , et le rendirent à' l'abbaye '. . \j2l ville ne fut pas seulement condamnée à cette s-=> restitution; il lui fallut encore payer de$ indemnités -^=s proportionnées aux dommages qu'avait soufferts -^s le monastère, et cela à une époqne où elle é\*\\ — * accablée par les taxes royales.
Outre l'énorme .amende <jue Jesr Rouerinaisi^K
étaient, encore condamnés à payer, les commis
saires royaux exigeaient une autre: somfne, de dij
mille livres , ot refusaient ,de tenir cçuripte d'uiME? prêt de cinq mille ciuq cents .livre?;, qui .avait éte^S
imposé aux bpurgeois pour la guçrrç dp JFJandpé
Vainement les Rouennais leqr montraient l'enga
gement des trésoriers royaux qui promettaient du- "" rendre cette somme à la ville au mois d'octobru- ""
i383; les commissaires ne voulaient écouter au-
cune réclamation , et les bourgeois, qui avaient déjà-^^ versé quarante mille livres dans les coffres du tré — - — sprier royal, Berthaut Aladent, et qui avaient ^^ avancé cinq mille cinq cents livres pour la guerre ^^ de Flandre , se voyaient condamnés à payer encore "^ vingt mille livres. Ne pouvant obtenir justice des ^ commissaires réformateurs, ils s'adressèrent direc- ~*
1 Archiv. départem., 1er carton concernant la Hardie.
CHAPIMB VINGT-NfiU VI ÈME. 45*5—1592. 465
tement au roi, et lui -représentèrent' l'étal <léplôrablfe de l^t cité; ils allaient être entièrement ruinés par le surcroît d'impôts qu'exigeaient les commissaires «royaux; Je peu de commerce qui avait ré-: sistéà tant de désastres, et dont ils vivaient, ces-» serait entièrement l ; il ne leur resterait- plus qu'à périr de.irosère. Le conseil- du roi., auquel furent soumises les doléances dès. Rouemiais, reconnut la justice de leurs plaintes, et parut touché surtout dq ç#ttç; considération que les aides perçus à H<Duen dijniiuieraierçt considérablement? si l'on ruinait le^ bourgeois et anéantissait leur commerce ^v En con^ séquence, il fit rendre par le roi une ordonnance datée- dw 24 octobre i383.3, qui défendait aux commissaires royaux de réclamer dix mille*- -livres outre les cinquante mille impqsés à. la ville, et qui leur enjoignait de déduire, les cinq wAlle cinq cetft$ livres prêtés pour la guerre de Flandre, de ee^qui restait dû par les Rouen nais. • , >!f-
La ville n'en fut pas moins, pendant de longues années, écrasée par les impôts; les registres .triuiii-
1 « Et "conviendrait que un pou de marchandise, de quoy ilz ont acboustuirié devivre/en là dfrte ville*,' éessastf. "Archives municipales, tir. 128.— Voyez la charte, aux Pièces justificatives,
n° VI. • ' -: .'" ■ -
* u De quoy noz aides nians cours en icelle vaudroient moult
moins^ | Jb|4ejai% : . », ..... :,«;-!
3 Ibidem. -. i'-
464 COMMUNE DE ROUEN II* PAHIIfi. '
cipaux sout remplis de détails qui attestent lès persécution* dirigées contre les bourgeois piour leur arracher leurs dernières ressources. Déjà, pour satisfaire aux première* exigences, il avait fallu rétablir les aides sur le vin ; le sel, le poisson, comme au temps de Philippe de Valois1. On les continua pendant plusieurs années, et notamment en i3&7 , i388 et r 389. Cette ressourcé ne suffit pas, il fallut avoir recours aux emprunt**. Pendant les mois, d'août * septembre et octobre 1369, bu poursuit les malheureux bourgeois qui n'ont pur payer leur part de l'amende3. I^a ville n'avait pas encore complètement liquidé -cette? del te an mois de juillet 1407 4< Que de misères et de ruines durent s'accumuler dans la cité pressurée par les agens du fisc! Et cependant, ce ne fut là qu'une partie des calamités qq'entraîna la Harelle. Les confiscations et les monopoles créés en faveur de quelques courtisans en furent aussi une conséquence.
Charles VI avait fait raser la tour du Beffroi, à son entrée dans Rouen. Il voulut aussi enlèvera la ville la cloche communale , qui avait donné le
1 Archives municipales, tir. 226, n° 1. * Ibidem.
3 Ibidem , Reg. des délibérations, séance du & août Utd.
4 Ibidem.